Un choc de titans

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Un choc de titans
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Les qualifications avec les six prototypes d'usine seulement séparés par six dixièmes n'ont fait que donner le ton. Les 24 Heures du Mans, dont le départ sera donné à 15 heures samedi, promettent une bataille acharnée entre les deux constructeurs. Entre volonté d'imposer son rythme de course et nécessité d'aller au bout, la stratégie devrait jouer un large rôle pour départager deux prototypes très proches.

Les qualifications avec les six prototypes d'usine seulement séparés par cinq dixièmes n'ont fait que donner le ton. Les 24 Heures du Mans, dont le départ sera donné à 15 heures samedi, promettent une bataille acharnée entre les deux constructeurs. Entre volonté d'imposer son rythme de course et nécessité d'aller au bout, la stratégie devrait jouer un large rôle pour départager deux prototypes très proches. Endurance ou sprint ? La question mérite d'être posée au terme de qualifications spectaculaires, sans doute les plus intenses vécues dans la Sarthe depuis longtemps. A vrai dire, la stratégie d'Audi a un peu surpris. Si les déclarations de début de saison du Dr Ulrich avaient donné quelques indications, il était difficile de prévoir pareil revirement. Après avoir laissé la pole-position à Peugeot ces quatre dernières années, tantôt en s'y désintéressant, parfois par manque de performance sur des relais courts ou armes la main comme en 2008 avec McNish, Audi a frappé fort pour monopoliser la première ligne de la grille de départ. Toute la physionomie du début de course pourrait s'en voir bouleversée. S'étant fait une habitude de mettre la pression sur les 908 (Bourdais sortant même au premier virage en 2007), Audi devrai maintenant sans doute subir un premier forcing des Peugeot. Ce vendredi, l'heure était à l'optimisme de circonstance chez les Lionnes. "Six heures de qualifications, six prototypes en cinq dixièmes sur un circuit de plus de 13 kilomètres, c'est hallucinant !", commentait dans un communiqué le directeur de Peugeot Sport, Olivier Quesnel. "Avec cinquante-six voitures en piste, c'est le trafic qui a décidé de la pole position. Nous avons offert un spectacle magnifique tout en bouclant notre programme de travail, au niveau des pneumatiques et des réglages. Nous n'avons rencontré aucun problème. Tous les observateurs se sont focalisés sur les performances des autos au cours de ces qualifications excitantes, mais maintenant nous avons 24 Heures de course à disputer !" La 908 Oreca en deuxième lame Chez Peugeot, la course est devenue obsession, résultat sans doute du traumatisme de l'an passé (deux secondes plus rapides au tour mais des moteurs aux bielles trop fragiles pour tenir la distance). Il faut dire que les 908 sont loin d'avoir baissé les armes, disposant de sérieux atouts pour contrecarrer les R18. Et si la course sprint venait à épuiser ses participants, Peugeot pourrait en plus compter sur la 908 2010 d'Oreca, la deuxième lame de la firme française. "C'est un atout supplémentaire avant tout", nous confiait cette semaine le directeur technique des Lionnes, Bruno Famin. "Cela reste une Peugeot que l'on suit de près. C'est celle qui a gagné à Zhuhai fin 2010 puis à Sebring sous les couleurs Oreca en mars. Normalement, on a tout maitrisé dessus. Elle arrive plus mûre, plus aboutie, plus éprouvée. Mais elle a l'inconvénient d'être seule. Or, on sait qu'au Mans on peut tout perdre en concédant 10 tours pour une bricole." L'un des pilotes de la Peugeot 2010 d'Oreca, Olivier Panis, partage l'analyse : "On sait qu'on a une très belle voiture. On a une carte à jouer en étant l'outsider de luxe", nous avoue le Grenoblois. "On va essayer de reproduire ce qu'on a fait à Sebring (victoire devant les 908 officielles et les anciennes Audi R15, ndlr), ne pas faire d'erreurs en ne mettant que du gazole et des pneus. Audi n'a jamais été aussi proche de Peugeot. La bataille va être terrible. C'est pour ça qu'on a une carte à jouer. Attendons de voir ce qui se passe. Il faudra être à l'arrivée pour faire les comptes sous le drapeau à damier." Au vu de la lutte annoncée, il pourrait en effet y avoir des dégâts. Romain Dumas (Audi n°1), malheureux mercredi car impuissant pour éviter une Aston Martin en perdition à Mulsanne, et Tom Kristensen, auteur sur la numéro 3 d'une grosse sortie de piste au Tertre Rouge dans les derniers instants jeudi, l'ont montré. Plus que jamais, Le Mans ne fera pas de cadeau, conformément à sa légende depuis 1923. Celle qui conduit Audi et Peugeot à une lutte qui pourrait entrer dans les annales de l'épreuve.