La thérapie par la bière, ça marche ?

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La thérapie par la bière, ça marche ?
@ REUTERS
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COUPE DU MONDE - Europe1.fr a demandé à des anciens joueurs si le XV de France peut se remobiliser. 

Déculottée ou gros succès, un match de rugby se termine toujours par une troisième mi-temps pendant laquelle les rugbymen ont pour habitude de refaire le match autour de quelques bières. Après l’humiliation contre les Tonga samedi (19-14), Marc Lièvremont aurait souhaité avoir ce genre de rendez-vous plus tôt. "J’aurais voulu qu’on se retrouve autour d’un verre. Que l’on se parle, que l’on échange, qu’on se dise que l’aventure est belle", a-t-il confié aux journalistes après que ses joueurs lui ont fait faux bond. Si ses joueurs ne lui ont pas accordé cette rencontre samedi, ils se sont quand même retrouvés dimanche pendant trois heures pour s’expliquer. Europe1.fr a cherché à savoir si la thérapie par le houblon pouvait réellement ressouder un groupe.

"L’important, c’est de parler"

Jean-Baptiste Elissalde, ancien demi de mêlée du XV de France, aujourd’hui reconverti au poste d’entraîneur des lignes arrières du Stade Toulousain, a bien connu les troisièmes mi-temps et leurs effets salvateurs. "Après une grosse défaite, j’aimais bien parler avec mes coéquipiers. C’est très important de pointer les erreurs des uns et des autres et ne pas hésiter à se montrer du doigt pour mieux rebondir". Et Imanol Harinordoquy, troisième ligne des Bleus, de confirmer cette impression : "se retrouver, discuter échanger, boire des bières ensemble, on en avait besoin", a-t-il avoué 36 heures après la déroute tongienne.

Philippe Dintrans, ancien joueur du XV de France, joint par Europe1.fr, a sa petite idée sur la thérapie par la bière. "Ça ne se prévoit pas ce genre de réunion, ça doit être improvisé. Là, on a peu l’impression qu’ils se sont retrouvés de manière forcée".

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Ça, c’est pour l’agenda. Autre ingrédient : l’alcool. Une troisième mi-temps peut-elle se passer des packs de bières ? "Ce n’est pas l’essentiel", répond celui qui a connu la finale contre les Blacks lors du Mondial 1987. "L’important, c’est de se parler. Après, certains joueurs ont besoin parfois d’une petite pinte pour se lâcher". Et de poursuivre, non sans regrets : "ce qui me gêne en ce moment, c’est l’état d’esprit général. Je la trouve un peu triste cette équipe. Le groupe ne semble pas avoir fait la fête depuis trois mois. C’est quand même bien malheureux."

"On a fini à 3 heures du matin"

La troisième mi-temps peut parfois retourner une équipe. Philippe Dintrans garde un souvenir ému d’une sacrée "fiesta" qui a complètement changé la donne. En tournée en Nouvelle-Zélande, la France prend une leçon de rugby (23-9) pour le premier test match, le 7 juillet 1979 à Christchurch. "On a fait une java pas possible ce jour-là". A l’époque, celui qu’on surnomme aujourd’hui "casque d’or", Jean-Pierre Rives, avait fait son boulot de capitaine. "On a énormément parlé. Et pendant la semaine, on n’a pas trop travaillé le ballon. On s’est simplement défoulés. On a couru dans les bois et fait des pompes". Une semaine plus tard, le XV de France prend sa revanche et bat les Blacks (24-19) pour le deuxième test match à Auckland. Une troisième mi-temps qui a porté ses fruits et que résume parfaitement Philippe Dintrans : "on fini a trois heures du matin. On a posé les problèmes et cinq jours plus tard, on faisait le match du siècle".

A cinq jours d’affronter les Anglais en quarts de finale, la France peut-elle rééditer ce genre de performance ? La révolte tant réclamée par Marc Lièvremont est-elle encore possible ? Pour Philippe Dintrans, le problème est plus grave et la plaie bien plus profonde. "Il y en a marre des mecs bien rasés, de ces joueurs trop propres sur eux qui font attention à leur image. Aujourd’hui, les Bleus sont bien trop loin des valeurs du rugby".

"Avoir de l’orgueil"

Une bonne troisième mi-temps bien arrosée n’offre pas forcément la victoire. Jean-Baptiste Elissalde espère maintenant que les Bleus vont pouvoir se concentrer sur leur préparation : "il faut effacer ce qui s’est passé pendant quatre ans. Les joueurs savent qu’ils sont complètement passés à côté. Maintenant, ils doivent montrer qu’ils ont de l’orgueil". Contre les Anglais, les Bleus n’auront plus le choix. Finie la troisième mi-temps, les bières échangées et le temps des séances vidéos et des éternels débriefings. Les houblons digérés ou pas, il faudra se battre, enfin, sur le terrain.