France-Angleterre, souvenirs souvenirs

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France-Angleterre, souvenirs souvenirs
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COUPE DU MONDE - Europe1.fr revient sur ce duel historique avec trois anciens joueurs. 

Pour les néophytes rugbystiques, ne vous y trompez pas, le "Crunch" n’a rien à voir avec une barre chocolatée surconsommée sur les bancs du collège dans les années 90. On parle ici de rugby et de confrontations entre la France et l’Angleterre, les deux meilleurs ennemis de l’hémisphère nord. A deux jours du quart de finale (samedi à 9h30) entre les British et les Frenchies, Europe1.fr a interrogé trois anciens joueurs qui ont bien connu ces duels.

Abdelatif Benazzi, ancien capitaine du XV de France (de 1990 à 1999)

Benazzi
Quand on demande à l’ancien deuxième ligne des Bleus de fouiller dans sa mémoire pour ressortir son France-Angleterre le plus marquant, son coeur balance. "J’ai une pensée émue pour la victoire à Twickenham en 1997". Ce jour-là, la France pourtant menée 20-6 à la mi-temps arrache la victoire (23-20) et le Grand Chelem. "Une victoire particulière puisque j’étais capitaine à l’époque et que c’était à Twickhenam".

Si le premier souvenir est personnel, le second est historique. Après une défaite très contestée en demi-finale du Mondial 1995 face à l’Afrique du Sud, la France retrouve l’Angleterre pour le match, symbolique, pour la troisième place. "Il y avait une animosité avant le match", raconte Abdelatif Benazzi qui se souvient encore des joutes verbales par presse interposée. "Et puis on voulait vraiment prendre notre revanche pour effacer une mauvaise série (avant la rencontre, les Bleus n’avaient plus battu les Anglais depuis plus de 7 ans, ndlr)". Après la victoire du XV de France (19-9), "les Anglais sont venus nous voir dans les vestiaires pour nous féliciter. Quelque chose s’est passé ce jour-là". Un "respect mutuel" est né d’une troisième mi-temps mémorable. "On a fait la fête ensemble jusqu’à six heures du matin. Tous les "crunchs" n’ont plus jamais été pareils après".

Philippe Dintrans, ancien talonneur du XV de France (de 1980 à 1989)

Dintrans
Gagner en terrain ennemi, c’est rare. Battre les Anglais à Twickenham, ça relève du miracle. Philippe Dintrans, ancien "gaillard" des Bleus, a eu un jour cette chance. C’était le 21 mars 1981. "On s’est appuyé sur une grosse mêlée et sur la réussite au pied insolente de Guy Laporte", se souvient Philippe Dintrans. "On avait réussi à distancer les Anglais en première mi-temps. Mais les choses se sont un peu gâtées par la suite".

Après plusieurs pénalités "plus que discutables", les Bleus de Jean-Pierre Rives tiennent le coup et l’emportent (16-12). "A la fin du match, tous les spectateurs, anglais et français, sont descendus sur le terrain pour nous féliciter", raconte Philippe Dintrans. "J’étais à l’autre bout du terrain et j’ai mis pas mal de temps pour regagner les vestiaires". Après une bonne heure passée à "trempouiller dans les 15 baignoires alignées" de Twickenham, les Bleus ont fêté le Grand Chelem "en tenue de smoking et bras-dessus bras-dessous avec les anglais".

Pierre Albaladejo, ancien demi d’ouverture du XV de France (de 1954 à 1964)

Albaladejo
Son premier "Crunch" a forcément un goût d’inédit. Convoqué en sélection à 20 ans pour la première fois, Pierre Albaladejo découvre Paris et l’équipe de France le même jour. Ce 10 avril 1954, il fait partie de l’équipe qui bat l’Angleterre (11-3) et empoche son premier Tournoi des V nations. "Un moment magique", confie Albaladejo.

Retraité des terrains, il passe de l’autre côté et devient commentateur. Il a suivi de nombreux France-Angleterre pour France 2 et Europe 1. Mais s’il ne devait en retenir qu’un, étonnement, ce n’est pas un souvenir de victoire. En 2003, il assiste à la défaite (24-7) des Bleus en demi-finale de la Coupe du monde, à Sydney. "Il avait fait beau toute la journée. Et cinq minutes avant le début du match, la pluie a fait son apparition", se souvient Pierre Albaladejo. Et de poursuivre : "les Français ont cafouillé leur rugby et Jonny Wilkinson a réalisé un match incroyable. Ce jour-là, j’ai vraiment mesuré l’importance d’un numéro 10".

Mais ce qu’il retient, c’est surtout l’attitude des Anglais. "J’avais été les voir à leur hôtel à la veille du match. Ils étaient tranquilles, décontractés. Nous on est beaucoup plus vulnérables, psychologiquement". Mais Pierre Albaladejo, qui qualifie cette attitude "zen" de très "British", reste encore un fervent supporter des Bleus. Et de conclure sur une citation de Jean Prat, ancien entraîneur du XV de France : "les Anglais nous ont emmerdé pendant un siècle, on peut bien leur marcher sur la gueule pendant 80 minutes".