Trois hommes et un coupe-faim

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Trois hommes et un coupe-faim
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Théâtre de tous les dangers, la 31e levée de Serie A s'est révélée être une véritable promotion pour le football italien avec des derbies épicés, du spectacle et des retournements de situation. Elle aura également permis à l'AC Milan, emmenée par Massimiliano Allegri, de prendre un ascendant psychologique sur l'équipe de l'ancienne idole rossonera Leonardo, l'Inter Milan. Mais attention, le Napoli de Walter Mazzari est encore capable de tout. Portrait de trois techniciens qui vivent Scudetto.

Théâtre de tous les dangers, la 31e levée de Serie A s'est révélée être une véritable promotion pour le football italien avec des derbies épicés, du spectacle et des retournements de situation. Elle aura également permis à l'AC Milan, emmenée par Massimiliano Allegri, de prendre un ascendant psychologique sur l'équipe de l'ancienne idole rossonera Leonardo, l'Inter Milan. Mais attention, le Napoli de Walter Mazzari est encore capable de tout. Portrait de trois techniciens qui vivent Scudetto. La dure loi du plus fort, chère à Jean-Jacques Rousseau, est une philosophie encore plus délicate à digérer pour les entraîneurs italiens. La sélection naturelle chez les techniciens de Serie A fait un effet boeuf plus saisissant que partout ailleurs, notamment à Palerme, où son misanthrope de président Maurizio Zamparini a limogé le week-end dernier son trentième homme de terrain en vingt-deux ans de mandat. Une sacrée psychose qui l'oblige parfois à revenir sur ses décisions, comme celle de rappeler à la rescousse un tout récent banni (Delio Rossi), accusé un mois auparavant "d'avoir détruit son Palerme". Le trident de tête, composé des deux Milan et de Naples, est bien loin de toutes ces guerres intestines, concentré qu'il est par la course au Scudetto. Le titre ne devrait en effet pas échapper à l'un de ses trois prétendants et par ricochet à l'un des trois coaches, tous issus de la nouvelle génération de techniciens italiens et au palmarès quasiment vierge. Allegri, c'est noir ou blanc Un titre de meilleur entraîneur de Serie A avec Cagliari en 2009 et une réputation flatteuse d'héritier d'Arrigo Sacchi comme seuls signes particuliers dans son maigre curriculum vitae. Il n'en fallait pas moins pour effectuer le raccourci comme quoi Allegri, intronisé nouveau gardien de la maison rossonera en juillet dernier, serait le nouveau joujou téléguidé par le président Silvio Berlusconi. Mais le Toscan avait bien caché son jeu, souriant malicieusement lors de son baptême du feu quand "il Cavaliere" lui lança en guise de message de bienvenue: "Ici, on joue avec deux attaquants". Les semaines ont défilé, Ibrahimovic était souvent seul devant, Ronaldinho, le chouchou du boss, a changé de terrain de jeu et Allegri l'insoumis a franchi avec brio son premier écueil à la tête d'un cador européen. La mention très bien pourrait même honorer son bulletin tant celui qui n'a été qu'un modeste milieu de terrain a géré au mieux les retombées d'un recrutement gargantuesque (Robinho, Ibrahimovic, Cassano...) et d'une bataille d'égos démesurés. Après avoir "gagné le match de sa vie" face à l'Inter, le bizuth rossonero est en passe d'offrir à l'AC Milan son premier Scudetto depuis 2004. Une façon plutôt brillante de mettre Berlusconi à sa botte et de noircir son CV. Mazzarri, un volcan en éruption Attention aux faux-semblants. Quand il prend place sur son banc, Mazzarri, costard impeccable et fines lunettes sur le nez, a des allures de premier de la classe. 90 minutes et des brouettes plus tard, le coach napolitain, chemise débraillée, cheveux en pétard et clope au bec, n'a plus rien à voir avec le gendre idéal décrit volontiers par son entourage. Le bouillant Toscan est comme possédé par ses fonctions d'entraîneur galvaniseur et incarne à lui tout seul cette volonté sicilienne de ne rien lâcher jusqu'au coup de sifflet final. "Pour maintenir la tension depuis le bord du terrain, j'aime bien hurler : «Allez, jusqu'à la 95ème»! D'ailleurs dans les vestiaires, le club a placardé une photo de moi où j'indique l'heure." Un trait de caractère qui a même donné nom à une institution en Italie, le "Mazzarri time", soit la faculté du Napoli à débloquer la rencontre dans le temps additionnel. Mais cantonner le "Maradona du Napoli", selon Cesare Prandelli, au seul rang de Père fouettard serait passer sous antalgique la nouvelle dimension prise par les Azzurri cette saison. Son 3-4-1-2 atypique, rapide et séduisant et sa maîtrise de la communication en font l'un des meilleurs spécialistes du monde, dans le pur style d'un José Mourinho. Pourtant, l'élève et son modèle se détestent ouvertement... Leonardo, l'amour en filigrane Le derby de la Madonnina du week-end dernier avait forcément une saveur particulière pour Leonardo, passé à l'ennemi à Noël dernier après treize ans de bons et loyaux services à l'AC Milan comme joueur, dirigeant et entraîneur. Les tifosi rossoneri n'ont pas manqué de lui faire remarquer cette fourberie en déployant une banderole inspirée du tableau de Leonard De Vinci, Le Dernier Repas du Christ, avec le technicien de l'Inter dans le rôle de Judas. Une image qui restera certainement gravée dans le quotient cognitif du Brésilien, lui l'apôtre du romantisme à l'italienne. Élégant jusqu'au bout de ses convictions, "Leo" n'a pas souhaité commenter ce message, comme il a refusé la semaine précédente d'entrer dans le jeu des médias en livrant son opinion sur la rivalité entre les deux clubs. Pas de déclarations outrancières sur ses anciens "frères" ni de preuve tangible de sa reconversion à la religion intériste. Une nature lyrique qui déteint sur ses méthodes de management, entièrement tournées vers l'affect, où l'ex-meneur de jeu aime parler amour, gloire et beauté à ses protégés pour leur témoigner de sa confiance. Ce petit côté "philosophe de vestiaire" a transformé le visage du groupe nerazzurro et notamment de ses joueurs sud-américains, bridés sous l'effet du despotique Rafael Benitez. De sérieux doutes, qu'un prochain Scudetto effaceraient, persistent néanmoins sur l'efficience de ses choix tactiques et de son football total, lui l'apprenti sorcier aux deux petites années de métier.