Coupe Davis : Lucas Pouille, futur leader des Bleus ?

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Coupe Davis : Lucas Pouille, futur leader des Bleus ?
Lucas Pouille n'a pas craqué lors du cinquième et dernier match, dimanche face à Steve Darcis. @ DENIS CHARLET / AFP
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Le joueur nordiste a apporté le point de la victoire, dimanche contre la Belgique. A-t-il l’étoffe pour devenir le taulier de cette équipe de France ?

Comme Arnaud Boetsch en 1996 ou Nicolas Escudé en 2001, Lucas Pouille restera comme le joueur qui a tenu bon lors du cinquième et dernier match en finale de Coupe Davis. A 23 ans, le 18e joueur mondial n’est pas encore le n°1 français (Jo-Wilfried Tsonga occupe la 15e place de l’ATP) mais pourrait bien vite le devenir. Et s’imposer comme le futur patron de l’équipe de France ?

Vendredi dernier, Lucas Pouille a pris une leçon de tennis contre David Goffin (7-5, 6-3, 6-1). Yannick Noah aurait pu avoir la tentation de choisir Richard Gasquet pour le match décisif dimanche. Mais le capitaine des Bleus a maintenu sa confiance au jeune joueur tricolore. Au milieu du premier set entre Jo-Wilfried Tsonga et le n°1 belge, Lucas Pouille a quitté le court pour s’isoler dans le vestiaire.

La hargne et un regard de tueur

"C'est toujours difficile d'attendre comme ça dans le vestiaire", a-t-il raconté en conférence de presse dimanche soir. "A 5-4 dans le premier set du match de Jo contre David, j'ai demandé à Manu [Emmanuel Planque, son entraîneur, ndlr] de me rejoindre. C'était important pour moi. On a pu préparer le match comme on voulait, avec Manu et le staff, bien sûr". Et au lieu d’être tétanisé par la pression, le Nordiste a adopté un esprit de gagneur. "Je n'avais qu'une envie, c'était de tout défoncer. J'étais vraiment bouillant."



De son côté, sa compagne a "stressé" pour lui. Pendant le match de Tsonga, elle lui envoie quelques textos pour l’encourager. "Il m’a dit : 'Je vais te la ramener, je te le promets. On va la gagner tous ensemble'", raconte Clémence ce lundi à 20 minutes. Dans les tribunes, elle se rend vite compte qu’il n’est pas le même sur le court. "Il avait des yeux ! On aurait dit qu’il allait tuer quelqu’un ! Il y avait très longtemps que je ne l’avais pas vu jouer comme ça".

"La force tranquille"

Beaucoup de mauvaises langues diront que Lucas a dépouillé un adversaire beaucoup plus faible (Steve Darcis n’est "que" 77e joueur mondial). "Ces gens-là n’y connaissent rien au tennis", s’emporte auprès d’Europe 1 l’ancien Directeur technique national du tennis français Patrice Hagelauer. "Ça reste un match de coupe, un match décisif, avec énormément de pression", poursuit-il. "Il faut le gagner".

Pouille-2

Et ce qui rassure encore plus celui qui a été entraîneur de Coupe Davis pendant plus de 20 campagnes, c’est la capacité de Lucas Pouille à "gérer ses émotions". "Pendant trois sets, il n’a rien lâché", explique-t-il. "Il ne s’est jamais crispé et a tout donné jusqu’à la balle de match". "Ce qui m'impressionne, c'est qu'il a eu comme une force tranquille", renchérit Thierry Champion sur Eurosport. Le principal intéressé était le premier surpris de son "bon" comportement. "J'ai réussi à mettre toutes mes émotions de côté, et ça ce n'est pas toujours évident pour moi."

"A-t-il suffisamment d’ambitions ?"

A son âge, Lucas Pouille impressionne. Actuel n°2 français, il pourrait passer devant Tsonga s’il continue sa belle progression. Reste à savoir s’il a ce petit truc en plus pour hausser encore un peu son niveau et devenir un futur patron en équipe de France. "A-t-il suffisamment d’ambitions ?", se demande Patrice Hagelauer. "Et ça ne veut pas dire d’annoncer qu’il veut gagner, un jour, Roland-Garros". Et d’égrainer les caractéristiques d’un futur grand : "Il doit avoir un caractère vraiment ambitieux, vouloir s’entraîner à 8h le matin au lendemain d’une défaite et ne pas perdre trois jours à encaisser cette désillusion, demander toujours plus de conseils pour progresser,…"

Avec suffisamment d’ambitions, le reste suivra. "Il a une marge de progression énorme, notamment au service", s’enthousiasme l’ancien capitaine de Coupe Davis des Bleus. Et à 23 ans, il a quelque chose que les Tsonga, Gasquet, Monfils et Simon ont mis des années à obtenir, une victoire qui arrive tôt dans une carrière.