Slade, héritier malgré lui

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Slade, héritier malgré lui
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Après le choc, l'attente... La Nouvelle-Zélande, qui s'est réveillée en début de semaine en apprenant le forfait définitif de son chef d'orchestre Dan Carter, a remis ses espoirs de titre en Coupe du monde sur les épaules de Colin Slade. A 23 ans, ce dernier s'apprête à diriger le match le plus important de sa jeune carrière, dimanche à Auckland, contre l'Argentine en quart de finale. Supportera-t-il la pression ?

Après le choc, l'attente... La Nouvelle-Zélande, qui s'est réveillée en début de semaine en apprenant le forfait définitif de son chef d'orchestre Dan Carter, a remis ses espoirs de titre en Coupe du monde sur les épaules de Colin Slade. A 23 ans, ce dernier s'apprête à diriger le match le plus important de sa jeune carrière, dimanche à Auckland, contre l'Argentine en quart de finale. Supportera-t-il la pression ? "Il ne craquera pas sous la pression. Il ne nous laissera pas tomber..." La Nouvelle-Zélande, orpheline depuis le week-end dernier de son enfant chéri, peut-elle croire une mère prête à défendre son rejeton contre vents et marées ? Privé de Dan Carter, contraint de mettre fin à sa Coupe du monde en raison d'une blessure aux adducteurs contractée à l'entraînement, le staff des All Blacks a fait son choix en titularisant - malgré le scepticisme environnant - Colin Slade à l'ouverture, dimanche à Auckland contre l'Argentine en quart de finale. A 23 ans, et seulement neuf sélections à son compteur (dont trois obtenues lors de cette seule compétition), l'ouvreur des Highlanders s'apprête à revêtir le célèbre n°10, propriété quasi exclusive de Carter chez les All Blacks. Reste à savoir si la doublure aura les épaules aussi larges que l'original pour remplir ce maillot... A l'image de tout un peuple, Yann Delaigue, ancien spécialiste du poste aujourd'hui spectateur attentif (en sa qualité de consultant pour Canal+), s'interroge. Il ne peut s'empêcher de penser que l'absence de Carter sera préjudiciable "pour la confiance de l'équipe, mais aussi en termes de jeu, parce que c'est un joueur qui marque mais qui met aussi ses partenaires dans de bonnes conditions. Ne pas avoir ce joueur va leur poser des problèmes". Et n'est pas Carter qui veut... Le secours de l'intéressé, auteur d'une sortie très digne lundi devant la presse, n'est aujourd'hui pas suffisant pour effacer les doutes quant à la capacité de Slade à assumer cette lourde charge face aux Pumas. "C'est un super joueur, il mérite sa place et il a désormais l'occasion de montrer ce qu'il est capable de faire", assurait-il. Pas de raison de ne pas le croire sur parole si le contexte, un quart de finale de Coupe du monde à domicile, n'était pas aussi brulant. "Slade est peut-être un peu nerveux car il devra être à la hauteur de Carter, résumait Martin Scelzo, l'expérimenté pilier argentin. Mais il ne faut surtout pas le sous-estimer. Peut-être qu'on pourra les attaquer de ce côté-là, mais je ne crois pas que ce soit l'un de leurs points faibles pour autant." McCaw, Weepu et Muliana comme tuteurs Adoubé par Graham Henry depuis le début de la semaine, Slade dit s'être préparé tranquillement, malgré l'attente énorme qui l'entoure désormais. "Mon rôle n'a pas tellement changé dans l'équipe, affirme-t-il. Je ne m'attends pas à avoir le même leadership que celui qu'avait Carter sur le terrain. C'est à certains autres de prendre le relais. Mon boulot, c'est de conduire l'équipe sur le terrain." Sans se prendre pour qui vous savez... "Je vais essayer d'être moi-même, pas d'essayer de faire du Carter, promet-il. Je vais jouer mon jeu et conduire l'équipe de la meilleure façon que je sache." Peut-être moins gestionnaire que Carter mais beau joueur de ballons, Slade, déjà auteur de trois essais dans cette Coupe du monde, est loin d'être manchot au poste. Mais le plus dur sera d'évacuer la pression qui descendra dimanche des tribunes de l'Eden Park. "Je suis jeune, mais je suis excité à l'idée de saisir cette occasion, insiste Slade, comme pour chasser les idées noires. C'est une belle opportunité et je dois voir ça de manière positive. Je ne peux pas voir ça comme un fardeau. Je suis vraiment impatient d'y être. C'est une opportunité que je n'imaginais pas avoir, et que personne d'ailleurs n'imaginait que j'aurais. C'est un rêve de gosse que de jouer dans une Coupe du monde, même si c'est en raison de la blessure de Carter." Carter, qu'il "badait" au point de l'observer comme une idole à l'entraînement - "j'essaie de m'inspirer de sa façon de faire à l'entraînement, d'écouter ses conseils et de faire au mieux derrière lui", avouait-il en début de compétition - mais qu'il doit aujourd'hui remplacer au sein de la galaxie black, au côté des Richie McCaw, Piri Weepu, Ma'a Nonu, Keven Mealamu ou autre Mils Muliaina. "C'est énorme (ndlr, de savoir qu'ils sont là). Ça va me rendre la tâche plus facile, d'avoir des gars de cette expérience à côté de moi. Ça me relaxe. J'ai conscience qu'ils seront là pour m'aider et donner le meilleur pour l'équipe." Pourvu qu'il ne les laisse pas tomber...