Yachvili: "Je le mérite"

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Yachvili: "Je le mérite"
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Il aura fallu à Dimitri Yachvili attendre presque 31 ans pour débuter une Coupe du monde dans la peau d'un demi de mêlée titulaire. La doublure de Fabien Galthié au Mondial 2003 a fait du chemin, avant de connaître cet honneur samedi, à North Shore face au Japon. Huit ans durant lesquels il n'aura jamais renoncé aux Bleus, et dont il estime retirer désormais sa légitimité. Même si, selon lui, rien n'est figé en charnière.

Il aura fallu à Dimitri Yachvili attendre presque 31 ans pour débuter une Coupe du monde dans la peau d'un demi de mêlée titulaire. La doublure de Fabien Galthié au Mondial 2003 a fait du chemin, avant de connaître cet honneur samedi, à North Shore face au Japon. Huit ans durant lesquels il n'aura jamais renoncé aux Bleus, et dont il estime retirer désormais sa légitimité. Même si, selon lui, rien n'est figé en charnière. Dimitri, remplaçant dans le Tournoi 2010, vous avez un temps reculé jusqu'au 3e, voire même au 4e rang dans la hiérarchie des demis de mêlée, derrière les Tillous-Borde ou autres Dupuy. Vous est-il arrivé de baisser les bras ? Non, je l'ai dit, ce sont nos performances en club qui nous permettent d'être sélectionné en équipe de France. On a fait de bons résultats avec Biarritz ; c'est dû en grande partie à un travail personnel, mais c'est dû aussi à mes coéquipiers en club. Mais en effet, il y a eu un gros travail entrepris sur moi-même, qui me permet d'aborder les matches et les échéances différemment. Avec l'âge, on relativise un peu plus et on joue plus libéré. C'est venu naturellement, je ne me prends pas la tête. Même s'il faut faire ce qu'il faut, et savoir se faire violence à certains moments. Si je suis là, c'est que je mérite d'être là, et je vais tout donner pour qu'on gagne. Ça signifie que même un premier match de Coupe du monde dans la peau d'un titulaire, à un poste aussi décisif que le votre, ne vous enlèvera pas cette cool attitude? Dès que le coup sifflet va retentir, il faudra que je sache me mettre en avant. Disons que je relativise un peu plus, et d'avoir un oeil plus calme et posé pour lancer le jeu et annoncer les combinaisons, c'est plus facile. Avez-vous le sentiment que cette équipe a fait du chemin depuis le dernier Tournoi ? Oui, elle a fait du chemin parce qu'on a vécu des moments durs et difficiles au cours de cette préparation. Parce qu'on a aussi gagné les deux matches contre l'Irlande, qui n'étaient pas des matches faciles malgré ce qu'on a pu entendre, ça a été deux rencontres difficiles à gérer. On a vécu pendant deux mois ensemble, donc forcément il s'est passé des choses. Et maintenant, il faut qu'on retranscrive tout ça sur le terrain. "A un moment donné, il y en aura forcément un qui sera déçu" Tout au long de cette préparation, on vous a beaucoup vu associé à François Trinh-Duc à l'entraînement. Vous le retrouvez pour ce premier match, et on ne peut s'empêcher de penser que la hiérarchie est établie à la charnière... Je ne pense pas. Il y a de l'émulation, ça a beaucoup bougé. La hiérarchie, elle, se dégagera forcément au moment des phases finales, parce qu'on aura besoin d'automatismes et qu'il faudra que tout soit huilé. Mais malgré ça, on est quatre à pouvoir évoluer en charnière et à pouvoir jouer des matches de haut niveau. Avec Trinh-Duc, vous ne possédez d'ailleurs pas un important vécu ensemble en compétition: trois matches seulement en tant que titulaires. C'est gênant ? C'est vrai, parce que je n'ai pas été beaucoup titularisé depuis quatre ans, les effectifs ont beaucoup bougé. L'important, c'était d'avoir fait ce match contre l'Irlande (ndlr, victoire 19-12, à Bordeaux) pour prendre le maximum de repères. A l'entraînement, c'est bien d'en avoir, mais il est important d'en avoir aussi en match dans des moments plus difficiles à gérer. On a de l'expérience, que ce soit Skrela, Trinh-Duc, Parra