Stravius, le Lochte à la française

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Stravius, le Lochte à la française
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Si Camille Lacourt a réussi le doublé à Shanghai, confirmant ses trois titres européens de Budapest, Jérémy Stravius a réussi à sortir de son ombre envahissante pour s'inviter avec lui sur la plus haute marche du podium du 100 mètres dos. Un titre auquel il a ajouté deux médailles d'argent avec les relais 4x100 et 4x200 mètres nage libre mettant en lumière sa formidable polyvalence digne d'un Ryan Lochte, l'homme des Mondiaux.

Si Camille Lacourt a réussi le doublé à Shanghai, confirmant ses trois titres européens de Budapest, Jérémy Stravius a réussi à sortir de son ombre envahissante pour s'inviter avec lui sur la plus haute marche du podium du 100 mètres dos. Un titre auquel il a ajouté deux médailles d'argent avec les relais 4x100 et 4x200 mètres nage libre mettant en lumière sa formidable polyvalence digne d'un Ryan Lochte, l'homme des Mondiaux. "C'est abusé..." Ne comptez pas sur Jérémy Stravius pour prendre la grosse tête. Alors quand le triple médaillé de Shanghai (or sur 100m dos et argent avec les relais 4x100 et 4x200 mètres nage libre) entend qu'on le compare déjà à Ryan Lochte, le grand monsieur de ces Mondiaux (cinq médailles d'or et un record du monde), le Picard en rougit presque. "Lui, c'est un quatre nageur (un nageur qui évolue aussi bien en crawl, en brasse, en papillon qu'en dos, ndlr). Moi, j'ai deux nages (crawl et dos, ndlr), voire trois avec le papillon. C'est tout", rappelle-t-il. Mais dans un pays tellement cloisonné en termes de spécialités (aucun nageur français engagé sur les épreuves de quatre nages à l'exception de Lara Grangeon éliminée dimanche avec le 21e temps des séries du 400 mètres 4 nages), c'est rare et déjà beaucoup. Suffisamment pour s'attirer les louanges, et pas seulement de la presse française. "C'est notre Lochte, s'enthousiasme ainsi Denis Auguin, l'entraîneur d'Alain Bernard. C'est un garçon qui a de telles qualités à l'entraînement, une faculté à récupérer très vite. Il fait des trucs à l'entraînement ce mec, c'est génial. Il a des qualités fondamentales hors-norme. Il sait tout faire. Il va vite sous l'eau, il nage sur de bonnes partitions, il a de la vitesse, il a de l'endurance." Tout sauf une surprise pour le coach antibois : "J'avais dit à Michel il y a un an ou deux que c'était le meilleur nageur français. Je suis content que ce soit la vérité. Pas parce que je l'ai dit mais parce que ça me fait plaisir." Il y en a un autre à qui cette révélation fait plaisir, c'est au DTN, Christian Donzé, qui se targue de l'avoir découvert lors d'un stage à Font-Romeu alors que le jeune Stravius tournait autour de ses 15 ans. "A l'époque, il ne s'entraînait que trois ou quatre fois par semaine. J'avais rencontré sa maman à la fin du stage et je lui avais dit: « je pense qu'il a du talent et il est important qu'il envisage d'intégrer un groupe d'entraînement où il va pouvoir exprimer ce talent »", raconte-t-il. "Et lui m'avait dit: « je le ferai une fois que j'aurai le bac »." Le bac en poche, il rejoint le pole d'entraînement d'Amiens où Michel Chrétien polit patiemment ce diamant brut. Premier résultat en 2009 avec un titre de champion d'Europe à Eindhoven avec le relais 4x50 nage libre. Mais ce n'est que du petit bassin et en équipe. Suit une médaille d'argent à Budapest sur 100 mètres dos. Mais c'est derrière Camille Lacourt qui attire alors tous les projecteurs. "Je m'amuserai après les Jeux" Alors quand il monte sur la plus haute marche du podium mardi au côté de Camille, deux jours après l'argent du relais 4x100 et deux jours avant celui du relais 4x200, Stravius le discret apprécie. "Ça fait du bien de sortir de l'ombre de Camille", dit-il avant de se projeter sur ce qui l'attend à son retour de Chine : "J'y pense, c'est vrai. J'ai encore l'image de Budapest, c'était le gros bazar. J'avais réussi à y échapper mais là, je pense que je vais tomber en plein dedans." Comme Sébastien Rouault le rappelait il n'y a que les médailles qui intéressent. "Il change de sphère", prévient Auguin. "Mais il est dans un environnement très calme, très apaisé. Ils ne se prennent pas pour des starlettes. Les conditions sont réunies pour que ça aille au bout. Après, il faut gérer les attentes, il faudra gérer les championnats de France. C'est un autre statut. Mais pour être champion olympique, il faut l'accepter." "Etre dans la réussite, c'est bien, mais ça annonce des jours plus difficiles parce que maintenant on va nous attendre, anticipe déjà Michel Chrétien. On était assez discret. Et on le cultive bien d'ailleurs, parce que ça nous va bien. On va être plus explosé et il va falloir trouver les moyens de se protéger, de continuer à travailler en toute simplicité." Ce dont il ne doute pas de la part de son nageur : "Je lui fais une totale confiance sur sa capacité à prendre de la distance, à bien se concentrer, à rester simple. Une des inquiétudes que j'ai pour la saison prochaine, c'est peut-être les sollicitations que l'on aura. Mais lui, sa force sera de rester simple." Et la simplicité pour un nageur éclectique sera de garder le même programme la saison prochaine. Même s'il pourrait briller sur beaucoup d'autres. "Le 200 dos, je sais que ça lui casse un peu les pieds, mais franchement, ça ne serait pas inintéressant, évoque avec gourmandise Auguin. Après sur 100 et 200 pap, il peut aller vite. Et sur 200 crawl évidemment. Il a tout : il va vite, vite sous l'eau ce qui est toujours chiant pour les autres, il a des qualités d'endurance exceptionnelle. Et puis, il a une bonne analyse tactique. Bref, il a beaucoup de cordes à son arc." L'intéressé en est conscient mais se donne le temps : "Je m'amuserai après les Jeux." Ou pendant. Et pourquoi pas avec Lochte...