Coupe Davis : Arnaud Clément, un bilan contrasté

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Coupe Davis : Arnaud Clément, un bilan contrasté
Arnaud Clément semble montrer la voie à suivre à Richard Gasquet, face à la Suisse, en novembre 2014.@ Philippe HUGUEN/AFP
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TENNIS - Le capitaine de l'équipe de France est contraint de quitter son poste après trois saisons et une seule finale, perdue, en 2014.

Pourtant sous contrat jusqu'à la fin de saison 2016, Arnaud Clément ne sera pas là en mars prochain pour le premier tour de la Coupe Davis 2016. Comme Europe 1 vous l'annonçait dès lundi matin, le capitaine de l'équipe de France a été officiellement démis de ses fonctions, vendredi, par le bureau fédéral de la FFT. Pour l'ancien joueur, cette annonce clôt une période de trois ans faite de hauts et de bas.

Trois saisons : une finale, deux quarts de finale. Fin d'année 2012. Après 14 ans passés sur le banc des Bleus, Guy Forget passe la main au poste de capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis. Pour le remplacer, la Fédération choisit Arnaud Clément. Ses atouts : alors âgé de 35 ans, il vient tout juste de mettre un terme à sa carrière. Il connaît parfaitement les joueurs français, mais aussi leurs adversaires. Il débute sa mission en février 2013 par une victoire sans souci face à Israël (5-0) mais au tour suivant, les Bleus s'inclinent face à l'Argentine, pourtant privée de son meilleur joueur, Juan Martin del Potro (3-2). La saison suivante, la France a l'avantage de disputer toutes ses rencontres à domicile : les Bleus en profitent à fond, en balayant l'Australie (5-0), en résistant à l'Allemagne (3-2) et en écrasant la République tchèque en demi-finales, dans un stade Roland-Garros bleu-blanc-rouge (4-1).

France-République tchèque en Coupe Davis (1280x640)

Arnaud Clément, tout sourire après la victoire face aux Tchèques. (Patrick KOVARIK/AFP)


L'erreur de com' de Villeneuve d'Ascq. En finale, les Bleus affrontent la Suisse du duo Roger Federer-Stan Wawrinka. Malgré la victoire, probante, de Monfils contre Federer le premier jour, la rencontre, disputée devant une foule record de 27.000 spectateurs dans le stade Pierre-Mauroy, tourne rapidement au vinaigre. Blessé à un bras, Jo-Wilfried Tsonga est forfait pour le double. La paire Julien Benneteau-Richard Gasquet le perd. Le lendemain, le Biterrois est mangé tout cru par Federer. La communication de Clément sur la blessure de Tsonga laisse à désirer. Hésitant entre le non-dit et les clins d’œil sur la participation d'un tel ou un tel, Clément se noie. Malgré ce couac de communication - dont Tsonga, sifflé le dimanche, en subira les effets -, le président de la Fédération, Jean Gachassin, renouvelle sa confiance à Clément. La conférence de presse post-défaite, où les cinq joueurs français apparaissent abattus, mais également irrités (par le management ?), laisse pourtant déjà transparaître les difficultés à venir...

Equipe de France de Coupe Davis 2014

L'équipe de France de Coupe Davis 2014 (Nicolas ROUYER/E1)


L'ombre tutélaire de Noah. Cette finale perdue face à la Suisse, logique compte-tenu du classement du duo Federer-Wawrinka, fait sortir de ses gonds Yannick Noah. L'ancien capitaine des Bleus, double vainqueur de l'épreuve, en 1991 et 1996, taille un costard à tout le monde, capitaine comme joueurs. "Ils n'étaient pas prêts à affronter cet évènement, j'ai senti que le match, on l'avait perdu avant", assure "Yann", qui a occupé le poste de capitaine pendant six ans (1991 et 92 et de 1995 à 98). "J'ai un peu de difficulté à préciser mon propos, parce que je n'ai pas envie d'être celui qui tire sur l'ambulance. On peut perdre, il faut accepter de perdre, mais là, ils n'ont pas donné le meilleur d'eux-mêmes. On n'a pas été bons, pas que sur le court. Pourquoi ? J'ai des idées..."

Cette sortie aux allures de candidature est évidemment mal vécue par Clément, qui répond plutôt vertement à Noah. "Je trouve ça assez incompréhensible de se permettre de porter un jugement sur une préparation et des rencontres auxquelles on n'a pas assisté. C'est hyper violent", regrette Clément dans un entretien au Parisien. Les semaines passent et la saison 2015 arrive...

Les choix discutables de Londres. La Suisse, la Serbie et l'Espagne privées de son ou ses meilleurs éléments, la France figure au rang des favoris de l'édition 2015 de Coupe Davis. Le premier tour en Allemagne est réglé cette fois en trois matches. En demi-finales, les Bleus ont rendez-vous avec la Grande-Bretagne d'Andy Murray sur le gazon du Queens. A lui seul, l'Ecossais écœure la France en remportant les trois points de la victoire (2 en simple, 1 en double).

Le talent du n°3 mondial est une donnée à ne pas négliger, mais la gestion tactique de cette demie pose question : pour les premiers simples de vendredi, Clément se prive de Gasquet, pourtant demi-finaliste sortant de Wimbledon. Là encore, une douleur est censée justifier ce choix. Or, Gasquet explique de son côté avoir été en état de jouer. La communication s'enraye (encore) et l'équipe commence à se fissurer. Discuté sur son rôle de chef (dans les commentaires et sans doute également en interne), Clément est malgré tout censé rester à son poste une année de plus. Jusqu'à la révélation d'un audit sur l'équipe de France, deux mois plus tard. Où l'on apprend que la Fédération a proposé le capitanat à... Yannick Noah.

Peut-on réellement faire mieux ? Les déclarations de Noah fin 2014 n'étaient donc pas tombées dans l'oreille de sourds. Oui, le dernier vainqueur français d'un tournoi du Grand Chelem (Roland-Garros 1983) a gardé un attachement viscéral à l'équipe de France. N'était-ce pas lui qui, au soir des deux premiers simples perdus face à l'Allemagne en quarts de finale 2014, avait envoyé un texto mobilisateur à toute la troupe, Clément compris.

Jo-Wilfried Tsonga en Coupe Davis (1280x640) Justin TALLIS/AFP

Jo-Wilfried Tsonga a payé de sa personne face à Andy Murray. Mais ça n'a pas suffi. © Justin TALLIS/AFP


S'il devait reprendre du service, Noah serait confronté à un redoutable défi : oui, l'équipe de France est incroyablement homogène, avec des joueurs abonnés au Top 20 et quelques as du double. Mais elle ne possède pas dans ses rangs un joueur capable de la porter à lui seul, comme l'Espagne a eu Nadal, la Suisse Federer, la Serbie Djokovic et la République tchèque Berdych. La France de Clément est à chaque fois tombée contre plus forte qu'elle (mis à part peut-être en Argentine, même si les Berlocq et Monaco de l'époque n'étaient pas bons à prendre). Transcender les talents tricolores, mais aussi les remettre à leur place, c'est-à-dire celle de membres d'une équipe solide et unie, voilà le défi auquel sera confronté le successeur de Clément.