Tout n'est pas si rose pour Blanc

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Tout n'est pas si rose pour Blanc
@ REUTERS
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EQUIPE DE FRANCE - Les Bleus ont décroché leur ticket pour l'Euro. Mais rien ne fut simple.

L'équipe de France de Laurent Blanc s'est qualifiée sans gagner, mardi, lors de la "finale" de son groupe qui l'a opposée à la Bosnie-Herzégovine (1-1). Ce match nul, sans grande envergure, symbolise une campagne de qualification qui a vu alterner le bon et le moins bon. Europe1.fr tire un premier bilan de quatorze mois de Blanc.

Ce qui a marché

La qualification. "L'important, c'était la qualification", a lâché Anthony Réveillère. Exactement comme en championnat, "l'important, c'est les trois points". C'est évidemment une tarte à la crème, mais c'est bon parfois, la tarte à la crème. Sortie meurtrie de la dernière Coupe du monde, l'équipe de France avait besoin de se relancer en assurant sa qualification pour le dernier Euro à 16. Il fallait le faire. Pas dans le sens où c'était difficile mais dans le sens où c'était nécessaire.

L'éclosion de talents. Son entrée en jeu a, une nouvelle fois, dynamisé le jeu de l'équipe de France, mardi soir. Marvin Martin, 23 ans, est sans aucun conteste la révélation bleue de cette année 2011. En dehors du Sochalien, utilisé comme joker, Laurent Blanc s'est appuyé sur un autre jeune joueur auquel il a offert sa première sélection : Yann M'Vila, 21 ans. Présélectionné par Raymond Domenech pour la Coupe du monde 2010, le Rennais a confirmé son talent à la récupération, même s'il est loin d'avoir fait son meilleur match mardi. Le néo-Parisien Blaise Matuidi, 24 ans, a également fêté sa première cape sous l'ère Blanc.

La relance des bannis. Il y a d'abord ceux qui avaient l'habitude d'être écartés sous le règne de Raymond Domenech, comme Philippe Mexès, que Laurent Blanc a rapidement imposé comme titulaire. La performance, assez médiocre, de la charnière Rami-Abidal, mardi, ne devrait pas remettre en cause le statut du néo-Milanais, de retour de blessure. Il y a aussi Jérémy Ménez, titulaire surprise mardi et initiateur du réveil des Bleus en deuxième période. Et puis il y a les bannis de Knysna, ceux qui avaient écopé de matches de suspension à la suite de la grève de l'entraînement menée en Afrique du Sud. Patrice Evra était titulaire mardi. Franck Ribéry l'aurait été, s'il n'avait pas été blessé. Avoir réussi à réhabiliter les mutins, ce n'est pas un mince exploit.

L'ouverture du groupe. Confronté à une cascade de blessures, notamment lors de ce dernier rassemblement, Laurent Blanc a été contraint de faire appel à des joueurs pas ou peu vus sous le maillot bleu : Mathieu Debuchy, Anthony Réveillère, Bafétimbi Gomis, des joueurs qui brillent avec leurs clubs. A priori, Laurent Blanc n'en a donc pas, d'a priori, et sait donner sa chance à tout le monde. Il n'hésite pas, non plus, à faire confiance aux joueurs évoluant en L1 (M'Vila, Rémy...) ou à ceux partis depuis peu de temps à l'étranger, comme Adil Rami (Valence) ou Yohann Cabaye (Newcastle).

Karim Benzema. Anelka, Henry, Cissé, Gomis... Raymond Domenech a longtemps cherché l'attaquant de pointe idéal. Laurent Blanc n'a pas tardé à le trouver. Titularisé alors qu'il ne brillait pas encore de mille feux avec le Real Madrid, Karim Benzema a rapidement répondu aux attentes de son sélectionneur. Il a inscrit ce but si important face au rival direct, la Bosnie, lors du match aller, puis a réussi à forcer les verrous luxembourgeois puis albanais. Enfin, il a été l'homme-clé des deux victoires de prestige des Bleus, en amical, en Angleterre (1-2), en novembre 2010 puis face au Brésil, au Stade de France, en février (1-0).

Ce qui n'a pas marché

Un problème à la mène. Laurent Blanc lui a accordé sa confiance contre vents et marées. Yoann Gourcuff, titulaire en fin d'année dernière, notamment face à la Roumanie, a marqué et réalisé des passes décisives mais n'a jamais réussi à prendre le jeu des Bleus à son compte. Un temps associé à Gourcuff (en Angleterre), Samir Nasri n'a pas rassuré davantage sur ce rôle de n°10, avec plusieurs performances très en deçà de ses capacités, comme en Albanie ou en Roumanie. Et Franck Ribéry, qui a le potentiel pour s'affirmer comme le leader technique des Bleus, n'a pas réussi à le faire.

Un déficit dans l'animation. C'est lié directement au problème précédent. Cette équipe de France estampillée Blanc se cherche encore son Platini ou son Zidane. De fait, le sélectionneur national varie les dispositifs tactiques. En Bosnie, lors du match le plus abouti de la campagne, trois récupérateurs de métier occupaient le milieu de terrain : M'Vila, Diarra et Diaby. Mardi, avec toujours un milieu à trois, mais cette fois à tendance offensive avec M'Vila, Cabaye et Nasri, les Bleus ont paradoxalement moins bien fait circuler le ballon. Enfin, contre l'Albanie, vendredi dernier, l'équipe de France a plutôt bien joué dans une formation initiale en 4-4-2. Bref, ça se cherche encore un peu.

Des matches ennuyeux. Mis à part le match en Bosnie, il a été difficile de s'enthousiasmer à la vision d'un match de l'équipe de France. Quelques actions, peu de buts (15 dans un groupe pourtant d'une infinie faiblesse), guère d'émotions et quelques purges mémorables (la double confrontation face à la Biélorussie, le match en Roumanie). Sur les dix équipes qualifiées, l'équipe de France possède la deuxième moins bonne attaque, derrière la Grèce. C'est dire... A titre de comparaison, l'Espagne a marqué 26 buts. C'est encore plus fort pour les Pays-Bas et l'Allemagne, qui ont inscrit respectivement 37 et 34 buts. Bref, pour faire bonne figure à l'Euro, il y a encore du boulot.

Un taulier introuvable. Il avait eu au moins le mérite de le dire clairement. Laurent Blanc n'avait pas de capitaine en tête pour les Bleus. Après avoir régulièrement confié cette responsabilité à Alou Diarra, le brassard a ensuite été porté par Samir Nasri puis par Hugo Lloris, qui semble désormais tenir la corde depuis que Diarra n'est plus titulaire. Mais sans manquer de respect au portier de l'OL, il ne semble pas encore avoir la carrure d'un grand meneur d'hommes. Si elle n'a pas son Zidane, cette génération Blanc n'a pas encore non plus son Deschamps.

De la friture sur la ligne. Alimenté par Florent Malouda, l'éternel débat sur la préférence de Franck Ribéry pour le côté gauche en équipe de France a réapparu ces dernières semaines. Puis ce fut au tour de Samir Nasri de regretter publiquement les critiques faites à son encontre par son sélectionneur. Ribéry blessé, Malouda a pu écumer son couloir gauche (et même marqué en Albanie) lors des deux derniers matches. Apaisé, Nasri, lui, a bien joué en Albanie et a inscrit le but de la qualification sur penalty face à la Bosnie. Pour un temps, Blanc semble avoir chassé les nuages. Mais dans la vie d'un sélectionneur, rien n'est jamais tout rose...