Trinh-Duc: Papa est en voyages d'affaires

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Trinh-Duc: Papa est en voyages d'affaires
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Dans le sillage de l'équipe de France, qui s'envole ce lundi pour la Nouvelle-Zélande à J-14 de l'ouverture de la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.), notre site poursuit sa série de portraits des 30 sélectionnés tricolores pour le Mondial. Tout jeune papa, François Trinh-Duc, homme de premier choix de Marc Lièvremont, porte au poste d'ouvreur la lourde responsabilité du jeu des Bleus.

Dans le sillage de l'équipe de France, qui s'envole ce lundi pour la Nouvelle-Zélande à J-14 de l'ouverture de la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.), notre site poursuit sa série de portraits des 30 sélectionnés tricolores pour le Mondial. Tout jeune papa, François Trinh-Duc, homme de premier choix de Marc Lièvremont, porte au poste d'ouvreur la lourde responsabilité du jeu des Bleus. Le "fils préféré" est devenu un homme. Tout jeune papa, François Trinh-Duc est à coup sûr un autre homme à l'heure de s'envoler ce lundi pour la Nouvelle-Zélande pour y disputer à 24 ans sa première Coupe du monde (9 sept.-23 oct.). Le petit Théo Trinh-Duc, petit bout de chou d'un fort beau gabarit (3,920kg, 51cm), a vu le jour mardi dernier : une information que l'ouvreur montpelliérain guettait plus fiévreusement que l'annonce par Marc Lièvremont des 30 Tricolores retenus pour ce Mondial, une liste dans laquelle Trinh-Duc était assuré de figurer. Une dernière semaine irlandaise rythmée par la consultation de son portable dans l'attente de l'heureuse nouvelle, sans que cela ne l'empêche de signer une rentrée en jeu fracassante sur la pelouse de l'Aviva Stadium face à l'Irlande (26-22). A Dublin, l'essai et le drop des 40 mètres de l'incontestable n°10 des Bleus -29 sélections sur 38 possibles- ont marqué les esprits. Dans le paysage toujours aussi flou de cette équipe de France, où bien des paris de Lièvremont semblent rester en suspens, la vision de ce chef d'orchestre épanoui sur le terrain comme en dehors n'est à vrai dire pas la moins bonne des nouvelles pour le sélectionneur et son staff. "Au début, je n'étais peut-être pas indiscutable. J'avais beaucoup de progrès à faire. Je pense avoir progressé depuis maintenant deux ans. Ça m'a servi, j'ai acquis de l'expérience", avouait-il l'hiver dernier, à l'amorce du Tournoi, de retour après son impasse sur blessure lors des tests de novembre, suppléé sans réussite par Damien Traille face aux Wallabies (16-59). De l'expérience, Trinh-Duc en a fait le plein toute cette saison, grand artisan de l'épopée montpelliéraine jusqu'en finale du Top 14 sous les conseils avisés de Fabien Galthié. Trinh-Duc : " Je ne suis pas une machine" L'enfant du Pic Saint-Loup -il y débuta à 20 kilomètres de Montpellier le rugby à l'âge de 4 ans-, qui fit ses premières armes au poste de demi de mêlée, avant de se fixer à l'ouverture à son arrivée chez les juniors du MHR, a su faire taire les critiques pour supplanter des rivaux du calibre de Beauxis ou Baby et s'affirmer comme l'indiscutable n°1 à son poste. "Ma réponse est sur le terrain. Les critiques, je les lis. Je m'en sers dans ma préparation mais ce n'est pas une fatalité en soi. Ça fait partie de mon travail. Il y en a toujours et il y en aura toujours. Je ne suis pas une machine, je ne peux pas faire que des matches parfaits. Je les accepte. Ma réponse, c'est de faire de bons matches et de réitérer ce genre de performances le plus souvent possible. [...] J'ai laissé les gens dire ce qu'ils voulaient. Moi, j'avais ma vision des choses. J'échangeais avec mes partenaires et le staff pour savoir dans quels domaines je devais progresser. Je savais que je n'étais pas indiscutable et que j'avais besoin de progresser. Mais je travaillais dans mon coin", se défend-il aujourd'hui. Sans rancoeur ni esprit de revanche. "La critique est facile mais quand elle est sensée, je l'accepte. Et je m'en sers pour avancer. Ça m'a aidé d'un certain côté, ça m'a endurci. Je suis plus armé pour la suite de ma carrière." Une régularité et une constance qui ont tardé. Né véritablement en bleu un 23 février 2008, le premier international français d'origine asiatique -son grand-père venu d'Indochine s'est installé en France- honorait ce jour-là à 21 ans sa deuxième titularisation face à l'Angleterre, associé au sein de la plus jeune charnière de l'histoire des Bleus à un certain Morgan Parra (19 ans). Ces deux-là en comptent désormais 15 en commun, mais alors que Parra doit faire face à la concurrence toujours plus accrue de Yachvili, Trinh-Duc a lui clos les débats. En progrès constants ces derniers mois, ajoutant à ses qualités naturelles de vivacité et de sens du défi ce sens stratégique, dont on le disait dépourvu... A l'image de ses progrès, épaulé par Gonzalo Quesada en sélection, dans le domaine de ce jeu au pied chez lui si peu naturel. "Le jeu au pied n'est pas ma priorité, avoue-t-il. Moi, je préfère jouer à la main. Jusqu'à l'âge de seize ans, je ne tapais jamais. Ce n'est que lorsque j'ai été confronté à des défenses plus organisées, qu'il fallait faire du jeu au pied pour mieux alterner, que je m'y suis vraiment mis. Mais il est vrai que jusqu'à cet âge, je jouais au rugby avec les potes pour me faire plaisir. Donc jouer au pied, pour moi, c'était rendre le ballon. Dans mon rôle aujourd'hui, il faut alterner et être un peu moins prévisible, d'où la nécessité de savoir alterner différents jeux au pied et différents jeux à la main." Plus maître de son sujet, Trinh-Duc est en passe de devenir l'ouvreur accompli espéré: "C'est un poste à maturation tardive. Il y a beaucoup de responsabilités, beaucoup de choses à faire. J'avais besoin de travailler sur la gestion d'un match, sur les solutions pour faire avancer l'équipe". Trois ans chez les Bleus et 29 sélections plus tard, le maître à jouer de l'équipe de France revendique cette maturité nouvelle, affirmée en phases finales du dernier Top 14: "Avec ces matches couperets, où tout se joue à pas grand-chose, à quelques points, ça me permet de grandir et grandir avec mon équipe, c'est encore mieux. (...) Ça permet de toucher du doigt les matches de phase finale, l'engouement que ça suscite et c'est une bonne chose que de pouvoir le toucher du doigt avant cette Coupe du monde." Alors Trinh-Duc, papa vainqueur ? A suivre mardi: Vincent CLERC