Tamgho: "Prudent mais confiant"

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Tamgho: "Prudent mais confiant"
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Teddy Tamgho est sur le chemin du retour. Victime d'une fracture de la cheville droite l'été dernier l'ayant privé des Mondiaux de Daegu, le triple sauteur français prépare son retour à l'entraînement. Le champion du monde et d'Europe en salle n'a qu'un objectif: ne pas se précipiter afin d'arriver lancé vers Londres où il visera l'or olympique.

Teddy Tamgho est sur le chemin du retour. Victime d'une fracture de la cheville droite l'été dernier l'ayant privé des Mondiaux de Daegu, le triple sauteur français prépare son retour à l'entraînement. Le champion du monde et d'Europe en salle n'a qu'un objectif: ne pas se précipiter afin d'arriver lancé vers Londres où il visera l'or olympique. Teddy, tout d'abord, on a envie de vous demander des nouvelles de votre état de santé. Comment allez-vous après cette fracture de la cheville droite qui vous a pourri la saison 2011 ? Ça va, c'est vrai que je ne me suis pas exprimé depuis trois mois. J'ai fini ma rééducation à Boulouris avec ma kiné. Ça s'est bien passé, l'opération s'est vraiment bien déroulée et il ne devrait pas y avoir de séquelles. Ce n'est pas un tendon rotulien qui casse ou autre. C'est une fracture. Or un os, contrairement à un muscle, ne laisse pas de séquelles s'il est bien guéri. Le protocole a été réalisé par le professeur Saillant, son équipe a ensuite placé deux vis transversales dans la malléole que je vais garder. La consolidation est en bonne voie. Etes-vous confiant dans vos chances de retour pour les Jeux olympiques ? Oui, les médecins m'ont dit qu'il n'y aurait pas de problèmes. Cet os de la cheville se consolide rapidement. Ça se passe super bien, même si je ne suis bien sûr pas encore prêt à sauter à 100%. Je vais reprendre tout doucement. Je me suis reposé une semaine car j'ai fait deux mois non-stop entre la piscine et les exercices physiques pour remuscler la jambe qui m'ont fatigué. Je vais continuer à faire un peu de renforcement avant de reprendre, je l'espère, l'entraînement à la fin du mois de novembre ou début décembre. Avec un seul objectif: Londres. Dix minutes après le diagnostic, j'étais déjà tourné vers les JO. Je me suis déconnecté des Mondiaux de Daegu, me disant que c'était l'année suivante qui compterait, que l'objectif était bien plus important que les Mondiaux. On l'a vu il y a quatre ans sur 100m où Tyson Gay fait le triplé 100, 200 et 4x100m. Mais un an après, à Pékin, c'est Bolt qui gagne tout. Votre programme d'entraînement a-t-il été défini et où allez-vous préparer les JO ? Ça, c'est encore la grande question. Je ne voulais pas me projeter jusque-là, j'étais concentré sur la rééducation. Comme il s'agit d'une année olympique, je vais prendre un peu de temps pour décider. Je dispose de plusieurs options. Paris tout d'abord, à l'Insep, où il y aura tous les sportifs en préparation, Teddy Riner, les meilleurs escrimeurs, les meilleurs dans tous les domaines, donc des conditions idéales pour s'entraîner avec une telle atmosphère. Le sud de la France présente aussi un intérêt avec la présence de ma kiné. Ça lui permettrait de me suivre au quotidien, de suivre ma cheville parce que, même si c'est en bonne voie, il faut quand même rester vigilant. Il me faudra être prudent. L'Espagne aussi, où je me suis vraiment bien senti la saison dernière, un très bon site où je me suis bien entraîné avec des conditions meilleures qu'à Paris. Enfin, il y a Gainesville en Floride où les conditions sont très bonnes, mais à dix heures d'avion. "Faire avec un nouveau corps" Ce qui présente un inconvénient non négligeable par rapport à votre suivi médical... Ce serait plus dur à organiser en fonction des soins, de trouver un kiné sur place... Également par rapport à Ivan qui est cubain. Mais on verra, je ne suis pas l'ambassade. Si je l'étais, je lui aurais donné son visa ! (rires). Ça fait encore une complication de plus. Cela montre qu'il ne faudra rien laisser au hasard. De toute façon, chaque endroit a ses avantages et ses inconvénients. Je ne vais pas choisir la chaleur non plus pour ma cheville. La seule recommandation des médecins est de bien la chauffer avant tout entraînement. Si je le fais, que ce soit