Tsonga: "C'est juste un rêve"

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Tsonga: "C'est juste un rêve"
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Un exploit qui va rester longtemps gravé dans les yeux de Jo-Wilfried Tsonga. Battre Roger Federer en quarts de finale de Wimbledon représente forcément une performance incroyable pour le Manceau libéré par ses choix récents. Cela lui ouvre les portes d'une demi-finale face à un Novak Djokovic qui l'a déjà privé de titre en Australie ou en Coupe Davis. De quoi lui apporter encore plus de motivation.

Un exploit qui va rester longtemps gravé dans les yeux de Jo-Wilfried Tsonga. Battre Roger Federer en quarts de finale de Wimbledon représente forcément une performance incroyable pour le Manceau libéré par ses choix récents. Cela lui ouvre les portes d'une demi-finale face à un Novak Djokovic qui l'a déjà privé de titre en Australie ou en Coupe Davis. De quoi lui apporter encore plus de motivation. Jo, difficile de trouver les mots pour qualifier votre performance. Battre Federer, à Wimbledon, en quart de finale... ...C'est magique ! (sourire) Ce sont des moments qui resteront gravés toute ma carrière, toute ma vie. J'ai fait un match énorme. Je croyais en moi avant le match, je l'ai fait... C'est magnifique. C'est une super journée. Nos deux otages français en Afghanistan ont été relâchés, c'est extraordinaire. Je vais aller me coucher léger... Y avez-vous cru durant toute la partie, même en étant mené 2 sets à 0 ? Oui. J'y ai toujours cru. Bon, c'est vrai qu'à 2 sets 0, je me disais « les carottes sont un peu cuites, mais on ne sait jamais, on va rester dedans, essayer d'être régulier sur les jeux de service, et ensuite on verra sur les jeux de retour... On essaye de se jeter, de lui mettre la pression comme on l'a fait jusque-là (même si ça ne fonctionnait pas forcément au début car il jouait incroyablement bien) ». Ensuite, ça a payé. J'ai élevé encore mon niveau de jeu et je sors vainqueur de ce match. Je me retrouve en demie à Wimbledon, contre Novak Djokovic. Je sais que c'est aussi un gros morceau. Mais je vais tenter de récupérer au mieux, et ensuite, je pousserai très, très fort pour tenter d'aller chercher une autre finale en Grand Chelem. Qu'est-ce qui vous a donné cette force ? La force, je crois que je l'ai au fond de moi. Tous les gens qui sont autour de moi au jour le jour m'aident. J'ai pris en main ma carrière. J'ai fait des choix, j'ai décidé d'être plus autonome, de vraiment vouloir les choses, de les faire comme je les sentais. Aujourd'hui, c'est en train de payer. Je pense que je me suis responsabilisé. Le fait de ne pas avoir d'entraîneur m'a permis de découvrir plein de choses dans le tennis, de mettre mes yeux là où je ne voulais pas forcément les mettre avant. Ça m'aide beaucoup, et par conséquent, je deviens un meilleur joueur ces derniers temps. Federer n'avait jusqu'à présent jamais perdu en ayant fait la course en tête 2 sets à 0 en Grand Chelem... Oui, mais moi, les stats, je ne les ai pas en tête. Donc je ne me dis pas « c'est impossible, je ne le ferai jamais ! ». Les statistiques sont faites pour changer au fur et à mesure des matches, des années. Aujourd'hui, je me retrouve à avoir gagné ce match, et c'est juste incroyable (sourire)... "Je crois juste en moi" Qu'avez-vous ressenti sur la balle de match ? Tout au long du dernier jeu, je me suis forcé à juste rester concentré sur la balle. A aucun moment, mon esprit n'est parti. Je me disais « voilà, j'ai la balle dans la main, je suis maître de mon destin, et si je sers à 130 miles/h sur la ligne, j'ai de grandes chances de pouvoir le faire ». C'est ce que j'ai fait, et c'est fabuleux. Votre victoire sur Rafael Nadal à l'Open d'Australie 2008 restait votre match référence. La victoire d'aujourd'hui n'est-elle pas la plus belle de votre carrière ? Battre en 5 sets Roger Federer, joueur le plus titré de tous les temps, dans son jardin, le central de Wimbledon : c'est juste un rêve. Pour moi, c'était déjà extraordinaire d'être là, de jouer contre lui, de profiter de ces moments que tout le monde ne peut pas vivre. Je m'étais dit que j'allais en profiter, me donner à fond, pousser le plus possible, mettre la pression, que s'il fallait que je monte, même en caleçon, je monterais (sourire). Maintenant, il