Un devoir d'"éco-gestion"

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Un devoir d'"éco-gestion"
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Aussi prometteuses soient-elles, les 30 premières minutes endiablées produites par les Bleus à Bordeaux représentent une débauche d'énergie telle que le retour sur investissement paraît au final bien maigre. Samedi, à l'heure de chaudes retrouvailles à Dublin, l'une des clés du jeu tricolore reposera sur la nécessité d'une plus grande alternance. Même si le contexte plus relevé et hostile risque de l'imposer de lui-même.

Aussi prometteuses soient-elles, les 30 premières minutes endiablées produites par les Bleus à Bordeaux représentent une débauche d'énergie telle que le retour sur investissement paraît au final bien maigre. Samedi, à l'heure de chaudes retrouvailles à Dublin, l'une des clés du jeu tricolore reposera sur la nécessité d'une plus grande alternance. Même si le contexte plus relevé et hostile risque de l'imposer de lui-même. "Ne pas se cramer dès l'entame." Julien Bonnaire, qui n'oublie pas qu'il sera samedi "l'un des plus vieux" au sein du pack tricolore, est bien conscient qu'à reproduire samedi, dans l'enfer vert que promettent O'Driscoll et ses hommes aux Bleus, la folle sarabande des trente premières minutes tricolores de Bordeaux, l'équipe de France pourrait bien se brûler. L'orgie de jeu proposée par Dusautoir et ses coéquipiers, "au-dessus du niveau d'un match du Tri-Nations", selon David Skrela, si elle a eu le don d'enflammer le public de Chaban-Delmas, a aussi largement contribué à les mettre dans le rouge sans pour autant être récompensés de cette colossale débauche d'énergie. "Une première période très intéressante, mais à mon sens pas assez productrice par rapport à la domination du XV de France dans tous les compartiments du jeu", relèvera d'ailleurs au lendemain de ce succès en terres girondines un Marc Lièvremont, renseigné par la vidéo et un poil moins comblé que la veille. "On a quand même manqué d'efficacité pour, peut-être pas tuer le match, mais en tout cas pour se mettre à l'abri et éviter un coup de pompe physique en deuxième mi-temps. Je regrette qu'on n'ait pas su faire preuve de plus de lucidité dans la gestion avec beaucoup de déchet technique et dans la discipline." Dans la libération collective, et presque jouissive, de ce formidable influx, emmagasiné depuis près de deux mois de préparation, l'équipe de France en a oublié certains principes d'alternance dans le jeu, de gestion de ces temps forts et de ces temps faibles pour finir le souffle court après seulement trente minutes de jeu. Skrela: "Il va falloir les mettre au fond..." Parmi les treize changements orchestrés par Lièvremont et son staff pour ce second test-match, Pascal Papé comprend tout à fait le scénario de cette première levée: "Là, il y avait tellement d'envie que c'est parti dans tous les sens et c'est normal qu'il y ait eu un coup de moins bien. Celui-là même que les treize nouveaux rentrants vont devoir tenter de repousser au maximum. "L'éviter, c'est facile à dire", tempère Bonnaire, qui sait que le contrecoup de la préparation n'épargnera pas plus ce quinze tout neuf: "On ne peut pas non plus se gérer, on ne sait pas de quoi sera faite cette entame de match... On n'est pas encore à 100% au niveau physique, on travaille encore énormément, mais les retombées se feront peut-être un peu plus tard. Mais il y aura des moments plus compliqués, c'est justement là qu'il faudra peut-être plus se parler, être plus propres, savoir bien alterner le jeu, sortir le ballon quand il faut le sortir, le garder parfois devant pour pouvoir faire souffler un peu." De la lucidité, même si ça pique et si les Irlandais, forts du retour de la quasi-totalité de leurs cadres, risquent de proposer tout autre chose que leur pâle copie de Bordeaux: "Ah, c'est sûr que les Irlandais ne vont pas faire la même entame de match...", lâche Maxime Médard, qui rentre à l'aile pour l'occasion, mais ne bouderait pas un remake, histoire de se dégourdir les jambes: "On va essayer de faire pareil. C'est vrai qu'ils ont mis la barre assez haut, mais c'est bien, c'est rigolo (sourires)." Le Toulousain qui, fidèle à sa réputation, a plus d'une relance dans son sac, est peut-être bien le seul. D'autant que le contexte forcément plus hostile de l'Aviva Stadium imposera sans doute aux Français une entrée en matière sous pression et forcément plus raisonnable, ou plus raisonnée. Papé, qui a raison de s'inquiéter de la météo samedi, le sait: "Ce sera un match différent. Plein de paramètres vont entrer en compte sur notre gestion de match." Savoir durer dans la performance et surtout plus tueurs, comme le signalait Yachvili dès le lendemain de ce premier match (voir Yachvili : "Etre plus tueurs"), des qualités primordiales en Coupe du monde, comme ne le sait que trop bien David Skrela, directement concerné en tant que titulaire à l'ouverture samedi: "Eu égard à la domination qui a été la nôtre en première mi-temps, c'est pas cher payé pour les Irlandais. Quand les matches vont devenir plus importants et qu'on va arriver en Coupe du monde, quand on se créée des opportunités comme ça, il va falloir les mettre au fond." Avec Morgan Parra, dans ce qui préfigurera la future charnière clermontoise, l'ex-Toulousain sait qu'il sera en première ligne pour permettre aux Bleus de devenir bons gestionnaires de leurs énergies: "On est à la barre de l'équipe, on conduit, quand l'équipe tourne bien, la faire bien jouer, créer des situations et marquer des points, et puis quand ça va un peu moins bien, c'est à nous de savoir ralentir, de trouver des moments pour faire récupérer l'équipe. On discute ensemble, on trouve des affinités, des solutions. C'est petit à petit qu'on construit les choses pour que samedi, on dispose du maximum de possibilités pour réagir." Et pour que ces Bleus durent encore plus longtemps.