en Australie ou en Sibérie, c'est du pareil au même ! J'arriverai difficilement à me décider mais on va en discuter avec Ivan Pedroso. Il me reste deux semaines et demie. Avant, je vais aller voir un petit peu Garfield Darrien à Gainesville. La seule certitude, c'est donc que vous poursuivez votre collaboration avec Ivan Pedroso... Ah oui, à 100% ! Le travail avec lui a porté ses fruits. On a fait nos preuves, un petit peu en tout cas... Il a répondu à mes attentes, on a fait du très bon boulot et j'espère que ça va continuer. Si Ivan Pedroso ne peut obtenir de visa, irez-vous sans lui en Floride ? Non, puisqu'on est ensemble. Je ne vais pas travailler à distance, surtout en année olympique. Mais il faudra avant tout voir si on est intéressé pour y aller. Chaque option a 25%, aucune n'a de préférence pour l'instant. Ça se discute, avec Ivan mais aussi Ghani (ndlr, Yalouz, le DTN). C'est un ancien médaillé olympique. Il sait préparer ce genre d'échéances. L'aspect financier peut-il entrer en compte ? Non, du tout, il s'agit plus d'une question d'organisation. On a la chance d'avoir Ghani Yalouz qui fait le maximum pour nous aider à préparer les Jeux. Je n'aurai pas de problèmes par rapport à ça. On est là pour s'entraîner, aller chercher un titre, pas pour compter les centimes. "Sauter pour avoir de vraies références avant les Jeux" Est-ce qu'un programme de compétitions a déjà été fixé ? Non, on va y aller étape par étape. Je n'ai même pas de calendrier prévu. Il me faut déjà reprendre l'entraînement à 100%, voir comment le corps va réagir. Il y a quand même quelques incontournables, la Coupe d'Europe des Nations, le deuxième tour des Interclubs, car ça compte pour moi, et les championnats de France élite pour valider la qualification pour les Jeux. Entre mai et août, c'est déjà beaucoup de faire une compétition par mois. Je sais qu'il me faudra m'adapter, faire avec un nouveau corps. C'est donc trop tôt. Je n'aurai une idée qu'en mars-avril sur le nombre de compétitions que je ferai. Je suis déjà content de marcher ! Et c'est la première fois que je me prépare pour un "one shot", une seule compétition. La salle, j'ai la chance d'avoir déjà tout gagné. Je n'ai pas à courir après un titre ou un record en salle. Je me prépare pour aller chercher l'or olympique. Ce sera la bagarre. Je ne vais pas sauter pour sauter, faire des performances moyennes. Non, je sauterai pour avoir de vraies références avant les Jeux. Une présence aux championnats d'Europe serait donc simplement pour se préparer ? Non, du tout. C'est une compétition avec l'équipe de France. Je n'ai jamais négligé ça. Je me suis blessé à un championnat d'Europe des moins de 23 ans. On se donne à 100% pour ce maillot. Des personnes s'entraînent nuit et jour sans pouvoir le porter. J'ai cette chance, donc je n'arrive pas sur ces compétitions pour m'amuser. Jamais de la vie... Pensez-vous, en cas de retour concluant, être un médaillé quasi certain aux JO ? Tout le monde est un médaillé potentiel. Personne ne comptait sur Taylor aux Mondiaux de Daegu. Pourtant, il a gagné devant Idowu ou Copello qu'on voyait plus faire quelque chose. Tout le monde est capable de sortir un bon saut. Je peux faire une médaille comme passer à la trappe. Y a-t-il désormais une appréhension par rapport à votre cheville ? Non, ce n'est pas ma blessure qui me fait peur. Je me suis blessé en compétition, ça aurait pu être à l'entraînement ou à tout moment. Ça ne change rien. Je continue mon chemin, je le suis. Dans la carrière d'un sportif, la saison blanche arrive. Pas un sportif de haut niveau ne l'a pas connu. C'est le sport. Il n y a pas d'appréhension, j'avance avec confiance, je fais confiance aux professionnels, mais disons que je suis vigilant. Il faut attendre que l'os soit consolidé à 100%. J'ai attendu qu'on me dise de marcher pour le faire. Vous pouvez pleurer, vous lamenter, la blessure est là. Et ce n'est pas en me précipitant que je vais guérir. Ce ne sont pas les larmes qui vont cicatriser ma cheville. Il y a un protocole de guérison qui demande du temps, on le respecte, sinon c'est à ses risques et périls. Ce n'est pas la fin du monde. Il faut aussi comparer avec certaines personnes. J'ai la chance d'être un sportif de haut niveau, il faut savoir relativiser. Mon corps a dit stop, il fallait opérer et attendre.