Un oeil (distrait) sur le Sud

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Un oeil (distrait) sur le Sud
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Accaparés du matin au soir par leur préparation à la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.), les joueurs du XV de France avouent suivre de très loin les performances de leurs futurs adversaires, à commencer par un Tri Nations bien loin de leurs préoccupations. Une attention dont le staff sait faire preuve, à l'image d'un Marc Lièvremont impressionné par les Wallabies.

Accaparés du matin au soir par leur préparation à la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.), les joueurs du XV de France avouent suivre de très loin les performances de leurs futurs adversaires, à commencer par un Tri Nations bien loin de leurs préoccupations. Une attention dont le staff sait faire preuve, à l'image d'un Marc Lièvremont impressionné par les Wallabies. Partenaires de chambrée à Marcoussis, Maxime Médard et Yoann Huget avaient il y a peu encore des différends concernant le programme télé, à en croire l'arrière toulousain. Désireux de jeter un coup d'oeil sur les demi-finales du Super 15, le Toulousain, toujours prompt à chambrer ses petits camarades, avait "balancé" sur son coéquipier bayonnais: "Je ne pouvais pas les regarder, juste par parenthèses, Maxime Huget voulait regarder « Le Bonheur est dans le pré ». J'ai fini par m'endormir... (rires)." Au-delà de l'anecdote, cet épisode de vie entre les deux compères des lignes arrières résume assez bien l'intérêt tout relatif porté par les Bleus à l'actualité dans l'hémisphère sud comme sur le reste de la planète rugby. Mobilisés du soir au matin par la préparation à la Coupe du monde, les Tricolores avouent pour la plupart leur peu d'empressement à l'idée de se coller, à l'heure d'un repos bien mérité, devant l'écran afin de décrypter le jeu de leurs adversaires, futurs ou potentiels, durant le Mondial. En fonction de leurs sensibilités, il y a des joueurs qui se tiennent au courant et qui regardent les matches, commente Marc Lièvremont, conscient que ses hommes, branchés rugby à longueur de journée depuis bientôt un mois, renâclent à l'idée de s'infuser test-matches et autres affiches du Tri Nations. Certains font l'effort, d'autres souhaitent décrocher complètement et savent qu'à un moment donné ou à un autre, on va leur montrer ces images parce qu'on va jouer contre ces équipes. Nous, le staff, on les observe, on les découpe, on les analyse en parallèle de la préparation. Le joueur est d'abord centré sur l'amélioration de sa performance individuelle." D'autant plus lorsque dans l'isolement de Falgos, un simple coup de fil sur le portable peut poser des difficultés. Alors capter une chaîne du câble... "Je n'ai pas trop allumer la télé depuis un mois", avoue Julien Pierre. Parra: "On ne va pas non plus les bader tous les jours" Les Bleus passent donc leur tour et s'en remettent à leur staff. Marc Lièvremont en tête, prompt à évoquer le premier adversaire... nippon des Bleus en Coupe du monde, séduisant lors de sa récente victoire dans la Coupe du Pacifique: "J'ai bien aimé les Japonais, on sent la patte néo-zélandaise de John Kirwan dans l'organisation et dans le talent de certains joueurs aussi. C'est en place comme rugby." Mais un sélectionneur tricolore attentif surtout aux premières joutes du Tri Nations et aux premières soties des All Blacks à la hauteur de leur réputation: "En tant que pays organisateur de cette Coupe du monde, il était hors de question qu'ils fassent l'impasse sur ces Tri Series." Du Super 15 au Tri Nations perce l'espoir de voir ces cadors du Sud quelque peu émoussés à l'entame de la compétition. Pour Lionel Nallet, difficile de se faire une opinion: "Il n'y a pas de science exacte, selon moi. Ces équipes peuvent aborder ces matches matches-là comme des plages de préparation." Lièvremont n'est d'ailleurs pas dupe non plus du comportement indigent des Boks: "Ils étaient aussi moribonds en 2007 et cela ne les a pas empêchés d'être champions du monde. Et les vingt-et-un mis au repos ne sont pas devant leur télé, sur leur canapé, en train de manger des burgers et de boire des bières. Ils vont la jouer à la Sud-Af', quoi..." L'empreinte des Wallabies est, selon lui, plus marquante. "J'ai vu que les Australiens étaient surtout particulièrement en place et dans la continuité de leur victoire en Super 15, qu'ils étaient déjà très prêts physiquement, mais qu'ils avaient aussi certainement mesuré les conséquences de leur manque d'investissement face aux Samoa (défaite 23-32). Même s'il faut relativiser aussi leur victoire (39-20) parce que les Sud-Africains étaient un peu en chantier avec pas mal de nouveaux joueurs. J'ai en tout cas pu mesurer à quel point ça allait vite, à quel point leur défense était en place et à quel point l'Australie sera un candidat au titre de champion du monde." Bientôt dix mois après la déroute du Stade de France face aux Wallabies, l'impact australien reste à l'évidence des plus forts. "J'ai peut-être été encore plus impressionné par les Australiens. Ils sont brillants, à travers cette équipe des Reds. On loue le génie offensif de certains de leurs joueurs, comme Cooper ou Genia notamment, mais je suis très impressionné par leur défense et la qualité de leur conquête, qui l'an passé n'était pas forcément une de leurs forces." Une dithyrambe à laquelle Morgan Parra, invité à évoquer son homologue australien, Will Genia, met brutalement fin: "On ne va pas non plus les bader tous les jours et les encenser dans la chambre en se disant que ce sont les meilleurs joueurs du monde." C'est dit !