Rougerie, cheval cadré

  • A
  • A
Rougerie, cheval cadré
Partagez sur :

Le premier match des Bleus en Coupe du monde face au Japon approche à grands pas et notre site poursuit sa série de portraits des joueurs du XV de France. Revenu à temps d'une fracture de la malléole pour jouer à bientôt 31 ans sa troisième Coupe du monde, Aurélien Rougerie, s'il fait figure de miraculé, doit aussi endosser en Nouvelle-Zélande un rôle de leader des lignes arrières.

Le premier match des Bleus en Coupe du monde face au Japon approche à grands pas et notre site poursuit sa série de portraits des joueurs du XV de France. Revenu à temps d'une fracture de la malléole pour jouer à bientôt 31 ans sa troisième Coupe du monde, Aurélien Rougerie, s'il fait figure de miraculé, doit aussi endosser en Nouvelle-Zélande un rôle de leader des lignes arrières. C'est d'abord un timbre de voix. Un peu voilé, un brin éraillé. Aurélien Rougerie gardera à jamais les stigmates de sa carrière de joueur professionnel. La faute à cette agression du talonneur anglais Phil Greening qui, en 2002, à l'occasion d'un match amical qui n'en avait que le nom face aux Wasps, laisse le Clermontois, 22 ans et en pleine progression à l'époque, le larynx, les cordes vocales et la trachée écrasés. Alors qu'il attend toujours de toucher les indemnités que lui doit l'Anglais indélicat, "Roro" de Clermont va se relever, non sans mal, pour reprendre son ascension, lui dont la frimousse a surgi dans le paysage de l'équipe de France un an plus tôt à l'occasion d'un "crunch" enlevé et emballé par une nouvelle vague promue par Bernard Laporte. Au milieu des Traille, Jauzion, Harinordoquy, Poitrenaud et autre Michalak, Rougerie, jeune finaliste du championnat, prend son envol... Neuf ans plus tard et c'est une autre blessure qui une fois encore est toute proche de faucher celui qui entre temps est devenu l'un des tauliers du rugby français, capitaine emblématique de son club de toujours, l'ASM Clermont Auvergne. Le 7 mai dernier, une fracture de la malléole de la cheville gauche, avec arrachement des ligaments, lors de la dernière journée de la saison régulière du Top 14, semble devoir briser son ambition de participer à sa troisième Coupe du monde. Sélectionné malgré tout par Marc Lièvremont, Rougerie va gagner son pari, bluffer le corps médical comme ses partenaires, pour revenir à temps et rendre la confiance mise en lui par le sélectionneur. "Aurélien, c'est un athlète, il a ce profil, même avec cette blessure, lorsqu'il nous a rejoints en cours de préparation, il était déjà sec, il était déjà prêt, on sait qu'il a un mental exceptionnel et qu'il se connaît bien, donc je dirais que je ne suis pas surpris. Quand il me dit qu'il est prêt, c'est vrai. Ce qui n'est pas le cas de tous les joueurs..." Des propos qui font suite à la rentrée de l'intéressé le 20 août dernier, à Dublin, où il apparaît, ni plus ni moins, comme l'un des meilleurs Français ce jour-là sur la pelouse de l'Aviva Stadium. "Le Cube" et "les Demoiselles" Rougerie est de retour. Un miracle pour les uns, une certitude gardée chevillée au corps pour le fiston de Jacques, dit "le Cube" - pilier de l'AS Montferrandaise dans les années 70 et sélectionné une fois face au... Japon - et de Christine Dulac, l'une des fameuses demoiselles de Clermont, qui sévissent à la même époque, retenue 168 fois en équipe de France de basket : autant dire que dans la famille, on connaît l'exigence du haut niveau et les sacrifices qui vont avec. Ceux qui vont mener cet enfant du pays presque naturellement tant il incarne sa région au capitanat de l'ASM dès 2005. D'abord pour le pire quand il échoue à trois reprises consécutives en finale du Top 14, de 2007 à 2009 (soit un total de quatre finales perdues après 2001), puis pour le meilleur avec ce Brennus enfin rapporté Place de Jaude en 2010. Son histoire en bleu s'avère elle aussi contrariée, à commencer par cette fichue blessure à la gorge, qui le freine dans sa progression, même si l'ailier d'alors sait bénéficier à l'époque de la confiance du sélectionneur. Laporte qui à son sujet s'exclamera en plein Tournoi: "Arrêtez de bader l'Anglais Ben Cohen, on a Rougerie: c'est un cheval !" Et lui offre une première Coupe du monde que le Clermontois traverse sans pouvoir réellement convaincre, avant d'être écarté à l'occasion du Grand Chelem en 2004. C'est le temps de vaches maigres toutes relatives puisqu'il reste un familier de la sélection, qui doit se mesurer à la concurrence des Clerc, son rival le plus dangereux à droite, Dominici et autre Heymans. On lui reproche des lacunes en défense et plus encore sa difficulté à continuer à faire vivre le ballon. Deux déroutes face aux Blacks à l'automne 2006 le renvoient au frigo, le privent d'un nouveau Tournoi en suivant, sans pourtant l'empêcher de s'envoler pour une deuxième Coupe du monde en 2007. Une compétition qu'il traverse une fois encore en anonyme, absent du quart de finale victorieux de Cardiff face aux Blacks, puis de la demi-finale perdue contre l'Angleterre. Le début de l'ère Lièvremont ne semble pas devoir le ramener en grâce jusqu'à ce que les sélectionneurs s'intéressent à son nouveau profil de deuxième centre adopté en club. Presqu'une nouvelle carrière qui s'ouvre à lui, même s'il rate le Grand Chelem 2010 suite à un KO en ouverture contre l'Ecosse. Sa dernière titularisation à l'aile en Afrique du Sud, lors de la tournée d'été, lui vaut un 22e essai en bleu - 8e meilleur marqueur à égalité avec Clerc - mais a le goût des adieux à un poste qui n'est plus le sien. Dans le paysage toujours aussi flou des lignes arrières tricolores, Rougerie est devenu la rare valeur sûre du jeu français au milieu de terrain. Un statut à assumer en Nouvelle-Zélande. A suivre mardi: Romain MILLO-CHLUSKI