Yalouz: "Les accompagner jusqu'à Londres"

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Yalouz: "Les accompagner jusqu'à Londres"
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Quelques jours après la moisson de médailles françaises récoltées lors des récents Championnats d'Europe, Ghani Yalouz, en charge de la direction technique nationale, revient sans détour sur la belle semaine des Bleus. S'il met l'accent sur le potentiel de cette équipe de France, l'ancien lutteur rappelle que Barcelone n'était qu'une étape en vue des prochains Jeux Olympiques de Londres...

Quelques jours après la moisson de médailles françaises récoltées lors des récents Championnats d'Europe, Ghani Yalouz, en charge de la direction technique nationale, revient sans détour sur la belle semaine des Bleus. S'il met l'accent sur le potentiel de cette équipe de France, l'ancien lutteur rappelle que Barcelone n'était qu'une étape en vue des prochains Jeux Olympiques de Londres... L'équipe de France a montré beaucoup de solidarité et de sérénité tout au long de la compétition. Vous devez être ravis de retrouver un tel esprit d'équipe dans un sport dit "individuel"... Oui, c'est pour cela que je m'enrichis beaucoup de ce que font les autres. Je ne suis pas débarqué dans le sport par hasard, j'ai fait mes études à l'INSEP, puis j'ai échangé avec l'athlétisme, le judo, la natation, l'escrime, l'aviron, tous les sports qui marchent. Je me suis enrichi de tout cela pour la lutte et accrocher deux médailles olympiques à Pékin avec les frères Guesnot. C'est tout simplement du dialogue, de l'échange, de comprendre les athlètes, instaurer la confiance et leur inculquer une culture de la gagne et de la participation. Des valeurs qu'il ne faut jamais oublier pour un sportif que sont l'humilité, le partage, la sérénité et le plaisir, qui est l'élément moteur de la performance. Tous les gamins ont le sourire, le staff, les élus, la fédération, et le sourire est un élément important car ça reste du sport. Qu'ils dînent tous ensemble et qu'ils laissent leur casque de côté, qu'ils discutent et échangent comme à l'ancienne école, car c'est cela qui les rendra plus forts. Il y a encore du boulot. Tout à l'image de la course menée de front par Mahiédine Mekhissi et Bob Tahri sur le 3000m steeple... Oui, mais Bob avait une petite douleur à l'ischio. Mais au final ils ont pris le drapeau ensemble, c'est une équipe de France unie. C'est le symbole. Côté performances, comment jugez-vous le niveau général de la compétition ? Il manquait la Jamaïque et les Etats-Unis, c'est sûr, mais avant d'être champion du monde il faut déjà être champion d'Europe, champion de France. Etape par étape. Il vaut mieux partir avec un bilan comme celui-ci plutôt qu'avec trois ou quatre médailles. C'est encouragent pour les gamins, ça donne une sérénité. Ils sont sans complexe, comme de vrais lutteurs car ils se sont battus dans l'âme. Le sport c'est un combat, ils ont tout donné, arraché leurs tripes, fait le maximum pour honorer ce maillot de l'équipe de France. Et puis nous étions une des nations les moins fournies, en appliquant, comme me l'a demandé le ministère, l'excellence, sur le parcours de l'excellence sportive. Nous étions 60 athlètes, donc 60 potentiels de médailles. Quand je vois les autres nations, l'Allemagne, l'Angleterre, qui sont parties avec 80 ou 90 athlètes, je prime plutôt la qualité à la quantité. On m'a dit l'an dernier (avant les Mondiaux de Berlin, ndlr) que j'amenais les jeunes au casse-pipe, or ça me permettait justement de les confronter au haut niveau. Ce fut un indicateur très intéressant, avec trois médailles et beaucoup de finalistes. J'ai durci les minimas car je ne voulais pas envoyer des gens au casse-pipe, le but étant plutôt de les encourager. La gagne amène la gagne. Les concours de lancers n'ont eux pas été à la fête. Est-ce une discipline sur laquelle vous vous pencherez ? Nous avons beaucoup travaillé pour les lancers. Il ne faut pas oublier que Stéphanie Falzon, pour qui je suis très triste, avait sa place sur le podium. Sur la coupe d'Europe des nations, c'étaient les lanceurs qui avaient quasiment obtenu les meilleurs résultats. Cela rappelle aussi que le sport est une forme d'incertitude. J'évite de chiffrer. Rien n'est acquis d'avance. C'est toute la beauté du sport. Les soucis économiques de la Ligue nationale d'athlétisme n'ont visiblement pas entaché la