Seul Lièvremont, si seul

  • A
  • A
Seul Lièvremont, si seul
Partagez sur :

Abattu à chaud, à l'heure de commenter la veille le désastre italien du XV de France, Marc Lièvremont est apparu dévasté dimanche matin, à Rome, et dans l'incapacité de livrer le groupe des 23 retenus pour le dernier match face au pays de Galles. Une liste qui, dévoilée dans la soirée, si elle a consacré le sacrifice de la génération Chabal, n'a pas donné lieu à la grande lessive attendue. Tout à la fois blessé, trahi et sans plus aucune certitude, le sélectionneur n'a jamais semblé à ce point isolé.

Abattu à chaud, à l'heure de commenter la veille le désastre italien du XV de France, Marc Lièvremont est apparu dévasté dimanche matin, à Rome, et dans l'incapacité de livrer le groupe des 23 retenus pour le dernier match face au pays de Galles. Une liste qui, dévoilée dans la soirée, si elle a consacré le sacrifice de la génération Chabal, n'a pas donné lieu à la grande lessive attendue. Tout à la fois blessé, trahi et sans plus aucune certitude, le sélectionneur n'a jamais semblé à ce point isolé. S'il avait souhaité dimanche matin, lors du débriefing de la défaite historique de la veille (21-22) devant la presse, se laisser la journée pour trancher, Marc Lièvremont n'a finalement procédé qu'à six changements, fatals avant tout aux trentenaires, Chabal en tête de gondole, parmi les 23 Tricolores qui affronteront le pays de Galles samedi prochain, au stade de France (voir: La génération Chabal paye la note). "Je suis un peu dans l'impasse, même si beaucoup vont prétendre que les solutions évidentes existent", a reconnu le sélectionneur tricolore dans un vibrant mea culpa. "Je suis un peu désabusé et je vais faire le tour de la question, il y aura des changements qui vont paraître injustes, mais malgré tout il reste un match à gagner. (...) Ce qui est certain, c'est que je m'étais engagé les yeux dans les yeux vis-à-vis d'un certain nombre d'entre eux qu'ils seraient à la Coupe du monde. Tout ça est remis en question, on repart de zéro, toutes les cartes sont redistribuées. Je me sens obligé de faire un exemple." Et cet aveu, terrible, face à une salle de journalistes comme pétrifiée: "Peut-être me suis-je trompé... Même si j'avais été le seul à le voir, j'avais trouvé dans nos trois premiers matches des motifs de satisfaction (...) Le contenu du match de samedi vous donne raison, à savoir que la Coupe du monde démarre le 28 juin, on aura deux mois pour la préparer et on part de rien, ou pas grand-chose... Ceci dit, il faudra bien envoyer trente mecs. Si j'en juge d'après les performances de l'équipe de France A au mois de juin, qui ont été extrêmement décevantes, et les prestations de certains en Top 14, je suis un petit peu dans l'impasse." Un aveu répété, qui laisse sans voix. Lièvremont: " Les joueurs manquent de courage (...) Il y a une forme de lâcheté" A trop vouloir protéger certains, Lièvremont a sans doute placé ses joueurs dans un trop grand confort. Ce fameux groupe qui finalement se laisse vivre et que Lièvremont dépeint au vitriol. "On s'est trahi, ou ils se sont trahis eux-mêmes, ou le maillot qu'ils portent. Je ne sais pas ce dont ils ont besoin... Quand je vois les noms, le nombre de sélections, l'expérience et les enjeux autour de ce match, il y a de quoi être un peu déçu quand même." La rupture semble cette fois consommée pour de bon entre les joueurs et un coach désabusé d'être ainsi remercié par ceux qu'il avait défendu après l'Australie. "Les joueurs manquent de courage, ce sont de bons garçons, mais quand on perd les duels comme on l'a fait hier, il y a une forme de lâcheté. Est-ce qu'il faut s'en inquiéter ? Je ne sais pas si ça tient à la nouvelle génération..." Sans plus aucune certitude, l'homme est perdu, à l'évidence, et avoue ne plus pouvoir compter que sur son capitaine: "Thierry se bat, c'est un capitaine de combat, je pense qu'ils l'ont trahi lui aussi sur le terrain, donc comment avoir confiance..." Cette relation de confiance n'est à l'écouter plus qu'une vue de l'esprit. A l'image de la réaction de ses joueurs, mis au courant de cette remise à zéro des compteurs: "Le calme plat, comme d'habitude..." Face à un tel constat d'échec, n'est-il pas tenté de pousser sa logique à l'extrême et de laisser ce groupe s'assumer face aux Gallois ? Là aussi, sa réponse fait froid dans le dos: "L'autogestion ? Je ne suis pas sûr qu'ils en soient capables... Je leur laisserais bien quelques montages vidéos des Gallois en leur disant: "Débrouillez-vous et faites ce que vous voulez. Puisque c'est ce que vous faites sur le terrain..." Ce ne sera pas le cas parce qu'ils n'en sont pas capables." On l'imagine au comble de l'exaspération lorsqu'il a découvert les propos de certains, osant évoquer une fois encore le projet de jeu: "Quand on a le culot ou le courage, ou une forme de bêtise, voire de lâcheté - je ne sais pas ce que c'est - de revenir sur le projet de jeu après un tel brouillon, ça aussi, ça dépasse l'entendement." Une forme de lâcheté à ses yeux: "Dans les réactions d'après-match, ils l'ont été aussi..." S'estimant donc trahi et à l'évidence blessé, Lièvremont n'envisage pas une seconde claquer la porte: "J'ai encore envie de me battre... différemment." Et toujours ce même constat, lancinant: Des solutions sur les hommes, il n'y en a pas 10 000." Dès lors, maintenant, il l'avoue: "Tout est possible..." Et à la question posée de savoir si certains ont, samedi face aux Italiens, porté le maillot bleu pour la dernière fois, il répond, lapidaire: "Certainement..."