Une année de voile

  • A
  • A
Une année de voile
Partagez sur :

Marquée par le doublé de Jean-Pierre Dick en double, l'année 2011 aura aussi été celle d'un homme, Jérémie Beyou, vainqueur avec le Niçois entre Le Havre et le Costa Rica et de la Solitaire du Figaro. Les autres faits marquants de l'année ? La révolution imaginée par David Raison, la victoire volée à Nicolas Lunven sur la Transat Bénodet-Martinique ou encore de l'histoire écrite en ce moment-même par Banque Populaire V. Mais pour ces derniers comme pour la voile olympique, le plus beau est peut-être à venir en 2012...

Marquée par le doublé de Jean-Pierre Dick en double, l'année 2011 aura aussi été celle d'un homme, Jérémie Beyou, vainqueur avec le Niçois entre Le Havre et le Costa Rica et de la Solitaire du Figaro. Les autres faits marquants de l'année ? La révolution imaginée par David Raison, la victoire volée à Nicolas Lunven sur la Transat Bénodet-Martinique ou encore de l'histoire écrite en ce moment-même par Banque Populaire V. Mais pour ces derniers comme pour la voile olympique, le plus beau est peut-être à venir en 2012... Le coureur de l'année : Jérémie Beyou Si la Fédération française de voile a décidé de récompenser Jean-Pierre Dick en le nommant Marin de l'année 2011 pour ses deux victoires sur la Barcelona World Race et la Transat Jacques-Vabre, nous avons pris le parti de décerner le titre honorifique de coureur de l'année à l'un des nominés de la FFV, Jérémie Beyou, «binôme» du Niçois sur Virbac-Paprec 3 entre Le Havre et Puerto Limon. Une première victoire pour le Finistérien sur une transat en Imoca (monocoques de 60 pieds), mais surtout, une victoire venant moins de trois mois après celle remportée sur un autre support et dans un tout exercice, sur la Solitaire du Figaro 2011, qu'il aura écrasée de tout son talent. Après une deuxième place sur la première étape à Caen derrière Fabien Delahaye, Jérémie Beyou, sur BPI, a offert un véritable récital avec trois succès d'étape à Dun Laoghaire, aux Sables-d'Olonne et à Dieppe, qui lui ont permis de remporter la classique aoûtienne pour la deuxième fois de sa carrière, après 2005. "Tout est facile. Tout le schéma stratégique est très clair dans ta tête, tu as une bonne vitesse et ça s'enchaîne naturellement, c'est un petit état de grâce", nous confiait-il sur le ponton à Dieppe. Un état de grâce qu'il aura prolongé avec Jean-Pierre Dick sur la Jacques-Vabre, les deux hommes, aussi durs au mal et obstinés l'un que l'autre, choisissant, après les gros coups de tabac du début de course, de s'entêter sur une route directe, quitte à prendre quelques «uppercuts» supplémentaires de l'Atlantique. A l'arrivée au Costa Rica, Jean-Pierre Dick confiera, à propos de son co-skipper : "Il a été exceptionnel, c'est un sportif de haut niveau, il m'étonne parfois par sa capacité à faire avancer le bateau tout le temps et par sa motivation extrême." Une motivation que le marin né à la mer dans la Baie de Morlaix tentera de prolonger en 2012 sur la reine des courses en solitaire, le Vendée Globe. L'équipe de l'année : Banque Populaire V Sans préjuger de la façon dont se terminera le Trophée Jules-Verne de Banque Populaire V, l'équipage mené par Loïck Peyron aura marqué la fin de l'année 2011 par son début de tour du monde, mené tambour battant. En un gros mois de mer, le maxi-trimaran aura en effet fait tomber les uns après les autres les barrières de la navigation à voile, établissant des nouveaux temps de référence absolus aux passages de l'équateur, du Cap de Bonne-Espérance, du Cap Leeuwin et du Cap Horn. De quoi faire tomber le Trophée Jules-Verne de Groupama 3 dans l'escarcelle de Loïck Peyron, Juan Vila, Jean-Baptiste Levaillant, Frédéric Le Peutrec (qui était sur Groupama 3), Thierry Chabagny, Brian Thompson, Pierre-Yves Moreau, Yvan Ravussin, Ronan Lucas, Kevin Escoffier, Emmanuel Leborgne, Xavier Revil, Florent Chastel et Thierry Duprey, qui pourraient alors le garder bien longtemps, puisque l'on ne voit pas dans un horizon proche de bateau capable de boucler un tour du monde plus vite. Déjà le plus rapide du monde sur l'Atlantique Nord (3 jours 15h25'48"), sur la Méditerranée (14h20'34"), autour des îles britanniques (3 jours 3h49'14") et sur 24 heures (908 milles parcourus), le maxi-trimaran de 40 mètres «bouclerait la boucle» en cas de record autour du monde (il lui faut arriver avant le 9 janvier), ce qui serait une récompense méritée pour un équipage qui, jusqu'ici, avait essuyé plus de frustrations que de satisfactions sur ce parcours, avec un faux départ incompris au cours de l'hiver 2009-10 et un abandon en 2010-11. Si Pascal Bidégorry, à l'origine du projet Banque Populaire et brutalement remercié début 2011, ne doit pas être oublié pour l'immense travail d'optimisation du bateau effectué en amont, ce Jules-Verne, quelle qu'en soit l'issue, devrait couronner une fois de plus le talent d'un skipper, Loïck Peyron qui s'y essayait pour la première fois. Après avoir gagné sur trois coques (deux Transats anglaises, une Jacques-Vabre), sur une coque (une Transat anglaise, une Jacques-Vabre, une Barcelona World Race), seul, en double ou en équipage (Québec-Saint-Malo), le Baulois, 52 ans, ajouterait là une ligne de plus à son prestigieux palmarès, et celle-là, comme les