qualité des résultats. Le président de la LNA, Marc Eisenberg, est un passionné d'athlétisme et aide énormément ce sport, la Ligue pro et les athlètes individuellement. Il contribue beaucoup à les mettre dans les meilleures conditions possibles. J'y attache beaucoup d'importance. "Le plaisir est le moteur et l'essence-même de la performance" Attachez-vous une importance particulière à la notion de France black-blanc-beur pour cette équipe de France qui a véritablement représenté la diversité de notre pays aujourd'hui ? La France, c'est le mélange black, blanc, beurre, vert, orange, tout ce que vous voulez. Je me suis servi des compétences de la natation, du judo, de l'escrime, ce qui faisait que ça marchait ou pas... Je leur ai dit: "Enrichissez-vous des autres". Le mélange, l'échange, c'est cela qui est important. C'est pour ça que je parle toujours de ces valeurs d'unité, d'humilité et de partage. Et après du plaisir car celui-ci est le moteur et l'essence-même de la performance. Votre nomination au poste de DTN avait fait jaser à l'époque, que dites-vous aujourd'hui à vos détracteurs ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise à propos des détracteurs ? Ce n'est pas grave, l'assemblée contemplative "y a qu'à, faut que" est large. Cela ne me gêne pas, il n'y a que ceux qui ne font rien et qui mangent des popcorns derrière leur écran qui ne risquent rien. J'aime les défis, j'ai été sportif de haut niveau et obtenu dix médailles dans ma carrière, je sais ce qu'est mouiller le maillot. Le plus important ce sont mes gamins et mes gamines et ils me le rendent bien. C'est plus le professeur que le directeur qui parle... Oui (rires), j'ai évidemment un rôle de professeur aussi à jouer car j'ai mon expérience et je dois leur enseigner aussi ce que j'ai vécu. Cette équipe est très riche. Il y a des gamins qui ont 18-19 ans, et tout cela fait que ceux de 36 ans voient l'insouciance des jeunes, à l'image de Renaud Lavillenie, alors que les jeunes voient eux l'expérience des anciens. Le seul travail que j'ai eu à faire c'est autour de cet amour du maillot, du survêtement, des couleurs bleu-blanc-rouge. C'est de manger ensemble, échanger ensemble. Je préfère toujours voir la bouteille à moitié-pleine plutôt qu'à moitié-vide. "On nous attend à Londres" Après l'échec de 2008, vous aviez décidé de restreindre le groupe pour ces championnats d'Europe. J'ai décidé de distinguer les forts potentiels olympiques et potentiels olympiques, sans faire du saupoudrage. C'est-à-dire identifier les vingt forts potentiels olympiques avec deux-trois athlètes par spécialité, en accord avec les managers. On se doit de les mettre dans les meilleures conditions possibles pour préparer les JO de Londres. On ne va pas les aider la veille de Londres, donc on va les accompagner. Ça se mérite, c'est-à-dire qu'ils peuvent en sortir comme ils peuvent y rester. Il ne faut pas les installer dans un confort, pour un athlète, ce n'est pas bon. A partir de là, j'ai fait un parcours, on travaille en collaboration avec tous mes collègues, c'est important. Je leur fais entièrement confiance pour pouvoir travailler sereinement, et après on juge aux résultats, tout simplement. Dans les entreprises, c'est pareil. Il faut être là au bon moment, anticiper les choses qui peuvent arriver. C'est toutes les qualités d'un entraîneur: la communication, l'anticipation, le partage, le fait d'être là pour l'athlète lorsqu'il en a besoin. Je m'applique à le faire et je pense les avoir embarqués un minimum dans tout ça... C'est de l'humain. Préparer Londres passera également par de bonnes prestations aux Mondiaux en Corée du Sud. Oui, mais on nous attend à Londres, pour les Jeux Olympiques. C'est quand même l'évènement pour l'athlétisme, comme le baromètre du sport français. C'est le sport numéro un de l'olympisme, donc il faudra qu'on se batte pour faire aussi bien qu'à Berlin. Là je serai satisfait. Que peut-on souhaiter à l'athlétisme français les mois prochains ? Que ça dure. On espère que l'émulation de Barcelone gagnera l'équipe de France de natation en passe de débuter ses Championnats d'Europe en Hongrie... Oui, ma femme est nageuse, je sais qu'ils sont motivés. Je suis très proche de Franck Esposito, qui est un ami de longue date, et je suis un fervent supporter du sport français en général. Je serai devant ma télé pour les encourager, et je souhaite que nos résultats les aient motivés.