Une transat en hors d'oeuvre

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Une transat en hors d'oeuvre
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C'est dimanche que s'élance la Transat Bénodet-Martinique, réservée à la classe Figaro. 17 solitaires s'attaquent aux 3474 milles d'un parcours classique qui fera la part belle aux coups stratégiques et à la capacité des marins de faire avancer vite leur monocoque de dix mètres. Tenant du titre, Gildas Morvan fait figure de grand favori, mais Fabien Delahaye, Jeanne Grégoire, Nicolas Lunven, Thomas Rouxel ou Erwan Tabarly ont leur carte à jouer.

C'est dimanche que s'élance la Transat Bénodet-Martinique, réservée à la classe Figaro. 17 solitaires s'attaquent aux 3474 milles d'un parcours classique qui fera la part belle aux coups stratégiques et à la capacité des marins de faire avancer vite leur monocoque de dix mètres. Tenant du titre, Gildas Morvan fait figure de grand favori, mais Fabien Delahaye, Jeanne Grégoire, Nicolas Lunven, Thomas Rouxel ou Erwan Tabarly ont leur carte à jouer. Comme tous les ans, la saison de Figaro débute par une transat à destination des Antilles, avec les années paires, la Transat AG2R en double, les années impaires une transat qui, depuis sa création, a connu différents parcours et appellations pour devenir aujourd'hui la Transat Bénodet-Martinique. Emanation de l'ancien Trophée BPE, couru en double entre Saint-Nazaire et Dakar (deux éditions en 2001 et 2003), transformé en 2005 en Transat BPE en solitaire, d'abord sur un parcours Saint-Nazaire-Cienfuegos de Cuba, ensuite entre Belle-Ile-en-Mer et Marie-Galante, hommage à Laurent Voulzy oblige, cette première épreuve de la saison s'inscrit dans le calendrier du Championnat de France de course au large en solitaire, dont les trois autres étapes seront en 2011 la Generali Solo, la Solitaire du Figaro et la Quiberon Solo. 17 marins s'élanceront dimanche à 14h de l'embouchure de l'Odet - une participation moyenne mais en hausse par rapport à la dernière édition (14 partants) - à l'assaut d'un parcours de 3474 milles qui, pour la première fois, s'achèvera en Martinique, à Fort-de-France. Un parcours très classique d'un point de vue météo pour les habitués des transats, avec une sortie de Golfe de Gascogne parfois très tonique (les conditions pour les deux premiers jours semblent idéales pour «dégolfer» assez rapidement), des premiers choix à faire au moment de franchir le Cap Finisterre et de négocier l'anticyclone des Açores entre une route sud plus longue mais parfois payante, et une route plus directe, ces options étant souvent définitives dans la mesure où, une fois les alizés accrochés, les skippers n'ont plus grand-chose à faire si ce n'est de faire avancer leur Figaro le plus vite possible. Première en solitaire pour le vétéran Mouren... A ce jeu-là, le tenant du titre, Gildas Morvan, vainqueur il y a deux ans après un peu moins de 20 jours de mer, fait figure de grand favori à sa propre succession, lui qui est incontestablement le plus titré et le plus expérimenté des 17 solitaires engagés. Un statut que le skipper de Cercle Vert assume sans problème, même s'il sait que, comme souvent en Figaro, la concurrence est très homogène. Ses principaux rivaux ? "Jeanne Grégoire est toujours bien placée sur les transats, Fabien Delahaye a gagné la Transat AG2R avec Armel Le Cléac'h l'année dernière, Eric Drouglazet, qui a déjà gagné le Trophée BPE, Erwan Tabarly, qui a fait deuxième de la dernière édition, Thomas Rouxel...", répond celui qu'on surnomme «Géant Vert» sur les pontons en raison de sa stature imposante et du patronyme de son partenaire. Un bon résumé des forces en présence, à la tête desquelles on placerait de notre côté Fabien Delahaye (Port de Caen-Ouistreham), qui ne cesse depuis ses débuts en Figaro de monter en flèche, un peu à l'instar de François Gabart, déjà passé dans la «classe supérieure» de l'Imoca, et Erwan Tabarly (Nacarat), qui, grâce au soutien enfin pérenne d'un sponsor, a signé une excellente saison en 2010. Les autres sont tous de sérieux outsiders, à commencer par la seule femme de la course, Jeanne Grégoire (Banque Populaire), qui, après des podiums en double, veut "franchir un palier en solitaire" sur un exercice, le large, qu'elle affectionne particulièrement, Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne), deuxième de cette Transat en 2007 et désormais bien installé dans le Top 10 de la classe Figaro, le «vétéran» Eric Drouglazet (Luisina), toujours capable de sortir un gros coup, comme en 2005 (victoire), sans oublier Nicolas Lunven (Generali), vainqueur de la Solitaire du Figaro 2009, qui semble particulièrement affûté en ce début de saison, Romain Attanasio (Savéol) ou Eric Péron (Macif 2009). On surveillera également avec attention les performances des «jeunes qui montent», avec, outre Fabien Delayahe, Anthony Marchand (Espoir Région Bretagne), 26 ans, premier bizuth en 2010 sur la Solitaire, la Quiberon Solo et le Championnat de France, le Portugais (et seul non-Français) Francisco Lobato (Roff), également 26 ans, issu de la classe 650 dans laquelle il s'est forgé un solide palmarès, et enfin le doyen et mémoire vivante de la classe Figaro, Jean-Paul Mouren, qui, à 58 ans, dispute sa première transat en solitaire ! "Je suis Marseillais, plutôt latin donc. C'est pourquoi j'aime la voile épicurienne et pourquoi j'ai un peu repoussé le fait d'aller faire cette transat en solitaire. Cette année, je me suis dit: «J'ai le bateau, encore un peu de santé, un partenaire, les trois ingrédients sont présents, je n'ai pas le droit de laisser passer ça». De plus, une transat en solitaire, c'est une sorte de un chemin initiatique. C'est un peu comme passer le cap Horn." Pour le Marseillais comme pour nombre des concurrents en lice, cette Transat Bénodet-Martinique s'apparente en effet à un bizutage au large en solitaire, pendant lequel il faut savoir naviguer, gagne-petit, en «Figariste», tout en faisant preuve du minimum d'audace récompensant en général le vainqueur. Le palmarès des trois éditions courues en solitaire est à ce titre éloquent, avec que des marins (Drouglazet, Troussel, Morvan) rompus depuis des années aux joutes parfois ingrates du Figaro...