va falloir passer au prochain match. Ce soir (mercredi), je vais en profiter, demain aussi, je serai relax, et quand viendra la demie contre Novak, je serai concentré. Au top. Vous êtes le 5e français à disputer une demi-finale sur le gazon du All England. Auriez-vous imaginé vous hisser dans le dernier carré ici ? On essaye toujours de nous cataloguer, de nous mettre dans une case. « Toi t'es bon sur dur... Toi t'es bon sur terre... Toi t'es bon sur gazon... » Moi, je me suis toujours dit que j'étais bon partout. Et à force de travail, pourquoi ne pas réussir sur gazon ? Pourquoi ne pas réussir sur dur ? Pourquoi ne pas réussir sur terre ? Je fais partie des meilleurs joueurs du monde, donc pourquoi ne pas jouer de temps en temps les premiers rôles ? Je crois juste en moi. Ce n'est ni positif ni négatif ni quoi que ce soit. Mais je crois que dans le sport, si on ne croit pas en soi, autant ne pas aller sur le terrain. Vous semblez avoir changé d'état d'esprit, être extrêmement détendu. Oui. Avant, j'avais tendance à me plaindre pour tout et n'importe quoi : parce que la voiture avait un peu de retard, parce que dans mon box on ne m'encourageait pas assez, parce qu'il y avait du vent, parce que ci, parce que ça... Au fur et à mesure, j'essaye de gommer toutes ces choses un peu négatives. J'ai, je pense, l'une des plus belles vies du monde, et j'en ai pris conscience il y a quelques mois. J'essaye juste d'en profiter, de m'éclater dans ce que je fais. Depuis le début de votre carrière, vous aviez souvent été freiné par les blessures. Que vous apporte Michel Franco, votre kiné ? Je pense tout simplement qu'il travaille très bien, fait très bien son métier. Ensuite, c'est une personne qui me fait beaucoup de bien car il a beaucoup de recul sur les choses. Je pense qu'il préfère me voir m'accomplir en tant qu'homme qu'en tant que joueur de tennis. Là-dessus, on est un peu sur la même longueur d'ondes. J'aime « l'humanisme », j'aime les gens qui sont humains, j'aime les bons vivants. Avant, je m'interdisais d'être ce que j'étais, tout simplement. Michel m'aide beaucoup, même à l'extérieur, à être plus équilibré et surtout à faire vraiment ce dont j'ai envie. "Djoko, cela rajoute un peu de piment" En demi-finale, vous retrouverez donc Djokovic... Il y a une véritable histoire entre vous. Se retrouver en demi-finale à Wimbledon, c'est déjà énorme. En plus contre Djoko, cela rajoute un peu de piment. Il me reste toujours un petit truc en travers de la gorge depuis 2008 (sourire)... Alors je l'ai battu plusieurs fois, mais pas dans les grands moments, donc j'aimerais bien que ça arrive ! Je vais m'appliquer, rentrer sur le court comme un mort de faim, pousser tout ce que je peux pousser, et on verra bien ce que ça donnera. Cela risque d'être une belle demi-finale. Vous pouvez également vous offrir le luxe de le priver de la place de n°1 mondial... Oui. Mais je ne suis pas là pour le priver de quoi que ce soit. Je suis surtout là pour, moi, prendre des choses. Et la seule chose qui comptera, si je gagne contre lui, c'est que j'irai en finale. Je lui souhaite tout le bien du monde. Mais évidemment que j'aurai envie de gagner pour moi vendredi... Comment expliquer le fait qu'il n'aime pas vous jouer ? Les joueurs, d'une manière générale, n'aiment pas forcément me jouer parce que je suis agressif, parce que parfois je fais n'importe quoi... et que ça rentre quand même, parce que je suis un peu imprévisible, donc forcément un peu dangereux. Mais chaque fois que je l'ai joué, je l'ai battu dans les moments les moins importants. Il m'a toujours battu dans les gros tournois. Donc je ne pense pas qu'il ait si peur que ça non plus... Comment gérer les moments qui vont suivre cette fabuleuse victoire et éviter tout relâchement ? Je ne sais pas trop. Tout ce que je sais, c'est que je vais essayer d'aborder les matches comme je les ai abordés jusque-là. Ne pas perdre trop d'énergie dans d'autres choses. Je vais répondre aux gens qui ont été là toute la semaine pour m'encourager. Ceux qui m'encourageront à partir de maintenant resteront sur la touche aujourd'hui et demain, et après, bien sûr, je leur répondrai (sourire). Je vais essayer d'avoir le même quotidien, d'être détendu, de bien récupérer, et quand arrivera le gros match, il faudra que je sois présent.