autres, ne serait pas près d'être effacée... La course de l'année : Transat 650 C'est un must de la voile française, au même titre que la Solitaire du Figaro, la Route du Rhum ou le Vendée Globe. Une course pas comme les autres puisqu'elle conduit des marins, pour beaucoup non professionnels, à traverser l'Atlantique sur une coquille de noix de 6,50 mètres. "Ça a un côté un peu ultime de traverser l'Atlantique sur ces petits bateaux. On ne peut pas faire plus petit... D'ailleurs, c'est la plus solitaire des transats, c'est une réelle aventure", nous disait Thomas Normand, deuxième de l'édition 2011 et lauréat de la saison en Mini, avant le départ. Une aventure qui ne ressemble à aucune autre parce qu'elle offre aussi un terrain de jeu immense aux expérimentations en tout genre. Et la classe Mini a encore justifié sa réputation de "laboratoire de la course au large" à l'occasion de cette édition 2011. Comment ne pas saluer ici en effet la performance de David Raison qui, non content d'inscrire son nom au palmarès de cette classique, s'est imposé à la barre d'un bateau à l'étrave ronde, innovation digne de la quille pendulaire de Michel Desjoyeaux et du mât en carbone d'Yves Parlier (nouveautés transposées sur des monocoques plus grands), qu'il a lui-même dessiné. "J'ai fait un vraiment bateau rapide et exceptionnel qui permet de gommer les éventuelles erreurs stratégiques, se félicitait-il à l'arrivée. J'ai l'impression avec ce bateau d'avoir mis un grand coup de pied dans la fourmilière des architectes navals. Maintenant de savoir s'il va y avoir des 60 pieds Open de la sorte, on ne sait pas. Il faut regarder cas par cas. Il faut étudier la méthode." Et si la plus belle victoire de David Raison, qui entend se consacrer à l'architecture navale, n'était pas celle-ci: avoir interpellé le monde de la voile par le dessin très innovant, voire révolutionnaire, de son bateau «rond» ? La polémique de l'année : La victoire volée de Nicolas Lunven sur la Transat Bénodet-Martinique 26 avril 2011. A l'issue d'un finish à très haut suspense, Nicolas Lunven remporte la Transat Bénodet-Martinique, transat en solitaire en Figaro, avec 2'45" d'avance sur Thomas Rouxel et 5'42" sur Erwan Tabarly, le tout après un peu plus de 16 jours de mer et 3474 milles parcourus. Une victoire arrachée de haute lutte qui confirme le potentiel de ce jeune marin de 28 ans, vainqueur moins de deux ans plus tôt de la «Mecque» de la série, la Solitaire du Figaro. Une semaine plus tard, le skipper de Generali s'apprête à recevoir son prix lorsque le jury de la course annonce que Lunven est sanctionné "d'une pénalité de 35 minutes pour avoir été contrôlé au départ de Bénodet avec un contenant pouvant recevoir du liquide venant en dépassement des 25 litres autorisés par la jauge." L'objet du délit ? Une boîte à nourriture d'un litre et demi que Lunven a toujours eu à son bord, sans qu'il soit pour autant sanctionné. «Lulu» perd du coup la course sur tapis vert et c'est dans une drôle d'ambiance qu'il reçoit son prix, le directeur de course Pierre Bojic ne cachant pas sa gêne au moment de commenter la rétrogradation de Nicolas Lunven: "Je prends acte des décisions du jury de la Fédération française de voile qui applique les règles de la Classe Figaro Bénéteau. Mais la performance sportive de l'ensemble des skippers reste tout à fait exceptionnelle, unique et incontestable. Je salue cet exploit." Reste que lorsque cette histoire sera oubliée, c'est bien le nom de Thomas Rouxel qui figurera au palmarès... Le voeu 2012 : Six médailles aux Jeux ! Ce n'est pas nous qui le disons ! Début novembre 2011, à moins de 300 jours de l'ouverture des Jeux olympiques, Philippe Gouard, directeur technique national de la Fédération française de voile, réunit la presse pour évoquer les objectifs tricolores sur le plan d'eau olympique de Weymouth: six médailles, ni plus ni moins ! "Les Jeux ne sont pas un calcul arithmétique, c'est l'émanation d'un rêve. J'ai dit à mes coureurs: on va faire un pari très important, parce que vous en avez le niveau, et que je ne peux pas vous décevoir. Aux JO, une médaille d'or permet de sur-exister, un podium permet d'exister et sans podium, on n'existe pas." Un objectif extrêmement ambitieux dans la mesure où il n'a plus été atteint depuis... 1900, la voile olympique ayant rapporté en tout 32 médailles à la France. En décembre 2011, c'est avec l'ambition de confirmer ces ambitions que l'équipe tricolore débarque à Perth pour les Mondiaux ISAF, et si elle parvient à remplir le premier objectif qui lui était assigné, qualifier la France dans les dix séries olympiques (match-racing féminin, 470 masculin et féminin, planche masculine et féminine, Laser et Laser Radial, Finn, Star et 49er), elle ne revient d'Australie qu'avec une petite médaille, en bronze, pour Claire Leroy et son équipage de match-racing. Une désillusion pour le clan tricolore et certains de ses fers de lance (Leboucher-Garos et Charbonnier-Mion en 470 masculin, Petitjean-Douroux en 470 féminin, Bontemps et Picon en planche, Steyaert et de Turckheim en Laser Radial...), mais peut-être un coup de pied au c... salutaire à sept mois des Jeux, rare moment pour l'équipe de France olympique d'exister médiatiquement dans un pays qui n'en a que pour la course au large...