Stade Français : 72 heures chrono

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Stade Français : 72 heures chrono
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RUGBY - Le club parisien n'a plus que trois jours pour trouver les fonds nécessaires à sa survie.

Depuis l'annonce, mardi, de l'échec du rachat du club par la Facem, le Stade Français est lancé dans une course contre la montre pour trouver les 6,6 millions d'euros nécessaires à sa survie. Jeudi, en fin d'après-midi, le président, Max Guazzini, et l'administrateur, Bernard Laporte, ont été reçus par Chantal Jouanno, alors qu'une troisième personne a été mise en garde à vue. Le point avant un week-end décisif pour l'un des clubs les plus titrés du rugby français.

Le ministère avoue son impuissance. "L'Etat ne peut pas sauver le Stade Français." Voilà ce qu'a conclu la ministre des Sports, Chantal Jouanno, à l'issue de l'entretien qu'elle a eu jeudi avec Max Guazzini et Bernard Laporte. "On n'imagine pas que des escroqueries et des difficultés conjoncturelles puissent porter préjudice à un club mythique, mais par ailleurs on ne trouve pas de somme pareille sous le pas d'un cheval", a-t-elle relevé. Par ailleurs, la ministre a avoué qu'elle n'avait pas le pouvoir d'offrir un sursis au Stade en repoussant la date de l'audition par la Direction nationale d'aide et de contrôle de gestion (DNACG). "la DNACG est indépendante et souveraine. Mon rôle est d'être facilitateur". Le temps presse désormais pour le Stade Français. "On fait tout comme on fait tout depuis deux mois", a souligné Bernard Laporte au micro d'Europe 1. "Je ne sais pas si on va y arriver, mais il faut toujours être confiant."

Le président lance un appel. On imagine sans peine les tourments actuels de Max Guazzini, qui a contribué à replacer le Stade Français au sommet du rugby français et qui le voit aujourd'hui menacé de relégation en Pro D2 voire en Fédérale 1, soit la 3e division. Ces tourments se sentent dans ses mots et dans sa voix. "C'est horrible ce qui nous arrive, c'est tragique comme histoire, je ne le souhaite à personne", a-t-il expliqué mercredi au micro d'Europe 1. "Tout le monde à ce jour peut devenir actionnaire majoritaire du stade français", répète-t-il, espérant être entendu...

"C'est un SOS que je lance, aidez-nous", répète Max Guazzini :

La mobilisation prend de l'ampleur. A l'issue de la réunion avec la ministre, jeudi soir, Max Guazzini a voulu retenir l'élan de solidarité autour du Stade. "Je reçois des messages de partout, d'anonymes, de joueurs, de présidents de clubs... Les gens appellent, il y a une grande mobilisation qui se fait dans tout le pays et pas seulement à Paris. Je n'imaginais pas qu'on était aussi populaire, qu'on nous aimait autant. C'est ce que je retiens de cet épisode très douloureux." De leur côté, les supporters du club tentent de se mobiliser, notamment via les réseaux sociaux. Une page "Soutien au Stade Français" a ainsi été créée sur Facebook.

Une troisième personne placée en garde à vue. Dans le volet judiciaire de l'affaire, une troisième personne, un dirigeant d'une société de conseil, a été placée en garde à vue, jeudi soir. Deux personnes, dont l'une d'origine camerounaise, avaient déjà été placées en garde à vue, mardi et mercredi soir. L'une de ces deux personnes s'est présentée comme le mandataire de la fondation canadienne, la Fondation pour l'amélioration des conditions de l'enfance dans le monde (Facem), censée reprendre le club et qui avait garanti un apport de 12 millions d'euros qui n'a jamais été versé.

Le président de la Facem se défend. Job Ariste, le président de la Facem, a donné sa version des faits, jeudi, sur 20 minutes.fr. Pour lui, il y a un seul et unique responsable à la situation actuelle. "Nous avons été piégés par Bernard Laporte", dit-il. Le président de l'organisme explique que l'administrateur du club s'est précipité et que l'argent ne devait être versé sur un compte que ce vendredi. Rappelons qu'à l'origine, le Stade Français n'a pas évoqué un problème de versements mais de faux documents et de fausses garanties. Jo Ariste, qui avoue ne "rien" connaître au rugby, explique avoir voulu jouer un simple rôle d'intermédiaire. "Nous allons organiser notre défense et je peux vous assurer qu'ils ne trouveront rien d'illégal en ce qui me concerne." Le feuilleton judiciaire ne fait que commencer.

Le nouveau Jean-Bouin pointé du doigt. La situation actuelle du Stade Français pose aussi la question de l'avenir du nouveau Stade Jean-Bouin, dont les travaux ont débuté dans le XVIe arrondissement de Paris. Le maire UMP du XVIe, Claude Goasguen, n'a pas manqué de souligner cet état de fait. Dans un communiqué, il "regrette à nouveau que la précipitation du maire de Paris ait conduit à la destruction d'un stade destiné au sport de proximité, et à l'investissement exigé des contribuables Parisiens à hauteur de près de 200 millions d'euros, pour l'hébergement exclusif d'une équipe de rugby professionnel." Le Stade Français doit jouer en 2013 dans un stade de 20.000 places à Jean-Bouin, un stade financé par les Parisiens, qui verra le jour après la démolition de l'ancien stade qui était également utilisé par les élèves des écoles et les sportifs de proximité.