Une demie, et après ?

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Une demie, et après ?
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Au lendemain de la défaite de l'équipe de France féminine de football face à la Suède (1-2) dans la petite finale du Mondial, le bilan est on ne peut plus positif. Tant sur le plan du jeu que sur la sympathie dégagée, Bruno Bini et ses filles ont séduit dans l'Hexagone, jetant les bases d'un développement important de leur discipline. Même si le plus dur commence peut-être.

Au lendemain de la défaite de l'équipe de France féminine de football face à la Suède (1-2) dans la petite finale du Mondial, le bilan est on ne peut plus positif. Tant sur le plan du jeu que sur la sympathie dégagée, Bruno Bini et ses filles ont séduit dans l'Hexagone, jetant les bases d'un développement important de leur discipline. Même si le plus dur commence peut-être. Elles ont su offrir à la France du football ce dont elle avait besoin. Un an après Knysna et le désastre du Mondial sud-africain, marqué par une pauvreté footballistique sans précédent et des comportements parfaitement déplacés, les joueuses de l'équipe de France féminine ont montré un visage en tous points opposé à leurs homologues masculins, entraînant dans leur sillage une grande vague de sympathie. Paradoxalement, le désamour du public envers les Bleus estampillés Domenech a certainement grandement servi la cause de la bande à Bini. Il faut dire que la comparaison n'a en réalité pas lieu d'être. Là où Raymond Domenech semblait naviguer à vue et ne jamais établir un plan de jeu propre à son équipe, Bruno Bini a su imposer à ses joueuses un vrai fond, basé sur une circulation de balle rapide, au sol, servie par des profils techniques, à l'image de Louisa Necib, Elise Bussaglia ou Camille Abily. Le point d'orgue de cette touche technique eut lieu lors de la demi-finale perdue face aux Etats-Unis, qui avait vu l'équipe de France posséder le ballon de la 25e à la 75e minute, mettant à mal la meilleure équipe du monde sans trouver la faille, jusqu'à deux buts encaissés en contre en fin de match. Cette issue cruelle a trouvé son prolongement samedi, lors de la petite finale, lorsque Hammarström a nettoyé la lucarne de Céline Deville d'une frappe canon. On ne peut s'empêcher de penser qu'avec un minimum de réussite en plus, et une plus grande solidité défensive, le parcours aurait pu être bien plus beau. Mais ce serait oublier que les Bleues ne disputaient en Allemagne que la deuxième phase finale de Coupe du monde de leur histoire. Dans ce contexte, le parcours réalisé, avec une demi-finale et, surtout, une qualification pour les JO de Londres en 2012, est tout simplement remarquable. Le Graët veut surfer sur la vague Dans un communiqué officiel, Noël Le Graët, néo-président de la Fédération Française de Football qui avait fait du développement du football féminin l'un des points importants de son programme électoral, n'a pas lésiné sur les compliments: "Tout le football français vous remercie pour ce que vous lui avez apporté au cours de ces dernières semaines. Vous avez également permis au football féminin de basculer enfin dans une nouvelle dimension, à la fois populaire, médiatique et, surtout, sportive. Vous pouvez en être fières !" Une belle tirade, qui reste toutefois à tempérer. Car le plus dur sera certainement de capitaliser sur ce courant de sympathie, né rappelons-le au coeur d'une intersaison de Ligue 1 qui laisse un grand vide pour les amateurs de football de l'Hexagone. Car la "nouvelle dimension médiatique" décrite par Noël Le Graët est loin d'être évidente, d'autant plus lorsque l'on sait que le match de samedi face à la Suède n'était pas diffusé sur les chaînes gratuites ! Quid également de la diffusion du championnat, voire de la Ligue des champions, remportée par l'OL en mai dernier dans l'indifférence générale, ou presque ? Peut-être la création de C-Foot, la chaîne de la LFP, pourra-t-elle remédier, du moins en partie, à cette absence de la petite lucarne. A condition que le football féminin fasse un pas rapide et important vers un plus grand professionnalisme, à l'image de ce qui se fait outre-Rhin, où l'affluence dans les stades tout au long de la compétition et la diffusion de tous les matches ont été les plus évidents symboles. Un état des lieux dont est visiblement conscient Le Graët, qui souligne dans son communiqué qu'il est "temps d'offrir aux jeunes filles de notre pays des structures d'accueil plus nombreuses, de resserrer le maillage de la préformation afin que chacune, partout en France, puisse vivre sa passion et, pour les plus douées, accéder au plus haut niveau de compétition." Un chantier important donc, qui permettra enfin à l'équipe de France féminine de perdurer. Et de viser plus haut, dans un an à Londres, qu'une quatrième place au goût finalement amer.