Un absent qui fait parler

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Un absent qui fait parler
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C'est comme attendu sans le vainqueur sortant que s'est déroulée mardi matin la présentation du Tour de France 2011 à Paris. Soupçonné de dopage pendant l'édition 2010, et suspendu à titre provisoire par l'UCI, l'Espagnol alimentait les conversations au Palais des Congrès. Si personne ne voulait tirer de conclusions hâtives, tout le monde souhaite un dénouement rapide concernant le triple lauréat de l'épreuve.

C'est comme attendu sans le vainqueur sortant que s'est déroulée mardi matin la présentation du Tour de France 2011 à Paris. Soupçonné de dopage pendant l'édition 2010, et suspendu à titre provisoire par l'UCI, l'Espagnol alimentait les conversations au Palais des Congrès. Si personne ne voulait tirer de conclusions hâtives, tout le monde souhaite un dénouement rapide concernant le triple lauréat de l'épreuve. Pour pister les stars du cyclisme le jour de la présentation du Tour de France, il suffit de suivre les cameramen agglutinés comme des abeilles devant les fauteuils du premier rang. On y retrouve chaque année le vainqueur sortant, souvent son ou ses plus grands rivaux, ainsi qu'une ou deux têtes d'affiche du peloton évoluant dans un registre différent que celui de grand leader et une pelletée de coureurs français. Cette année, certains des grands rivaux du vainqueur 2010 avaient effectué le déplacement. Andy Schleck, dauphin merveilleux l'été dernier, s'est rendu, comme il en a pris l'habitude, Porte Maillot, accompagné comme toujours de son grand frère Frank. Ivan Basso, Vincenzo Nibali, vainqueur de la Vuelta le mois dernier, et Carlos Sastre, lauréat du Tour 2008, étaient également des spectateurs attentifs au dévoilé du tracé 2011. Côté sprinteurs, le maillot vert 2009 et tout frais champion du monde Thor Hushovd cohabitait avec Mark Cavendish, l'homme le plus rapide du monde sur un vélo. Et les Français, Thomas Voeckler et Anthony Charteau en tête, étaient sur leurs 31 pour faire honneur au Tour, cet événement qui, chaque été, les sublime dans leurs rôles de forçats de la route. Le casting était complet, ne manquait que...l'acteur principal. Sans surprise certes puisqu'elle était annoncée, mais l'absence d'Alberto Contador laissait forcément un vide sidéral que Christian Prudhomme, le directeur de la course, n'a d'ailleurs pas cherché à éluder. Au sujet de l'actuelle suspension provisoire de l'Espagnol, suspecté de dopage par l'Union cycliste internationale en raison des traces infimes de clenbutérol retrouvées dans ses urines le 21 juillet dernier, date de la deuxième journée de repos du Tour 2010, l'ancien journaliste a, dès l'entame de son discours, choisi de ne pas prendre position: "Nous attendons les conclusions de l'enquête pour nous déterminer. Suspicion ne signifie pas culpabilité et nous serions irresponsables d'anticiper les conclusions de cette enquête. Cependant nous souhaitons qu'un verdict soit rendu le plus rapidement possible." Brice Feillu: "Son silence parle contre lui" Contador, qui ne souhaite plus se confronter à la presse tant que l'UCI n'aura pas rendu son verdict, est, jusqu'à preuve du contraire, toujours le lauréat du Tour 2010, le troisième déjà accroché à son palmarès après ceux de 2007 et 2009. Mais son absence Porte Maillot, pour des raisons de défense qui lui sont propres, a fait réagir le microcosme du cyclisme. "J'aurais préféré qu'il vienne, s'il n'a rien à se reprocher, confiait ainsi Brice Feillu, révélé lors de sa victoire à Arcalis lors du Tour 2009 et futur équipier des frères Schleck l'an prochain. Je comprends que ça aurait pu être une journée «chiante» pour lui, à devoir s'expliquer, à essayer de convaincre. Mais c'est son boulot aussi. S'il est crédible, si ses explications tiennent debout, pourquoi ne pas venir ? Son silence parle contre lui." Moins incisif, Vincent Lavenu, directeur sportif de la formation AG2R-La Mondiale, résumait de son côté assez bien les attentes des cyclistes français concernant une affaire qui, forcément, ternit l'image d'un sport déjà suffisamment sali depuis plus d'une décennie. "Je partage l'impatience de Christian Prudhomme pour en savoir plus sur le cas Contador. C'est évidemment très dommageable pour notre sport. Les majorités des acteurs, et notamment en France, travaillent pour un sport propre. On a aussi une fédération internationale qui est celle qui en fait le plus contre le dopage. Quand on a appris que Contador était sur la sellette, même si la décision n'est pas prise, on peut être en proie au découragement. Quand la tête d'affiche est visée, c'est tout notre sport qui en pâtit." Face à cette impatience grandissante, l'UCI, qui oeuvre main dans la main avec l'Agence mondiale antidopage pour essayer de trouver ce que cache cette quantité infime de clenbutérol, a déjà répété sa volonté de statuer le plus rapidement possible mais une fois seulement qu'elle aura réuni un maximum d'informations. Dans ce cas, fallait-il vraiment communiquer en amont ? S'il estime que le cas Contador est "difficile à juger", Anthony Charteau, lauréat du maillot à pois l'été dernier, en doute. "C'est une affaire qui fait du mal au vélo, et qui aurait peut-être dû être résolue en interne. S'il ya dopage avéré, il y aura évidemment sanction. Mais je pense qu'ils ont encore abimé l'image du vélo en sortant trop vite cette affaire." Désormais, c'est la position de l'UCI et son président Pat McQuaid, présent au Palais des Congrès, qui a intérêt à vite être révélée. Pour le bien du cyclisme et du Tour de France. Et, peut-être, de Contador.