Rougerie, capitaine optimiste

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Rougerie, capitaine optimiste
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Marc Lièvremont a vaincu ses préjugés pour faire en l'absence de Thierry Dusautoir, laissé au repos, d'Aurélien Rougerie son nouveau capitaine de l'équipe de France missionné pour mener les Bleus face au Canada dimanche, à Napier. La reconnaissance d'un talent, replacé pour l'occasion à l'aile, mais aussi d'un caractère hors normes au sein du groupe France.

Marc Lièvremont a vaincu ses préjugés pour faire en l'absence de Thierry Dusautoir, laissé au repos, d'Aurélien Rougerie son nouveau capitaine de l'équipe de France missionné pour mener les Bleus face au Canada dimanche, à Napier. La reconnaissance d'un talent, replacé pour l'occasion à l'aile, mais aussi d'un caractère hors normes au sein du groupe France. C'est d'abord l'histoire d'un malentendu, à l'origine d'une brouille, qui aurait pu signer la fin de carrière internationale de l'un des internationaux français les plus emblématiques de sa génération. Marc Lièvremont l'avoue encore aujourd'hui bien volontiers: si le talent du joueur est incontestable aux yeux du sélectionneur national, Aurélien Rougerie (30 ans, 63 sélections) ne l'a d'abord pas convaincu en tant que leader. La faute aussi à cet acte de défiance du Clermontois qui, en juin 2009, au lendemain d'une finale du Top 14 jouée et perdue face à l'Usap, préfère renoncer à la tournée du XV de France dans l'hémisphère sud en prétextant une usure physique. Le quiproquo va durer... Un an et demi de frigo sans que Rougerie ne retrouve les Bleus. "On en a parlé ensemble. J'avais déjà évoqué mes doutes dans le passé sur son capitanat, je le trouvais moins mature qu'aujourd'hui, explique Lièvremont à son sujet, avant d'enchaîner, et depuis trois ans, il m'a convaincu. C'est un joueur important, qui rassure, c'est un mec positif. Il m'a semblé assez évident que ce soit Aurélien." Il n'y a donc que les imbéciles qui ne changent pas d'avis et Marc Lièvremont, qui a toujours la franchise de reconnaître ses erreurs ou ses mauvais choix, a choisi d'introniser "Roro" de Clermont dans ce costume du capitaine que délaisse le temps d'un match Thierry Dusautoir laissé au repos. Un statut que l'intéressé aborde, fidèle à lui-même, en toute décontraction. Il faut dire que le brassard, Rougerie connaît pour l'assumer avec autorité et bonheur en club depuis maintenant six saisons. Alors chez les Bleus, la fonction l'inspire forcément. "C'est un grand bonheur et une grande fierté que d'être le capitaine de tous ceux qui vont représenter le pays, même si ça ne dure qu'une semaine parce que « Titi » est quand même bien dans ce rôle-là. Je vais pleinement savourer et en profiter un maximum. Je vais tout faire pour que, non pas que ça se passe bien pour moi, mais que cela se passe bien pour le groupe." Rougerie: "Lièvremont avait pris mon forfait comme un moment de lâcheté" Rougerie revient de loin à plus d'un titre. Avec le sélectionneur tout d'abord, on l'aura compris... "Nous ne sommes pas partis sur des bonnes bases. Il (Lièvremont) avait pris mon forfait comme un moment de lâcheté. J'ai eu un trou d'un an et demi en Bleu. Cela ne m'a pas déplu car cela m'a permis de me recentrer sur mon défi en club de jouer centre". Après 57 sélections à l'aile, Rougerie s'est rendu indispensable au sein de l'attaque tricolore depuis ses premiers pas au centre face à l'Argentine (15-9), à Montpellier, en novembre dernier, mais aussi dans la vie du groupe. Surtout, Le joueur clermontois a affiché un "optimisme" sans faille tout au long de la préparation estivale pour être sur pied après une blessure, une fracture de la malléole gauche, fin avril, qui aurait dû le priver de Coupe du monde. " Oui, j'aime positiver. Je ne cherche pas le négatif parce que ça m'enfonce, je suis plutôt un garçon optimiste de nature", souligne-t-il. Une bonne dose d'optimisme, il en fallait en effet pour croire encore dur comme fer à l'aventure néo-zélandaise en juin dernier quand sa cheville faisait encore le double de son volume... Ainsi va Rougerie, gros moral et gros caractère, qui n'hésite jamais à imposer sa voix éraillée. "Je parle déjà pas mal de manière naturelle. Ça me permet de m'extérioriser." Un registre totalement différent d'un Dusautoir, même si le Clermontois consent que c'est la charge de capitaine qui lui a permis de se libérer: "Le capitanat m'a permis de m'ouvrir, de me remettre en question. Avant j'étais un peu timide, pas vraiment muet, plutôt discret. Ce rôle a été important sur le terrain et dans ma vie d'homme, surtout. J'ai appris à écouter les autres. A parler, échanger, entrer dans la tête des bonshommes." Une ouverture aux autres qui, dans un groupe réputé en manque de leaders, n'a pas échappé à Lièvremont, forcément sensible à la prise de parole de Rougerie après la déroute face aux Australiens (16-59) en novembre dernier. "Oui, j'ai ouvert la gueule après ce revers cinglant. J'avais besoin de m'exprimer. J'ai pris la parole, ce que je fais aisément et pas toujours à bon escient". Sa légitimité est pourtant toute trouvée aux yeux du staff qui n'hésite pas à en faire le seul Tricolore à enchaîner une troisième titularisation de rang. Mais après deux capes au centre, le revoilà bombardé à l'aile. Pas de quoi l'émouvoir outre mesure: "J'ai joué dix ans à l'aile. Cela ne s'oublie pas, c'est comme le vélo".