Riou: "Prêt à repartir"

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Riou: "Prêt à repartir"
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Contraint à l'abandon sur la Transat Jacque-Vabre, la faute à la casse d'une cloison étanche dans la soute à voiles de PRB, Vincent Riou sera bien au départ lundi la Transat BtoB, transat en solitaire qui servira de répétition en vue du Vendée Globe, et, pour certains, de qualification. Le vainqueur du Vendée Globe 2004 veut profiter de cette remontée rapide en selle pour repartir de l'avant à un an du rendez-vous des Sables d'Olonne.

Contraint à l'abandon sur la Transat Jacque-Vabre, la faute à la casse d'une cloison étanche dans la soute à voiles de PRB, Vincent Riou sera bien au départ lundi la Transat BtoB, transat en solitaire qui servira de répétition en vue du Vendée Globe, et, pour certains, de qualification. Le vainqueur du Vendée Globe 2004 veut profiter de cette remontée rapide en selle pour repartir de l'avant à un an du rendez-vous des Sables d'Olonne. Vincent, avez-vous identifié la cause de la casse de cette cloison étanche dans la soute à voiles de votre monocoque à l'origine de votre abandon sur la Transat Jacques-Vabre ? Cet abandon a été une grosse déception pour moi parce que j'avais vraiment soif de naviguer. On a commencé par faire le point sur la casse car il faut toujours essayer de comprendre le pourquoi du comment avant de réparer bêtement. On a effectivement trouvé quelques défauts de construction dans cette cloison. Ces petits défauts occasionnaient un point sensible donc on s'est appliqué à réparer ça correctement et à expertiser le reste de l'environnement pour être sûr qu'il n'y ait pas d'autres défauts. Et puis, tant qu'à faire, on a fait une réparation un peu plus solide pour dormir sur nos deux oreilles. Vous serez donc à la barre d'un bateau fiabilisé à 100% ? Aujourd'hui, on a fait une réparation qui se veut définitive. L'idée, c'était de pouvoir repartir sur cette transatlantique à 100% sans se poser de question et pouvoir faire la dernière validation grandeur nature en solitaire avant le prochain Vendée Globe. On a fait le tour du bateau, on a découvert quelques bricoles mais rien d'important. Le bateau était prêt. On s'est vraiment affairé à ne réparer que la cloison étanche aux Açores et depuis notre arrivée à Saint-Barthélemy, on a démonté le bateau pour en avoir le coeur net et on a trouvé très peu d'autres avaries, à part quelques problèmes sur les appendices (les dérives et la quille) mais qui sont dûs à des rencontres avec des objet flottant non identifié (OFNI). Parce que, que ce soit entre le départ de la Jacques-Vabre et notre abandon ou entre les Açores et Saint-Barthélemy, on a fait la rencontre de pas mal de ces objets. Quels changements avez-vous effectués sur le bateau pour le passer en configuration solo ? On n'a pas fait grand-chose, on a principalement amené un nouveau pilote automatique pour en avoir deux en cas de problèmes sur le premier. Et on a changé la configuration des voiles, on n'a pas tout à fait les mêmes voiles pour faire du solitaire que pour faire du double. Pour être concret, on a juste changé une voile en faisant un échange standard. Peu de choses au final. "J'espère qu'on a fait le tour sur ce qui pouvait arriver avec ce bateau" Entre la réparation, le check-up du bateau et cette préparation pour le solo, avez-vous eu le temps de digérer votre abandon ? Je ne rumine pas. On est dans un métier où ce genre de choses fait partie de notre vie. Il faut apprendre à l'accepter. Et redémarrer à chaque fois. Voilà, on est prêt à repartir, concentré sur l'avenir. Je suis focalisé sur cette transatlantique retour. Quel est votre objectif sur cette course ? L'objectif est toujours le même et commun à tous les concurrents, c'est d'abord de finir la course. Et puis le deuxième, c'est d'essayer de la gagner. Ma chance, après cet abandon sur la Transat Jacques-Vabre, est de pouvoir remonter directement en selle. Je vais essayer de profiter de cette opportunité pour tenter déjà de passer un bon moment en mer et puis de gagner. Vous avez aussi peut-être un peu plus faim que d'autres, non ? Peut-être... Mais ce n'est pas dit. Un compétiteur reste un compétiteur. Ceux qui ont fait un résultat sur la Jacques-Vabre y ont pris goût et n'ont pas l'intention de faire de la figuration ici. Tout le monde va se battre. Avez-vous eu le temps, après votre abandon, de suivre la Transat Jacque-Vabre en simple spectateur ? Oui, j'ai suivi la transat au quotidien pendant mon convoyage entre les Açores et Saint-Barthélemy. C'était une course intéressante, surtout