Une légende du foot universitaire à terre

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Une légende du foot universitaire à terre
@ REUTERS
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FOOT US - Joe Paterno, coach légendaire, a été licencié à la suite d'une affaire de pédophilie.

Le football universitaire aux Etats-Unis est plus qu'un sport. C'est une religion. Joe Paterno, de l'université de Pennsylvanie, est plus qu'un coach. C'est une légende. Ces deux éléments expliquent le raz-de-marée médiatique actuellement en cours outre-Atlantique, après le départ mercredi de celui qui a passé 61 ans de sa vie dans l'encadrement de l'équipe des Nittany Lions, dont 45 en tant que coach principal. Paterno a été victime d'une bombe à retardement.

Les faits qui ont précipité sa chute remontent en effet à 2002. Cette année-là, un membre du staff, Mike McQueary, explique à Paterno avoir vu Jerry Sandusky, son assistant, agresser sexuellement un jeune garçon de 10 ans dans les vestiaires. 

Joe Paterno, avec son fils (930x620)

© REUTERS

Dès le lendemain, Paterno, désormais lavé de tout soupçon, confie cette information au responsable des sports de l'université de Penn State, Tim Curley, son supérieur immédiat. Que reproche-t-on à Paterno aujourd'hui ? Essentiellement deux choses : la première, c'est de ne pas avoir interdit l'accès du campus à Sandusky, qui a été son assistant pendant 33 ans, entre 1966 et 1999 mais qui, selon certains témoignages, a encore été vu dans la salle de musculation pas plus tard que la semaine dernière. La deuxième, c'est de ne pas avoir pris la responsabilité d'appeler directement la police.

"Je pense que vous avez la responsabilité morale (de le dire). Que vous soyez coach de football, président d'université ou le gars qui balaie l'immeuble", a souligné le responsable de la police de l'Etat de Pennsylvanie, Frank Noonan, sur cbssports.com. Sandusky a été inculpé samedi d'agression sexuelle sur huit mineurs, entre 1994 et 2009, et fait l'objet de 40 chefs d'accusation. Paterno est lui licencié non pas pour ce qu'il a fait, mais pour ce qu'il n'a pas fait.

Rédemption et punition

Paterno (930x620)

© MAXPPP

Dans un communiqué transmis mardi, Paterno émet des regrets sur son attitude de l'époque. "C'est une tragédie", convient celui qui est entré au "Hall of fame" des coaches universitaires en 2007. "C'est l'une des plus grandes douleurs de ma vie. Avec le recul, j'aurais aimé en faire plus." Dans ce texte, le coach aux 409 victoires, un record absolu dans le football universitaire, explique également vouloir partir en fin de saison. Mais le New Yorkais d’origine italienne, aux faux airs de l’acteur Joe Pesci, n'aura pas la sortie qu'il a choisie. Le conseil d'administration de l'université, très réputée et très fréquentée (95.000 étudiants), en a décidé autrement. Mercredi, il a voté son licenciement, avec effet immédiat. Le président Graham Spanier, le vice-président Gary Schultz et le responsable des sports Tim Curley ont également été priés de quitter les lieux.

Des manifestants à State College (930x620)

© REUTERS

Mercredi soir, certains étudiants de Penn State ont fait part de leur mécontentement de voir "Joe Pa", comme est surnommé Paterno, partir avec le déshonneur, lui qui a raflé cinq titres majeurs avec les Nittany Lions et dont la famille a fait plus de quatre millions de dollars de dons à l'université (environ trois millions d'euros). Des poubelles ont été renversées, des lampadaires dégradés et un car de la télévision renversé. Cité par le New York Times, un étudiant ayant pris part à ces incidents traduit le sentiment général : "ne vous y trompez pas, c'est le conseil d'administration qui a mis le feu en virant notre coach. Ils ont terni une légende." Une légende désormais aphone.