Stamm : "Pas raisonnable de rester"

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Stamm : "Pas raisonnable de rester"
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Sains et saufs. Dans une situation délicate depuis dimanche soir suite à une importante voie d'eau constatée sur Cheminées Poujoulat, Bernard Stamm et Jean-François Cuzon ont été hélitreuillés lundi en début d'après-midi par les secours portugais venus des Açores. Joint par son équipe quelques minutes après son atterrissage sur la terre ferme, Bernard Stamm a raconté cette infortune de mer.

Sains et saufs. Dans une situation délicate depuis dimanche soir suite à une importante voie d'eau constatée sur Cheminées Poujoulat, Bernard Stamm et Jean-François Cuzon ont été hélitreuillés lundi en début d'après-midi par les secours portugais venus des Açores. Joint par son équipe quelques minutes après son atterrissage sur la terre ferme, Bernard Stamm a raconté cette infortune de mer. Le hasard fait parfois mal les choses. Il y a deux ans quasiment jour pour jour (c'était le 13 novembre 2009), Jean-François Cuzon, co-skipper de Sébastien Josse sur BT, était victime sur la Transat Jacques-Vabre, à environ 200 milles au nord des Açores, d'une importante voie d'eau menaçant de faire couler le monocoque de 60 pieds et entraînant l'intervention des secours portugais suivie de l'hélitreuillage des deux marins. Triste rebelote ce lundi 7 novembre, puisque Jean-François Cuzon, cette fois associé à Bernard Stamm, a vécu la même douloureuse expérience, le tandem ayant été hélitreuillé dans des conditions identiques et quasiment au même endroit, à 130 milles des Açores, après une voie d'eau constatée dimanche soir vers 23h30 par le skipper suisse. Joint par son équipe à terre lundi après-midi, peu après son arrivée aux Açores, Bernard Stamm a raconté: "Ça s'est passé en tout début de nuit. On s'attendait à avoir pas mal de vent, on allait assez vite, sans plus, à une quinzaine de noeuds au reaching, avec deux ris (surface de grand-voile réduite) et trinquette (petite voile d'avant), on était en train de prendre le deuxième ris et on se préparait à changer de voile d'avant, à mettre l'ORC (petite voile de tempête). Je suis rentré dans le bateau pour aller chercher quelque chose et c'est là que j'ai vu que le bateau était plein d'eau. Le gennaker qu'on avait mis en vrac au départ de la Transat Jacques-Vabre et qui était dans la soute avait migré tout seul dans la cellule de vie, c'était un gros problème. On a immédiatement roulé la voile d'avant et arrêté le bateau." Dès lors, les deux hommes ont fait preuve des réflexes habituels dans de tels cas d'urgence: "C'était visible qu'il y avait une voie d'eau très importante, poursuit Bernard Stamm, il fallait rapidement sécuriser le bateau et nous sécuriser, nous. Jeff (Jean-François Cuzon) s'est occupé de réunir le matériel de sécu pour être prêt à évacuer le bateau si besoin. De mon côté, j'ai essayé d'évacuer l'eau avec la pompe. Les portes étanches étaient fermées, c'était pas mal, parce que même s'il y avait de l'eau dedans, ça séparait les compartiments. Après, on a vu que le bateau n'allait pas couler." Du coup, Bernard Stamm et son co-skipper ont réfléchi à plusieurs solutions, espérant sauver le bateau, mais en vain: "On a essayé de voir si on pouvait se faire aider sans déclencher une détresse, mais la mer était très mauvaise pour que quelqu'un vienne nous aider. Après, on a essayé de naviguer, on a rapidement abandonné l'idée, parce qu'on remplissait le bateau en force. C'est là qu'on s'est dit que vu la météo, vu les conditions, ce n'était pas raisonnable de rester, donc on a déclenché la balise de détresse." Riou "abattu complet" Averti en fin de matinée lundi, le Cross Gris-Nez, qui coordonne les secours, a aussitôt averti les sauveteurs portugais des MRCC de Punta Delgada, sur l'île de San Miguel, aux Açores, qui ont dépêché un hélicoptère sur zone. "L'hélitreuillage s'est très bien passé, explique Bernard Stamm, on a attendu les secours, quand ils sont arrivés, ils nous ont dit ce qu'il fallait faire. On a mis le radeau de survie à l'eau, on a coupé les liens qui nous retenaient au bateau et on s'est fait hélitreuiller, un plongeur est descendu nous chercher et nous a ramenés à l'hélico." Recueillis sains et saufs en début d'après-midi, lundi, Bernard Stamm et Jean-François Cuzon réfléchissaient dès lors aux moyens de récupérer un bateau dont cette Jacques-Vabre était la première transat, puisqu'il a été mis à l'eau en mai. Difficile de connaître les raisons exactes d'une avarie censée ne pas arriver sur des monocoques faits pour passer à travers les gros coups de vent (et surtout de mer) encaissés par la flotte depuis le départ mercredi dernier, mais une chose est sûre: à un an du Vendée Globe, une réflexion s'imposera. Cheminées Poujoulat n'est en effet pas le seul à avoir subi une avarie liée aux chocs de la mer, puisque lundi matin, Vincent Riou et Hugues Destremeau ont également prévenu la direction de course qu'ils devaient abandonner le «mode course» pour faire route vers les Açores, à cause de la casse d'une cloison étanche à l'avant de la soute à voile de PRB. Avarie racontée par Vincent Riou à la vacation de la mi-journée: "On est arrivés sur le front froid de la dépression, très brutal, on avait volontairement fait le choix de ne pas aller vite, on était sous grand-voile à trois ris, sans rien devant, le temps de laisser la mer se calmer. En inspectant le bateau, on a trouvé la cloison en avant de la soute à voile pour rendre le bateau étanche cassée." Les explications ? Le vainqueur du Vendée Globe 2004-05 confiait son scepticisme: "A priori, les chocs dans la mer. On est abattus complet car on ne voit pas trop ce qu'on a mal fait, on est restés super conservateurs sur cette phase de mauvais temps, ça paraît assez étonnant de casser le bateau." Reste que l'aveu de tous, les conditions ont été particulièrement éprouvantes samedi et dimanche, avec deux passages de fronts et une très violente rotation du vent - Kito de Pavant (Groupe Bel) évoquait lundi "une bascule très violente, le vent de sud de 50 noeuds est passé au nord-ouest à 40 noeuds en quelques secondes" - qui a sans doute contribué à fragiliser les bateaux...