Tamgho: "Je n'avais pas le choix"

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Tamgho: "Je n'avais pas le choix"
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Déçu de sa quatrième place la veille à la longueur, Teddy Tamgho, extrêmement remonté contre lui-même, a libéré son énergie dimanche pour battre, à l'occasion des Championnats d'Europe de Bercy, un nouveau record du monde en salle (17m92). Un bond "contrôlé" dit-il dans cette "guerre des nerfs" que représente une finale, l'assurance qu'il peut encore aller beaucoup loin...

Déçu de sa quatrième place la veille à la longueur, Teddy Tamgho, extrêmement remonté contre lui-même, a libéré son énergie dimanche pour battre, à l'occasion des Championnats d'Europe de Bercy, un nouveau record du monde en salle (17m92). Un bond "contrôlé" dit-il dans cette "guerre des nerfs" que représente une finale, l'assurance qu'il peut encore aller beaucoup loin... Comment avez-vous vécu ce concours ? C'était compliqué. Les gars ont commencé à sauter fort, à 17m62, 17m73. Je me suis allé chercher un gros saut. Je ne pouvais pas me contenter de gagner pour gagner. Avec un record du monde, ce n'était pas pareil... Maintenant, ce saut n'est tout de même pas exceptionnel. Si vous regardez bien, j'ai ralenti un peu, j'ai contrôlé parce que j'avais peur de mordre. Il fallait que j'assure cette planche. Je suis content. J'ai calmé un peu tout le monde. Et j'ai réussi un deuxième saut à 17m92, ça prouve que les sauts à 17m90 ne sont plus un souci pour moi. Deux records du monde et deux primes qui vont avec, c'est ma banquière qui va être contente. Vous n'avez pas totalement explosé après ce premier record. Pourquoi ? Je savais que je pouvais sauter plus loin. Ivan (Pedroso, son entraîneur) le savait lui aussi. C'est pour ça qu'il m'a demandé de rester calme. Mais je ne vais pas faire la fine bouche, c'est un gros saut dans un grand championnat. Si quelqu'un avait fait 17m93 aujourd'hui, je sais que j'aurais pu aller chercher un gros saut. Mais l'important, c'était la médaille d'or. Avez-vous pensé aux 18 mètres aujourd'hui ? Après mon saut à 17m92, oui. Parce qu'après un saut réussi comme ça, je savais que je pouvais faire quelque chose de bien. Mais il aurait fallu quelqu'un qui me pousse à aller plus haut. Aujourd'hui, j'avais une finale à gagner. J'ai fait de l'intox, j'ai fait 17m64 en restant debout. Ce n'est pas la même chose que de faire 17m90 sur un saut complet. Psychologiquement, ça calme. Si je vois quelqu'un faire ça, je me dirai qu'il est costaud. C'était la guerre aujourd'hui. "Idowu prépare quelque chose, il est malin" Auriez-vous pu passer les 18 mètres sur ce saut ? Je pense... Si je passe les jambes, je peux gagner 30 centimètres. Mais il fallait que je pense à la victoire. J'ai compris qu'une finale de championnat, ce n'est plus la performance mais c'est la guerre des nerfs. Depuis 2009, j'ai appris. Je sais qu'une finale ne se prépare pas seulement quand on va sauter. Ça se prépare en amont. Aviez-vous un grand sentiment de revanche par rapport à votre quatrième place la veille à la longueur ? Franchement, quand je suis parti hier, je me suis dit que je n'avais pas le choix, que je devais gagner aujourd'hui. Je me suis un peu renfermé sur moi-même, je suis resté dans ma chambre. J'ai créé un certain mal-être et je m'en suis servi aujourd'hui. J'ai calculé mon coup même si je pouvais aussi passer à côté en voulant me projeter trop loin. Il fallait bien doser le truc. Physiquement, avez-vous bien tenu le coup ? Oui et je tiens à remercier mon ostéopathe avec qui j'ai fait un gros travail après chaque concours. Même si je n'ai pas sauté aussi loin que je le voulais à la longueur, j'ai prouvé que je pouvais assurer les deux concours. Au point de retenter le coup à l'avenir ? Au niveau mondial, je ne pense pas. Il ne faut pas se mentir, quand Dwight Phillips va arriver, quand les Australiens vont arriver, ça sera autre chose. Même si je pense pouvoir sauter aujourd'hui à 8m20, les gars sont à 8m60. Je ne pense pas pouvoir sortir 8m50 aujourd'hui. Je vais me concentrer sur le triple-saut parce qu'Idowu se prépare, Benjamin (Compaoré) va revenir. Quand les deux seront là, à 17m90, ça ne passera pas. Ils ont faim. Idowu prépare quelque chose... Il est malin. Mais nous aussi on se prépare pour 2012. "J'étais dans un autre monde" Quelle est la prochaine étape ? La deuxième étape, c'est Daegu. Il y avait quatre étapes : aujourd'hui, Daegu, les monde en salle l'année prochaine et les Jeux Olympiques. Pour l'instant, j'en suis à un sur quatre. En quoi le public vous a-t-il aidé ? Le public a été extraordinaire. Le public était à 100% français. A Aubière, il y avait déjà un public extraordinaire quand j'ai fait 17m91 mais aujourd'hui, c'était la même chose avec plus de monde. Vous imaginez ? On devrait faire tous les championnats en France ! Au passage, je voudrais féliciter Yoann Rapinier. J'ai du mal à croire ce qu'il a fait aujourd'hui. C'est sa première sélection chez les seniors, il a commencé le triple-saut en 2008. Après trois ans, il sort 17m23, dans un grand championnat, il bat deux fois son record ! C'est un grand compétiteur. Il m'a bluffé. Quelle est la signification de tous ces signes, ces encouragements avant chaque saut ? Aujourd'hui, j'étais dans un autre monde. Quand je suis en concours, je suis dans un monde bizarre. Au départ, je voulais rester calme. Mais quand j'ai vu que les gars passaient de gros sauts, je suis sorti de ma bulle. On me connaît. Ce n'est pas étonnant de me voir comme ça en concours. Pour le bandeau, j'ai voulu me mettre dans les mêmes configurations psychologiques qu'à Aubière. Est-ce votre plus grand moment d'athlète ? Non, c'est Doha. Le contexte là-bas est énorme. Je savais que je pouvais faire de grands sauts, à plus de 17m50. Mais 17m90 à mon dernier essai, j'ai montré que j'étais un vrai compétiteur et pas seulement quelqu'un qui saute sur ses facilités.