pour la troisième place où il y a eu un peu de bagarre. C'était sympa à suivre. Ça m'a permis d'observer un peu la concurrence, même si ce n'est jamais pareil que lorsqu'on est au coeur de l'action et qu'on vit les mêmes choses que les autres concurrents. Je n'étais qu'un simple spectateur. Qu'avez-vous retenu des premiers jours de course jusqu'à votre abandon ? On a eu le temps de se jauger par rapport aux autres et d'avoir une très bonne impression du bateau. On a fait un début de course un peu particulier puisqu'on est allé chercher du vent au nord de la Manche et il s'est passé tout l'inverse. Donc il a fallu changer d'avis en cours de route et rejoindre le groupe positionné plus au sud. Lors des trois premiers jours de course, on a pu naviguer au contact des autres bateaux, notamment Virbac-Paprec, et on a pu constater qu'en termes de performances brutes, on était plutôt à l'aise. Ce que l'on pensait depuis le début de l'année se confirme, reste à faire en sorte d'arriver au bout (sourire) et de suivre une belle trajectoire, car ça reste l'une des clés de la réussite. Ce qu'a très bien fait sur cette Transat Jacque-Vabre Jean-Pierre Dick, déjà vainqueur en début d'année de la Barcelona World Race. Est-il en avance sur la concurrence, notamment en termes de fiabilisation de son bateau ? C'est lui qui a fait le plus de milles avec son bateau donc forcément, il a un avantage sur les autres, ça doit être aujourd'hui l'un des bateaux les plus fiables. Maintenant, on espère ne pas être trop en retard. Ce qui nous est arrivé là, on ne s'y attendait pas. J'espère qu'on a fait le tour sur ce qui pouvait arriver avec ce bateau. Mais ça reste du sport mécanique de compétition, donc on n'est jamais sûr de rien. "Si on ne pense pas au Vendée Globe tous les jours, on ne fait que la moitié de notre travail" Jean-Pierre Dick a déjà annoncé son intention de rejoindre le MOD 70 après le Vendée Globe, comme d'autres anciens solitaires avant lui (Jourdain, Desjoyeaux...). Savez-vous déjà de quoi votre avenir sera fait ? C'est un peu prématuré d'en parler. Effectivement, je n'ai pas forcément envie de faire le Vendée Globe en 2016. Mais mon énergie est concentrée sur la préparation du prochain Vendée Globe. Il y a un temps pour tout. On va d'abord essayer de bien faire les choses et on verra pour la suite. Je ne dis pas que je ne ferai plus de solitaire, j'ai encore envie de faire de l'Imoca mais je regarde, comme tout le monde, le MOD 70. C'est une série intéressante, mais j'attends un peu de voir comment ça va démarrer parce que, contrairement à tous les skippers français qui ont rejoint ce circuit, je n'amènerai pas mon partenaire (PRB) faire du MOD 70, parce que je pense que ce n'est pas adapté aux besoins de cette entreprise. Donc si je veux rejoindre mes camarades, il faudra que je trouve un sponsor. Et pour trouver un sponsor, il faut que le circuit existe pour mettre des chiffres en face. Donc il faudra être un peu patient et attendre un an ou deux pour savoir quelles seront les retombées de ce circuit très prometteur et passionnant pour nous compétiteurs. Restons sur votre objectif, le Vendée Globe qui ne compte aujourd'hui qu'une quinzaine d'engagés. Que vous inspire la situation de certains de vos camarades qui, comme Jérémie Béyou ou Jean Le Cam, n'arrivent pas à boucler leur budget ? Le bilan n'est pas catastrophique au vu de la situation économique. Le contexte était très différent il y a quatre ans (30 bateaux étaient au départ, ndlr). Mais je suis super désolé pour des gens comme Jérémie qui, cette année, a fait un parcours exceptionnel (vainqueur de la Solitaire du Figaro et de la Transat Jacques-Vabre). C'est dommage que de grands sportifs comme lui ne soient pas au départ du Vendée Globe. Il y a certes le contexte économique, mais je trouve que le mérite devrait aussi fonctionner. Ce n'est pas simple d'être un sportif de haut niveau comme Jérémie, c'est beaucoup de travail, beaucoup d'engagement, beaucoup de talent aussi. Nous, marins, on aimerait bien de temps en temps que ce talent soit récompensé. D'autant que plus on est de fous plus on rit, non ? C'est sûr que c'est plus sympa d'avoir un maximum de concurrents sur l'eau. Mais c'est surtout dommage que des gens compétents et qualifiés restent sur le quai. Ça ne fait plaisir à personne. Pensez-vous déjà au départ de ce tour du monde ? Clairement, j'y pense déjà. Pour moi, le Vendée Globe, c'est demain. J'y pense tous les jours parce que c'est l'objectif de notre projet. Et ça nous habite pendant quatre ans. D'ailleurs, si on n'y pense pas tous les jours, on ne fait que la moitié de notre travail.