Rougerie à tout casser

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Rougerie à tout casser
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Remis à temps d'une facture de la malléole pour disputer en Nouvelle-Zélande sa troisième Coupe du monde, Aurélien Rougerie se bat cette semaine contre une luxation de l'épaule pour honorer sa titularisation face à l'Angleterre en quart de finale de la compétition. Un rendez-vous que le trois-quarts centre ne veut rater à aucun prix, soucieux d'effacer un début de tournoi loin de le satisfaire. "J'ai l'opportunité de montrer autre chose...", dit le Clermontois.

Remis à temps d'une facture de la malléole pour disputer en Nouvelle-Zélande sa troisième Coupe du monde, Aurélien Rougerie se bat cette semaine contre une luxation de l'épaule pour honorer sa titularisation face à l'Angleterre en quart de finale de la compétition. Un rendez-vous que le trois-quarts centre ne veut rater à aucun prix, soucieux d'effacer un début de tournoi loin de le satisfaire. "J'ai l'opportunité de montrer autre chose...", dit le Clermontois. Tant d'efforts, et pourquoi ? Plus qu'aucun autre Tricolore sans doute, Aurélien Rougerie promène sa frustration, à fleur de peau, dans le hall de l'hôtel des Bleus d'Auckland. Lui qui a consenti tant et tant pour se relever de cette fracture de la malléole, qui semblait devoir le terrasser à la veille du coup d'envoi de la préparation des Bleus, est en train de passer à côté de sa troisième Coupe du monde. A tout juste 31 ans -il les fêtés la semaine dernière- cette seule pensée est insupportable au capitaine clermontois, qui sait qu'il n'y aura probablement pas de quatrième rappel. Le constat s'impose pourtant de lui-même: désigné comme capitaine des lignes arrières de ce XV de France, "Roro" est loin d'avoir assumé ses responsabilités, enchaînant le matches quelconques, voire même anonymes, quand Marc Lièvremont lui renouvelait pourtant sa confiance en lui confiant le brassard de Thierry Dusautoir face au Canada. Jusqu'au fiasco des Tonga. Une autre blessure, au propre comme au figuré, pour le trois-quarts centre, qui quittera la galère tricolore à l'heure de jeu, vaincu sur un déblayage tongien, qui lui laisse l'épaule gauche en capilotade. On a d'abord craint le pire avec cette luxation annoncée, mais Rougerie est toujours là, reconduit même en tant que titulaire par un Lièvremont, qui se range avant tout à l'avis médical : le joueur est apte. "Ma santé ne va pas trop mal, assure d'ailleurs l'intéressé, victime d'une contusion avec luxation acromio-claviculaire de stade 1, qui ne l'a pas empêché dès mercredi de retrouver le chemin de l'entraînement. Rougerie: "Aujourd'hui, on a le nez dans notre caca..." En conférence de presse, son retard -pour lequel il ne manquera pas de s'excuser- ses réponses, plus laconiques que jamais, pourraient passer pour de la provocation ou une indifférence malvenue dans un tel contexte. Lui-même l'avoue volontiers: "Aujourd'hui, je ne serai pas un bon client... A quoi bon s'épancher quand l'évidence s'impose d'elle-même: "J'ai l'opportunité de montrer autre chose, donc j'espère que le timing sera bon. Je me bats encore avec moi-même depuis cinq mois, ça continue..." On s'interroge sur l'éventuel risque qu'il prendrait à vouloir s'aligner coûte que coûte samedi, au coup d'envoi, face aux Anglais, au risque de compromettre la suite de sa carrière, la réponse fuse: "Mon futur immédiat, c'est de préparer un quart de finale de Coupe du monde." La volonté de Lièvremont de voir ses joueurs s'emparer enfin de leur destin ? "Une évidence", à ses yeux. Plus question de se cacher et, même s'il avoue souffrir, l'heure n'est pas aux jérémiades: "Ce n'est pas avec le rugby qu'on a produit la semaine dernière et peut-être les semaines précédentes aussi qu'on peut se sentir à court physiquement, consent-il. Je pense qu'on ne donne pas assez pour être à nos limites physiques. [...] Après, certainement de manière inconsciente, ça baisse de régime puisque je constate que le coaching prend effet au bout d'une heure ou soixante-dix minutes, donc c'est bien que j'ai un peu de retard par rapport aux autres. Mais c'était induit dans les règles au départ parce que j'avais déjà beaucoup de retard. Je suis malgré tout content d'être là, mais j'aimerais que ça prenne une toute autre tournure samedi." Lièvremont lui en donne l'occasion. Une nouvelle marque de confiance, même s'il avoue encore: "Ça me touche, mais je suis assez remonté par rapport à mes performances récentes ; je n'ai pas besoin de ça pour que je pense être au rendez-vous samedi." C'est dans sa fierté et son orgueil que Rougerie, qui n'en manque pas, comme tout grand compétiteur qui se respecte, est blessé. " Bien sûr qu'on a eu honte, qui ne l'a pas eu... Aujourd'hui, on a le nez dans notre caca. On est en difficultés. Il faut se remettre en selle. [...] On a une semaine pour changer le cours des choses. La réponse est toute trouvée, on a hâte d'être samedi pour prouver que l'équipe de France a du coeur, une âme." Et même abîmés, encore deux bras, deux jambes pour bouter l'Anglais.