Une impasse ? Quelle impasse ?

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Une impasse ? Quelle impasse ?
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Alors que la polémique enfle en Nouvelle-Zélande autour des choix tactiques de Marc Lièvremont, accusé d'avoir galvaudé le choc de la phase de poules face aux All Blacks samedi, à l'Eden Park, les Bleus l'affirment haut et fort: ils joueront ce match pour le gagner, sans quelconque volonté de calculer ou de chercher à finir deuxième de la Poule A pour s'assurer d'un parcours supposé plus facile en phase finale.

Alors que la polémique enfle en Nouvelle-Zélande autour des choix tactiques de Marc Lièvremont, accusé d'avoir galvaudé le choc de la phase de poules face aux All Blacks samedi, à l'Eden Park, les Bleus l'affirment haut et fort: ils joueront ce match pour le gagner, sans quelconque volonté de calculer ou de chercher à finir deuxième de la Poule A pour s'assurer d'un parcours supposé plus facile en phase finale. Les Bleus, et avec leur sélectionneur Marc Lièvremont, sont-ils en passe de commettre le crime suprême au pays du rugby: galvauder un match face aux All Blacks. C'est déjà l'accusation qui est faite au staff tricolore, coupable d'aborder avec légèreté le match le plus attendu depuis quatre ans au pays du long nuage blanc, où après les désillusions vécues face aux Bleus en 1999 et 2007 l'on ne rêve que de revanche... (voir: "Une farce à la française") C'est peu dire que les contours du quinze de départ français dévoilé mardi devant une meute de journalistes néo-zélandais, curieux de connaître les véritables intentions de ces maudits Bleus, a fait l'effet d'une bombe. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un oeil sur la presse nationale ce mercredi matin. Tout un pays, ou presque, en est déjà convaincu, et la déception serait à la hauteur de l'estime que portent les Néo-Zélandais au rugby français, leur plus redoutable contradicteur en Coupe du monde. Lièvremont et ses joueurs céderaient ainsi au jeu des petits calculs afin de s'assurer par un revers samedi, à l'Eden Park, une place de deuxième dans cette Poule A, synonyme de passage dans la partie du tableau final la plus dégagée depuis l'exploit de l'Irlande sur l'Australie (voir par ailleurs). Une attitude qui colle bien mal à l'image de marque des Bleus en Nouvelle-Zélande. Rougerie: "Je crois que je serais un garçon pas très obéissant..." Pourtant, dans le camp tricolore, on risque de tomber des nues à la lecture de cette presse accusatrice. A moins d'être tous pour la plupart des premiers prix d'interprétation, il n'est pas un joueur français qui, à l'évocation de ce si peu honorable dessein, n'a pas sursauté, presque choqué par cette simple idée : Lâcher le match contre les Blacks. Presque un gros mot, si l'on s'en tient aux réactions des uns et des autres. A commencer par le capitaine par intérim face au Canada, Aurélien Rougerie, prêt à la désobéissance si un tel projet venait à lui être proposé: "En tout cas, moi, je ne rentrerai pas sur le terrain pour faire l'impasse... Déjà, je n'arrive pas à trop concevoir qu'on puisse me le demander et puis, je crois que je serais un garçon pas très obéissant." "Roro" de Clermont a parlé. Car on touche là à un quasi sacrilège dans le monde du rugby. Si dans d'autres disciplines -la question se pose régulièrement au basket- de telles pratiques sont monnaie courante, l'impasse sur un match en ovalie, ça n'existerait pas. Au premier motif qu'avoir l'intention de se relâcher et de jouer au plus fin face à des avions de chasse tels que les All Blacks, c'est le plus sûr moyen de finir à l'infirmerie. Pour Maxime Mermoz, qui en sort, le problème ne se pose même pas. Cette équipe de France n'a pas les moyens de tracer des plans bien aléatoires sur la comète: "Si les Irlandais sont capables de battre l'Australie, ils sont capables de nous battre aussi, lâche, définitif, le centre catalan. Sincèrement, on ne doit pas avoir la prétention de choisir quoi que ce soit. On ne peut pas se permettre de lâcher, déjà parce que c'est la Coupe du monde et en plus, parce que c'est les All Blacks. [...] Qu'on le veuille ou non, on restera toujours les outsiders de ce match. On va tout faire pour réaliser une bonne performance. Après, quant à se projeter par rapport aux quarts ou aux demis, c'est toujours à double tranchant, quand on croit que c'est plus facile, c'est plus dur, et quand on sait que c'est dur, on arrive à élever le niveau. Il faut tempérer les choses et simplement construire de semaine en semaine sans se projeter vraiment parce qu'on ne peut pas avoir cette prétention." Une unanimité chez les joueurs. Reste le principal mis en cause de cette affaire, un Marc Lièvremont que son choix inédit de bombarder Morgan Parra en n°10, rend encore plus suspect. "Cela sous-entendrait que l'on va lâcher le match contre les All Blacks ? Le perdre volontairement ?", interrogeait le sélectionneur dès l'issue du match face au Canada, avant de poursuivre sur le ton de l'ironie: "Les All Blacks seront certainement dans le même état d'esprit que nous et pourraient lâcher ce match pour bénéficier d'un match plus facile en quart. Il n'a jamais été question qu'on lâche un match quand bien même il nous permettrait d'évoluer sur un tableau plus facile. Ce qui reste à prouver. Il reste d'autres matches et d'autres surprises peuvent arriver." Il n'empêche, certains de ses choix, s'ils interpellent déjà le rugby français, ont de quoi carrément choquer à l'étranger. Pourtant, Lièvremont en appelle là aussi à la tradition et à la culture de son sport: "Ce n'est pas trop rugby. Je ne me vois pas dire aux joueurs: « On lâche le match ». On veut gagner ce match. Gagner contre la Nouvelle-Zélande reste un exploit. Et ce sera un exploit de gagner la semaine prochaine. On va essayer de progresser, de tout faire pour la battre la Nouvelle-Zélande." Mais de conclure tout de même, histoire de montrer qu'il ne se trompe pas d'objectif, tout en entretenant le trouble: "Même si ça ne reste qu'un match de poules..."