Todt, stratège passionné

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Todt, stratège passionné
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Avec l'écurie italienne, Jean Todt aura tout connu, des difficultés au démarrage à l'avènement final, en passant pas la suprématie de l'ère Schumacher. Jean Todt s'est aussi et surtout affirmé comme un véritable stratège, transformant en or tout ce qu'il a eu entre ses mains. Sa relation père-fils avec le champion allemand a écrit une des plus belles pages de l'histoire de la discipline. Il occupe désormais une place à part dans le coeur des tifosi. Parcours d'un homme au destin marqué d'une flèche rouge. Passionné de course automobile, Jean Todt s'essaie un temps au rallye, mais ses capacités ne lui permettent pas de se hisser au plus haut niveau. Fin calculateur et stratège, il devient progressivement un copilote renommé dans le monde du rallye, au point de terminer vice-champion du monde en 1981, aux côtés de Guy Fréquelin sur une Peugeot-Talbot. Jacques Calvet, alors PDG de Peugeot, voit en lui le parfait gestionnaire pour remettre à flot l'entreprise PSA Peugeot-Citroën, en proie à des difficultés d'image et de finances. Jean Todt se voit donc confier la direction sportive du groupe à partir de 1982. L'Auvergnat crée alors une nouvelle entité, Peugeot Talbot Sport, pour retrouver la compétition. La marque française fait son retour dans le championnat du monde des rallyes en 1985 et domine outrageusement les débats avec sa 205 Turbo 16. Après le décès d'un pilote Lancia sur le Tour de Corse 1986, la catégorie à laquelle appartient la 205, le fameux "Groupe B", est interdite, jugée trop rapide et trop dangereuse. En 1987, Jean Todt décide alors de faire concourir ses 205 en rallye-raid et remporte cinq fois (1987-1991) l'épreuve phare, le Paris-Dakar. Autre épreuve qui figure dans son palmarès à rallonge, les 24 Heures du Mans, remportées en 1992 et 1993 avec la Peugeot 905. Après avoir tenté, en vain, de convaincre Jacques Calvet de lancer sa marque en Formule 1, Jean Todt est recruté en 1993 par Ferrari et le nouveau président de la Scuderia, Luca De Montezemolo. L'écurie est alors dans la tourmente, dominée en course par les McLaren et minée par des tensions internes. Jean Todt est le premier étranger à la tête de la Scuderia et dirige une équipe de 400 mécaniciens. La mission s'annonce délicate, faisant de sa réussite un modèle du genre. 1993-2007: 15 ans au service de Ferrari Sept titres de champion du monde des constructeurs. Voilà ce que doit Ferrari à Jean Todt. Le "petit Napoléon" remet petit à petit l'écurie sur pieds. Son plus gros coup: la venue de Michael Schumacher en 1995, avec qui il entretiendra une relation quasi filiale. Ensemble, les deux hommes vont remporter six titres de constructeur (1999 à 2004), du jamais vu en Formule 1, ajoutés aux cinq titres de pilotes de l'Allemand (2000 à 2004). Le Français débauche également deux directeurs techniques hors pair, Rory Byrne et Ross Brawn, de chez Benetton-Ford. Cette addition de talent va écrire une page indélébile de l'histoire de la F1. Les flèches rouges dominent le championnat de la tête et des épaules pendant cinq années, accumulant les succès en Grand Prix et les titres en fin de saison. Dominé par la fougue de Fernando Alonso lors de ses deux dernières saisons professionnelles, Michael Schumacher décide de tirer sa révérence à la fin de l'année 2006. S'ensuit une période de transition pour la Scuderia. Outre le départ de l'Allemand, le technicien Ross Brawn s'accorde une année sabbatique. Jean Todt, lui, pense à l'avenir et prend sous son aile Stefano Domenicali, fraîchement promu directeur sportif début 2007. Le "petit Napoléon" prépare au mieux sa succession. Et la saison se termine en apothéose. Ferrari remporte les titres pilote, grâce au Finlandais Kimi Räikkönen, et constructeur. Qui peut rêver meilleure transition ? Jean Todt confie donc les clés du secteur sportif à Stefano Domenicali. Ross Brawn convoitait le poste mais s'est finalement engagé avec Honda, où un challenge d'envergure l'attend. Le Français enfile maintenant son costume d'entrepreneur. Déjà nommé en 2006 administrateur délégué de la Scuderia Ferrari, il s'attachera, maintenant en tant que directeur exécutif de la firme, à développer davantage la marque italienne à qui il doit beaucoup. A moins que ce ne soit l'inverse...