Le rouge pour Galles : un scandale ?

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Le rouge pour Galles : un scandale ?
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COUPE DU MONDE - L'exclusion du Gallois Sam Warburton pour un plaquage dangereux fait parler.

18e minute de Galles-France, samedi, à Auckland. Voici venu le temps du plaquage "cathédrale". Sur une touche française, Dimitri Yachvili transmet le ballon sur un pas à Vincent Clerc qui prend sur le rable le capitaine gallois Sam Warburton. Le joueur des Cardiff Blues saisit alors l'ailier toulousain à la taille, le soulève dans les airs (103 kg contre 86 kg), le retourne et le plaque contre le sol.

Warburton effectue un plaquage dangereux sur Vincent Clerc :

A la suite de ce geste, l'arbitre de la rencontre, l'Irlandais Alain Rolland, a montré le carton rouge à Warburton, ce qui a contraint les Gallois à jouer plus d'une heure à quatorze contre quinze. Au pays de Galles, cette décision a provoqué l'indignation. Le Premier ministre gallois, Carwyn Jones, qui assistait à la demi-finale avec plus de 60.000 fans au Millenium Stadium de Cardiff, a insisté sur "une mauvaise décision", qui a "gâché le jeu". Selon le Premier ministre, cette faute valait "un carton jaune, pas un carton rouge. Le jeu a été détruit à partir de là".

Un règlement durci sur les plaquages dangereux

Chez les joueurs qui se sont exprimés sur Twitter, la décision d'Alain Rolland n'est pas loin de faire l'unanimité... contre elle. "Ça na meritait absolument pas un carton rouge en demi-finales de Coupe du monde", a regretté l'ouvreur australien Matt Giteau. "Cela aurait dû être un carton jaune mais en aucun cas un rouge", a écrit pour sa part l'arrière anglais Ben Foden. Pour ce même type de plaquage, le Tongien Suka Hufanga et le Français Fabrice Estebanez avaient, eux, écopé d'un carton jaune. Le joueur tricolore, qui n'avait pourtant pas fini son geste, a même été suspendu trois semaines par la suite.

Ces décisions, sévères, sont le résultat d'un durcissement du règlement opéré en fin d'année dernière par l'International rugby board (IRB), organe de régulation du rugby mondial, en ce qui concerne les plaquages "cathédrale", dont le surnom vient de la hauteur à laquelle est porté le plaqué, qui achève parfois sa chute les bras en croix...  "Soulever  un joueur du sol et le laisser tomber ou le pousser vers le sol alors que ledit joueur a toujours les pieds en l'air de telle sorte que sa tête et/ou le haut de son corps heurte le sol est un acte de jeu dangereux", dit le règlement de l'IRB. Le plaquage de Warburton sur Clerc entre sans contestation possible dans cette catégorie. C'est ensuite à l'arbitre de juger de la dangerosité du geste et d'infliger en fonction un carton jaune ou un rouge.

"Un carton rouge tout à fait logique"

Warburton face à Clerc (930x620)

© REUTERS

Olivier Magne, consultant Europe 1 et ancien troisième ligne du XV de France, trouve la décision de sortir le carton rouge "tout à fait logique" car le plaquage est "très dangereux" pour le porteur du ballon. Les images sont éloquentes. Clerc est propulsé au sol, avec le dos quasiment à l'équerre, et Warburton n'accompagne pas la chute de son adversaire. Pour Olivier Magne, ce carton rouge trahit surtout "la fébrilité et la pression qui a pesé toute la semaine sur les jeunes joueurs gallois" et notamment le capitaine Sam Warburton, qui n'a que 23 ans.

"C'est un manque de maîtrise", souligne l'ancien Briviste. "Sur le moment, on n'a pas le temps de réagir, ce n'est pas un geste prémédité, Warburton ne s'est pas dit : "je vais me faire un Français". Mais le plaquage est un geste défensif qui demande une maîtrise de soi et de son corps qui a fait défaut ici."

La politique de "tolérance zéro" envers les plaquages dangereux de l'IRB fait écho à ce qui se fait également en NFL, dans le football américain, où les plaquages à retardement sur les quarterbacks, les stars des équipes, sont désormais lourdement sanctionnés. En rugby aussi, il faut protéger les joueurs les plus talentueux, qui sont le plus souvent les victimes de ces plaquages dangereux. L'équipe de France, qui a joué une heure de sa demi-finale en supériorité numérique grâce à ces nouvelles directives arbitrales, ne s'en plaindra pas. Bien qu'elle n'ait pas semblé vraiment en profiter...