XV de France: Faut-il garder Lièvremont ?

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XV de France: Faut-il garder Lièvremont ?
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Après la fessée essuyée par les Bleus samedi au Stade de France contre l'Australie (16-59), le XV de France ressemble à un champ de ruines devant lequel Marc Lièvremont, incapable d'expliquer cette débâcle, apparaît sans solution. Devant une telle impuissance, la rédaction ouvre le débat: le sélectionneur est-il toujours l'homme de la situation à neuf mois de la Coupe du monde ?

Après la fessée essuyée par les Bleus samedi au Stade de France contre l'Australie (16-59), le XV de France ressemble à un champ de ruines devant lequel Marc Lièvremont, incapable d'expliquer cette débâcle, apparaît sans solution. Devant une telle impuissance, la rédaction ouvre le débat: le sélectionneur est-il toujours l'homme de la situation à neuf mois de la Coupe du monde ? OUI - Fabrice VOISIN - Journaliste, Sports.fr "Marc Lièvremont n'est pas le premier sélectionneur du XV de France contesté. Avant lui, Pierre Villepreux et Jean-Claude Skrela puis Bernard Laporte avaient, eux aussi, eu à essuyer les critiques les plus virulentes après deux grosses valises, à chaque fois contre la Nouvelle-Zélande (10-52 en 1997 et 3-47 en 2006). Lors des deux Coupes du monde qui ont suivi ces deux dates noires du rugby tricolore, l'équipe de France écartait de la compétition les All Blacks. L'assurance que les Bleus peuvent sortir l'Australie qu'ils pourraient retrouver en demi-finale du Mondial 2011 ? On n'ira pas jusque-là. Mais la preuve qu'à désormais neuf mois de la Coupe du monde, le staff du XV de France a encore le temps de corriger le tir. Le chantier est certes immense tant cette équipe de France est apparue sans idée, sans jeu et sans solution contre les Wallabies, comme face à l'Argentine une semaine plus tôt. Mais dans ce champ de ruines, il reste quelques pierres pour reconstruire une équipe solide: une mêlée présentée à juste titre comme une référence mondiale (cf les deux essais de pénalité obtenus contre les Fidji et l'Australie) et un groupe solidaire à défaut de faire, il est vrai, suffisamment preuve de caractère. Ça fait peu, me direz-vous... Ça suffisait encore l'hiver dernier pour signer le Grand Chelem lors du Tournoi des VI Nations 2010. Et ça doit permettre à l'équipe de France de reprendre confiance lors du prochain Tournoi. Ça ne sera pas suffisant pour gagner la Coupe du monde. Mais s'il est aussi fier qu'il peut paraître résigné, lui qui ne cesse (à juste titre) de dénoncer le manque d'attention portée en France à la sélection nationale, comparé aux autres nations mondiales, Marc Lièvremont est un homme honnête. Qui accepte l'échange si tant est qu'on lui propose. Avec un groupe enfin resserré, qui devrait être très proche de celui qui s'envolera pour la Nouvelle-Zélande, le sélectionneur est en mesure de poser les bases d'un jeu peut-être moins ambitieux, du moins pragmatique. Des joueurs qui seront alors face à leurs responsabilités et mis en confiance après trois ans de tests en tout genre. L'occasion pour le sélectionneur d'asseoir son autorité mais aussi de fixer, enfin, un cap à son équipe. Et peut-être de confier ses souvenirs de joueur, quand, un 31 octobre 1999 à Twickenham, il a battu les All Blacks, présentés alors comme la meilleure équipe de tous les temps... Preuve que tout est encore possible." NON - Axel CAPRON - Rédacteur en chef "A moins de dix mois du début de la Coupe du monde, force est de constater que l'équipe de France ne répond plus. Samedi soir, son match face aux Wallabies, le gros test de sa tournée d'automne, a tourné au triple naufrage: physique, tactique, mental. Traille à l'ouverture, Porical à l'arrière, Rougerie recentré, Ouedraogo plutôt qu'Harinordoquy, tous les essais tentés se sont soldés par des échecs et le quinze tricolore sort laminé moralement d'une tournée qui aurait dû lancer les bases de l'opération Coupe du monde 2011. A son arrivée à la tête de l'équipe de France au sortir de la Coupe du monde 2007, Marc Lièvremont s'était engagé à revenir à certains fondamentaux du rugby tricolore, dont le fameux «french flair», celui qui, par le passé enchantait les amoureux du jeu de passe et terrorisait les adversaires, All Blacks compris, tant il pouvait être imprévisible. Trois ans et 80 joueurs plus tard, on en est presque à regretter l'ancien ministre des Sports, tant le bilan de son successeur, s'il reste positif d'un point de vue comptable (18 victoires-13 défaites), apparaît plus que mitigé: certes les Bleus ont remporté le Grand chelem en 2010, mais le jeu affiché depuis sonne comme une régression, avec un quinze de France dont les ambitions de jeu se limitent à son paquet d'avants, arbre qui cache une forêt d'insuffisances au niveau de l'animation. En dix confrontations face aux trois «gros» de l'hémisphère Sud depuis sa prise de fonctions, les Bleus de Lièvremont, qui a pris l'habitude ces derniers temps de rejeter la faute sur d'autres (le Top 14, l'impossibilité de suivre les nations du Sud...), ont perdu huit fois, la plupart du temps corrigés (34-13 et 40-10 en juin 2008 en Australie, 12-39 face aux Blacks en novembre 2009, 42-17 contre les Boks en juin dernier, pour finir par la déroute 16-59 de samedi). Face à l'impuissance de l'intéressé, incapable samedi "d'expliquer l'inexplicable", il est encore temps de mener une opération commando autour d'un noyau resserré de joueurs issus des deux-trois gros clubs français pour sauver la patrie. L'exemple du foot, avec des responsables de la FFF qui n'ont pas eu l'audace de «couper» Domenech fin 2009, devrait faire réfléchir la FFR, même si on doute fort que la prise de risque soit l'apanage de la vénérable institution... N'est-ce pas Serge Blanco qui, à propos de Marc Lièvremont, s'exclamait: "S'il n'a pas envie de faire la Coupe du monde, il s'en va ! On n'est pas le football." ?