Soyez français !

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Vingt ans après la seule élimination de son histoire à ce stade de la compétition par l'Angleterre, l'équipe de France retrouve son meilleur ennemi samedi, à l'Eden Park d'Auckland, en quart de finale de la Coupe du monde (en direct sur notre site dès 9h30, heure française). Pitoyables il y a une semaine face aux Tonga, les Bleus, en autogestion ou presque, semblent n'avoir que le combat à opposer au XV de la Rose.

Vingt ans après la seule élimination de son histoire à ce stade de la compétition par l'Angleterre, l'équipe de France retrouve son meilleur ennemi samedi, à l'Eden Park d'Auckland, en quart de finale de la Coupe du monde (en direct sur notre site dès 9h30, heure française). Pitoyables il y a une semaine face aux Tonga, les Bleus, en autogestion ou presque, semblent n'avoir que le combat à opposer au XV de la Rose. Stop ou encore ? Cette fois, ils n'ont plus le choix. Les Bleus sont face à leurs destin et l'alternative qui est la leur, si elle correspond au final à celle proposée à chacune des huit nations encore en lice dans cette Coupe du monde, a le mérite d'être d'une simplicité biblique. La victoire et rien d'autre : finis les calculs, les comptes d'apothicaires de la phase de poules, seule un succès samedi, sur la pelouse de l'Eden Park, peut non seulement sauver les apparences, mais, et c'est là tout le charme de cette compétition, aussi relancer totalement une dynamique au point mort. Cet élan, censé animer toutes les équipes de ce tournoi, mais qui, les joueurs français auront bien fini par l'admettre, n'aurait chez eux vu le jour que cette semaine dans les décombres de la plus humiliante défaite de l'histoire des Bleus face aux Tonga (19-14). Des Tricolores qui, à trop bien vivre ensemble sans oser se dire les choses qui fâchent, n'auraient pris conscience de la portée de l'évènement qu'en cinquième semaine... On croit rêver ! Et c'est pourtant bien le discours qui aura tourné en boucle cette semaine au sein de cette équipe de France soudain plus consciente de ses devoirs que de ses droits. Il aura fallu pour cela que son sélectionneur se mette une fois de plus à nu pour enfin provoquer cet éclair de lucidité. Reste que les fantômes de Wellington auront toujours une bière de retard sur leur coach... Une drôle de bête de concours... En passe de casser leur jouet, les Français auraient freiné à temps pour éviter le précipice dans lequel tout cette joyeuse petite bande, des garçons bien sous tout rapport, mais incapables de composer un collectif au caractère affirmé, étaient sur le point de se jeter... Comme un seul homme. Alors un sursaut, mais pour quoi faire ? Cette équipe de France a tout de la bête de concours. Mais un concours d'un genre particulier, qui consisterait à aborder la phase éliminatoire d'une Coupe du monde en accumulant le maximum de handicaps: deux défaites au compteur (un record !), un fonds de jeu inexistant, une défense en lambeaux (voir par ailleurs), mais aussi un capitaine abandonné, un n°9 déguisé en n°10, un patron des lignes arrières en pièces détachées... La "check-list" est longue, interminable même. Les Bleus ne sont plus dos au mur, ils l'ont percuté de plein fouet face aux Tongiens. Et c'est encore sonné par ce réveil en sursaut qu'ils se sont livrés toute cette semaine à cette séance collective d'auto-persuasion que tout n'était pas encore perdu. "On a besoin d'imaginer qu'on va gagner ce match", soulignera un Imanol Harinordoquy enfin paré de sa tenue de combat. Jusqu'à un Thierry Dusautoir, délesté de pas mal d'illusions sur les hommes qui l'entourent, mais qui lâche: "Il faut continuer à croire qu'on est une grande et belle équipe." Une réaction d'orgueil sur commande à laquelle on n'a pas mordu... Trop soudaine, trop fabriquée, même si Lièvremont, en indécrottable optimiste, prévient: "S'il n'y a pas une extrême détermination, une extrême solidarité, il faudra que l'on rentre à la maison. C'est tout ce que l'on aura mérité les uns et les autres." Comme en 2003 et 2007, c'est l'Angleterre qui s'annonce, cette fois dès les quarts de finale, et les Bleus, en s'emparant des clés du camion, se sont mis en tête de prendre l'Albion sur ses valeurs ancestrales de la défense et du combat d'avants. Les dernières armes disponibles en magasin, le reste n'étant plus à les entendre que littérature... Un brin prétentieux tout de même face à un adversaire qui, certes n'a pas non plus transcendé son jeu en première phase, mais qui compte tout de même quatre victoires en quatre matches, a inscrit dix-huit essais et n'en a concédé qu'un seul (record de l'Australie lors de la CdM 1999 égalé). Des arguments qui pèsent, autant que ce quinze de départ, qui voit cohabiter deux maîtres coup de pied de la valeur de Jonny Wilkinson et de Toby Flood. En attendant le réveil d'un banc prêt à envoyer le plomb (Hartley, Corbisiero, Lawes, Haskell, Shaw...). A tout miser ainsi sur cet intense combat les Bleus font un de ces paris insensés dont ils ont le secret. Même si Dimitri Yachvili se plaît à corriger: "Ce n'est pas dans la culture de l'équipe de France, c'est dans la culture française..." Alors, Messieurs, s'il vous plaît, soyez français !