et moi, je crois qu'on est capable de s'adapter et de jouer avec n'importe qui. Votre concurrence ne semble pas empêcher une certaine complicité entre vous et Morgan Parra en dehors du terrain. Ça paraît pourtant difficile à croire, au regard de la situation ? On s'entend bien, ça fait deux mois qu'on est ensemble, on ne va pas se cracher dessus ; on sait très bien qu'il n'y en a pas qu'un qui fera toute la Coupe du monde, que ça va tourner. C'est pour le bien de l'équipe, et puis on a aussi des affinités qui sont venues naturellement. Pour le bien de l'équipe, c'est très bien que ça passe comme ça, et c'est également le cas pour d'autres postes. A un moment donné, il y en aura forcément un qui sera déçu, c'est la loi du truc, mais il faudra prendre sur nous pour le bien de l'équipe. On sait très bien que c'est ce genre d'amertumes qui peut ternir la vie d'un groupe. Vous qui avez vécu une Coupe du monde en 2003 dans l'ombre de Fabien Galthié, pensez-vous qu'il est nécessaire pour les demis, à un moment, de prendre les choses en main sur la durée de la compétition ? Oui, ça se fait chez beaucoup d'autres nations. Chez nous ça tourne beaucoup, donc on ne peut pas penser sans arrêt à former une charnière titulaire et une autre qui sera remplaçante. Beaucoup de choses peuvent changer, ne serait-ce que les conditions climatiques, qui peuvent faire évoluer une charnière. "On se sent tous dans la peau de titulaires" Pour prendre les choses en main, encore faut-il être légitime, et donc titulaire, non ? On se sent tous dans la peau de titulaires. On n'est pas dans un cycle où il faut gagner sa place, on est dans un cycle où il faut gagner les matches. Gagner sa place, c'est fini, on arrive dans la compétition face à une équipe du Japon redoutable, qui a vraiment élevé son niveau par rapport aux dernières Coupes du monde. Maintenant, on rentre sur le terrain pour gagner. En 2003, après la demi-finale perdue face à l'Angleterre, Fabien Galthié vous laisse jouer la petite finale et dit: "Dimitri, c'est l'avenir !" Pensiez-vous devoir attendre huit ans pour rejouer en Coupe du monde ? (Rires) Ah non, p....., il s'en est passé des choses. C'est comme ça, ça ne s'écrit pas le destin. Je n'ai jamais décroché par rapport à l'équipe de France, c'est toujours resté un objectif individuel, ça l'est pour chaque joueur, moi le premier. Ça va faire l'année prochaine dix ans que j'y suis, c'est l'expression d'une certaine constance dans ma carrière. Maintenant je n'ai que 30 ans, encore pour quelques jours, et je vais aborder cette Coupe du monde en profitant le plus possible, parce que je sais que chaque sélection est très importante et qu'il faut en profiter au maximum, se lâcher le plus possible. C'est mon état d'esprit, comme celui de beaucoup de joueurs de plus de 30 ans dans cette équipe. De cette Coupe du monde, on se souvient du terme "tossty", autrement dit les "coiffeurs", en raison d'une hiérarchie établie d'entrée de compétition. En quoi ce rôle est-il délicat à endosser ? Et si le terme "tossty" n'a pas été employé cette année, c'est peut-être parce que c'est un groupe qui présente plus d'émulation. Et c'est peut-être une autre manière de gérer un groupe. Samedi, face aux Japonais, peut-on s'attendre à vous voir aborder la rencontre avec la même intensité que le match de Bordeaux face à l'Irlande ? Ça correspond à ce que vous souhaitez faire ? Oui, ça ressemble à ce qu'on souhaite faire offensivement, et défensivement aussi pour ce qui est de la seconde période. On sait très bien qu'on ne va pas durer tout un match sur le rythme produit à Bordeaux durant 30 minutes. Il faudra trouver le juste milieu et gérer au maximum, parce que bien des paramètres peuvent modifier notre jeu, on ne sait pas de quoi sera fait la météo ; à nous de trouver la bonne stratégie, pour le bien de tout le monde et surtout pour gagner. Maintenant, on ne peut plus faire plaisir à qui que ce soit au niveau du jeu. Maintenant, c'est gagner, point final !