Sauve qui peut !

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S'ils ont un minimum d'amour-propre et de fierté, alors les joueurs de l'équipe de France n'ont d'autre choix que de quitter le Tournoi des Six Nations ce samedi, au Stade de France, face au Pays de Galles, sur une victoire. Face à un adversaire vainqueur de ses trois derniers matches, les Bleus, mais aussi leur entraîneur Marc Lièvremont, voué aux gémonies, sont dos au mur.

S'ils ont un minimum d'amour-propre et de fierté, alors les joueurs de l'équipe de France n'ont d'autre choix que de quitter le Tournoi des Six Nations ce samedi, au Stade de France, face au Pays de Galles, sur une victoire. Face à un adversaire vainqueur de ses trois derniers matches, les Bleus, mais aussi leur entraîneur Marc Lièvremont, voué aux gémonies, sont dos au mur. Autant l'annoncer, en préambule, rien, pas même un triomphe... romain ce samedi soir, au Stade de France face au Pays de Galles ne saurait effacer le triste spectacle qu'ont offert les Bleus de France il y a une semaine, en Italie. La défaite fait partie, quoi qu'il arrive, de notre histoire, confirme William Servat, l'oeil noir. Mais les défaites d'hier préparent aux victoires de demain... Alors cette équipe de France prépare sacrément son affaire à six mois de la Coupe du monde... Elle qui en un an est parvenue à dilapider le crédit d'un Grand Chelem, doublé du prestige d'avoir battus les All Blacks à Dunedin et les Boks à Toulouse en 2009, pour concéder à intervalles réguliers une série de déroutes face aux Springboks et aux Pumas en juin, entrecoupée de deux victoires sur l'Argentine et les Fidji et une autre débâcle face aux Wallabies en novembre, deux victoires sur l'Ecosse et l'Irlande, et deux défaites face à l'Angleterre et donc l'Italie, cette année. Rome, une plaie de plus sur le cuir éprouvé du capitaine Thierry Dusautoir et de ses joueurs, devenus les premiers joueurs d'un XV de France défaits dans la capitale italienne en douze rencontres depuis que l'Italie a été admise dans le Tournoi en l'an 2000... Le match de trop en quelque sorte. Le Tournoi déjà classé Celui qui aura fait sortir de ses gonds un Marc Lièvremont, dont les paroles prononcées sous le coup de l'émotion, bien que dénonçant la réalité crue et coupable de la démission de toute une équipe, n'auront fait que fragiliser un peu plus un sélectionneur sur la sellette depuis la déculottée face à l'Australie. On imaginait un groupe au bord de l'implosion et c'est finalement une semaine placée sous le signe de la paix des braves qui a vu les uns et les autres multiplier les actes de contrition et d'autocritiques, parfois à la limite de la flagellation publique... Tous coupables d'avoir trahi les consignes de leur coach et d'avoir provoqué le sacrifice de cinq des leurs sur fond de menace de "repartir à zéro" et de "rebattre les cartes", autrement dit de revenir sur les promesses de sélection pour le Mondial faites à un groupe enfin constitué. La menace d'avoir "joué leur dernier match, sans doute, peut-être, en équipe de France" a fait vaciller les plus endurcis des joueurs. D'autant que certains, parce que trentenaires, savent que leur horizon international n'ira pas beaucoup plus loin que la Coupe du monde de l'automne. La purge annoncée n'est pas venue. Dix des quinze titulaires contre l'Italie ont été maintenus, un a été rétrogradé (Huget), trois remplaçants ont été promus (Traille, Domingo, Harinordoquy), quatre sont restés sur le banc (Guirado, Ducalcon, Tomas, deux nouveaux sont arrivés dans le XV (Palisson, Marty), trois autres sur le banc (Papé, Estebanez, Lapandry). Marc Lièvremont n'avait pas assez de cartes pour les rebattre toutes et refaire la donne. "Je ne vais pas sortir 30 joueurs complètement inconnus d'ici la Coupe du monde", a-t-il reconnu. Les cinq rappelés faisaient partie du sérail élargi pour avoir participé au Tournoi ou aux tournées de 2010 ou avoir fait partie du premier groupe de 30 pour le Tournoi qui s'achève. Pour atténuer leur disgrâce, les cinq exclus - Sylvain Marconnet, Sébastien Chabal, Yannick Jauzion, Aurélien Rougerie et Clément Poitrenaud - ont été informés qu'ils "peuvent, bien sûr, toujours espérer faire la Coupe du monde". En revenant sur "ses propos sans appel", selon sa propre expression, Marc Lièvremont, dont le "Je regrette" vécu en externe comme une reculade, aurait finalement remporté l'adhésion de ses joueurs, a placé ce match "sous le signe de l'honneur et du rachat". Lièvremont s'est fait une raison "Les atouts pour gagner dans ces conditions, c'est toujours une forme de révolte et de colère", confirme Lièvremont. Quand le seul Français au coeur d'Italien à Rome, selon les dires de son coach, Julien Bonnaire lâche comme une promesse: "Il nous reste un match à jouer, il faut le gagner et on en a largement les moyens". Il faut quelque part en accepter l'augure même si les Gallois, sur la lancée de trois victoires sur l'Ecosse, l'Italie et l'Irlande après leur défaite face à l'Angleterre, qui les laissent en course pour le titre (*), s'annoncent comme un adversaire bien plus redoutable que les Italiens. Reste à savoir ce qui se passera si la France gagne samedi et décroche la deuxième place du Tournoi derrière l'Angleterre. Selon toute vraisemblance, Marc Lièvremont annoncera mi-mai une liste de 30 sélectionnés pour la Coupe du monde qui ressemblera, avec quelques aménagements, à celle du Tournoi. Il comptera ensuite sur les deux mois de préparation estivale pour faire le travail en jachère depuis trois ans. Le paradoxe est que la perspective pourrait être la même en cas d'une défaite que personne ne peut exclure. Avec, cependant, pour compliquer encore la situation, le grondement de la colère des supporters et de la presse et peut-être une levée de boucliers de tout ce que le rugby français compte d'experts, légitimes ou pas. Car Lièvremont l'a bien compris: "Je me suis fait une raison sur le climat dans lequel on va préparer cette Coupe du monde, en tout cas le climat externe..." (*) Le Pays de Galles peut remporter le Tournoi si à sa victoire à Paris se combine un revers anglais à Dublin, et si les deux scores renversent une différence de +42 points largement favorable aux Anglais.