Un double double pour Dick

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Un double double pour Dick
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C'est fait ! Après 93 jours 22 heures 12 minutes et 36 secondes, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont coupé en vainqueurs lundi à 12h20'36" la ligne d'arrivée de la Barcelona World Race. Déjà tenant du titre, Jean-Pierre Dick, qui l'avait emporté lors de la première édition avec Damian Foxall, ajoute une ligne à un palmarès qu'il a écrit jusqu'ici essentiellement en double. Cap désormais sur le Vendée Globe...

C'est fait ! Après 93 jours 22 heures 12 minutes et 36 secondes, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont coupé en vainqueurs lundi à 12h20'36" la ligne d'arrivée de la Barcelona World Race. Déjà tenant du titre, Jean-Pierre Dick, qui l'avait emporté lors de la première édition avec Damian Foxall, ajoute une ligne à un palmarès qu'il a écrit jusqu'ici essentiellement en double. Cap désormais sur le Vendée Globe... Si Michel Desjoyeaux est considéré, à juste titre au vu de son palmarès (Vendée Globe deux fois, Route du Rhum, Transat anglaise, Solitaire du Figaro trois fois, etc), comme le roi du solitaire, Jean-Pierre Dick peut désormais prétendre à celui de roi du double. Déjà vainqueur à deux reprises de la Transat Jacques-Vabre (en 2003 avec Nicolas Abiven et en 2005 avec Loïck Peyron), le Niçois a signé ce lundi à 12h20'36" précises un nouveau doublé, cette fois sur la Barcelona World Race, tour du monde en double dont il aura remporté les deux premières éditions. En février 2008, c'est avec l'Irlandais Damian Foxall et après 92 jours 9 heures 49 minutes et 49 secondes qu'il l'avait emporté, cette fois, c'est encore avec Loïck Peyron et dans le temps de 93 jours 22 heures 12 minutes et 36 secondes, que "Jipé" triomphe, au terme d'un tour du monde (son troisième bouclé en course, deux sur la Barcelona, un sur le Vendée Globe 2004-05) que lui et son co-skipper auront maîtrisé quasiment de bout en bout. Foncia lâche prise, Mapfre s'accroche Car si la première partie aura été rythmée par le beau mano a mano livré avec Michel Desjoyeaux et François Gabart (Foncia), ce duel sera trop vite interrompu après l'escale forcée des deux 60 pieds nouvelle génération (tous les deux issus des plans du cabinet VPLP et de Guillaume Verdier) à Recife, au Brésil, Virbac-Paprec 3 pour une avarie au niveau du rail de chariot de grand-voile arraché, Foncia pour une crash-box arrachée. Repartis de concert derrière Estrella Damm (Pella-Ribes), les deux tandems batailleront en effet encore dix jours dans l'Atlantique Sud avant que Michel Desjoyeaux et François Gabart ne finissent par jeter l'éponge, tête de mât cassé, à l'approche du Cap de Bonne-Espérance. Dès lors, la course perd une grande partie de son intérêt, Virbac-Parec 3, dont l'arrêt au Brésil aura finalement été un mal pour un bien d'un point de vue météo (les autres concurrents seront littéralement scotchés le long du Brésil), étant parti pour un cavalier seul dans l'océan Indien. Tellement seul que Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron s'autoriseront une deuxième escale technique avec neutralisation de 48 heures à Wellington (Nouvelle-Zélande) pour refaire le plein de lattes de grand-voile, sans conséquences au classement, si ce n'est de voir les novices espagnols Iker Martinez et Xabi Fernandez (Mapfre) revenir à un peu plus de 200 milles de leur tableau arrière, un petit matelas que les deux Français parviendont à conserver jusqu'au terme de leur périple. Un tandem complémentaire Un périple victorieux qui s'accompagne au passage du record de la distance parcourue en 24 heures sur un monocoque Imoca (506,33 milles à 21,1 noeuds de moyenne le 22 janvier) et récompense deux hommes qui, depuis maintenant plusieurs années, ont appris à se connaître. Jean-Pierre Dick, 45 ans, marin à la trajectoire loin d'être académique (vétérinaire de formation, il a fini par abandonner une carrière toute tracée dans l'entreprise familiale pour devenir coureur au large), a en effet trouvé en Loïck Peyron, l'un des plus titrés des marins français, un marin capable de parfaire sa formation mais également de lui donner l'assurance qui lui manquait à ses débuts. "Que dire ? J'ai ma propre expérience, j'ai imaginé ce bateau, j'ai mis une grosse partie de moi dans ce projet. Mais Loïck, que je connais bien, a apporté son regard sur plein de choses, ce qui permet éventuellement de réajuster des choses, de les améliorer. Ce n'est que du bonheur de naviguer avec lui. A titre personnel, mais aussi professionnel", nous expliquait dimanche à la veille de l'arrivée un Jean-Pierre Dick qui ajoutait, à propos de ses multiples victoires en double: "Je commence à devenir le spécialiste. Si je gagne celle-ci, je n'aurai jamais perdu une course en double puisque ça fera quatre, avec deux Transats Jacques-Vabre et deux Barcelona World Race. C'est incroyable !" Reste que si l'intéressé s'est lancé dans l'aventure de la classe Imoca au début des années 2000, c'était avant tout dans l'optique du Vendée Globe qui demeure pour lui un rêve inassouvi: sixième en 2004-05 au terme d'un tour du monde initiatique au cours duquel il aura passé beaucoup de temps à bricoler, le Niçois abandonna quatre ans plus tard dans l'océan Indien alors qu'il faisait la course en tête. La déception à peine digérée, Jean-Pierre Dick a remis le couvert, se faisant construire un troisième 60 pieds, plan VPLP-Verdier, dans cette optique. Une quatrième place sur la Route du Rhum et une victoire sur la Barcelona World Race plus tard, le voilà clairement candidat à la victoire pour le Vendée Globe 2012-13, conforté par ce succès: "Le grand motif de satisfaction, c'est que le bateau va vite. Il y a une communion maintenant entre lui et moi, je pense que maintenant, j'ai vraiment l'arme pour gagner le Vendée. A moi de m'appliquer pour être dans le coup". Quant à Loïck Peyron, qui efface lui aussi avec cette victoire sa déception du dernier Vendée Globe (abandon), il va se lancer dans une autre course, moins emballante sans doute, celle au budget pour finaliser son projet de défi français en vue de la prochaine Coupe de l'America avec son frère Bruno.