Résistance catalane

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Résistance catalane
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A ses déboires en championnat et ses coups du sort, l'Usap a su répondre par une force de caractère, qui conduit aujourd'hui Nicolas Mas et ses coéquipiers dans le dernier carré de la H Cup sans pour autant abdiquer leurs derniers espoirs en Top 14. Un esprit de corps indéniable pour un groupe catalan qui ne renie pas le parallèle avec la saison 2009, celle du Brennus.

A ses déboires en championnat et ses coups du sort, l'Usap a su répondre par une force de caractère, qui conduit aujourd'hui Nicolas Mas et ses coéquipiers dans le dernier carré de la H Cup sans pour autant abdiquer leurs derniers espoirs en Top 14. Un esprit de corps indéniable pour un groupe catalan qui ne renie pas le parallèle avec la saison 2009, celle du Brennus. D'abord une image. Celle d'un Perry Freshwater, doyen du vestiaire perpignanais (voir par ailleurs), dont l'essai inscrit avec la rage et la force de ses 37 printemps samedi, là-haut sur cette inoubliable colline de Montjuich, symbolise à lui seul, ou presque, la valeur première de cette Usap revenue de nulle part. De mémoire de joueur catalan, on n'a pas de souvenir d'un tel renversement de tendance dans l'histoire récente: "Dans un match de phase finale, je ne crois pas...", lâche le buteur Jérôme Porical, pur produit Usap et déjà mémoire de ce groupe à seulement 25 ans. "J'ai vécu une semaine compliquée évidemment", avoue le jeune buteur sang et or, capable de se relever de son échec à la dernière minute du match face à Toulouse, de surmonter la fébrilité contagieuse de son équipe samedi, dans la fournaise du stade olympique pour inscrire 19 points. "La semaine dernière, j'avais la possibilité de faire gagner mon équipe et malheureusement, c'est passé à côté. Ce n'est pas la semaine la plus agréable que j'ai passée. On est compétiteur et on a envie de faire gagner son équipe." Porical, comme le symbole d'une équipe qui vacille, malmenée et même distancée en championnat, donnée perdue depuis des mois, mais qui s'acharne à ne jamais baisser les bras et parvient à resurgir quand on ne l'attend plus. Parlez-en aux Toulonnais, qui s'imaginaient sans doute avoir fait le plus dur en inscrivant le premier essai de ce quart de finale barcelonais juste avant la pause pour rejoindre les vestiaires avec un avantage de cinq points au tableau d'affichage. C'était mal connaître ces Catalans, animés d'une solidarité sans faille, mais armés aussi d'une expérience si précieuse dans ces grands rendez-vous. Cette maturité collective, dont Joe Van Niekerk, le capitaine toulonnais, regrettait qu'elle ne soit pas encore l'apanage de Toulon. "On a vécu de grandes choses ensemble et on a envie d'en revivre", ajoute encore Porical, comme une évidence. Porical: "Parce qu'ils ont confiance en moi..." L'Usap se connaît par coeur et en tire une force impressionnante, qui lui permet de se tirer des plus mauvais pas et d'encaisser les coups du sort à répétition, qui saison après saison amputent son vestiaire de ses meilleurs éléments. "C'est surtout les fluctuations qu'on a eues dans notre effectif qui ont pesé, mais je crois qu'on a du caractère et qu'on va s'en sortir", prophétise Jacques Brunel, plus sorcier que jamais alors qu'il semble se délecter de ses dernières heures passées à la tête de ce groupe catalan. "Il nous manquait là quatre joueurs entre secondes et troisièmes lignes ; malgré cela, on arrive à gérer ces périodes délicates et à avoir ces sursauts. (...) Peut-être que l'expérience a pu jouer, c'est vrai qu'on a accumulé tout un tas de rencontres, d'adversaires et de situations sur lesquelles on a appris à gagner et à prendre confiance. Donc dans ces moments-là, on s'affole sans doute un peu moins." Il est des automatismes, des repères et des affinités qui ne s'acquièrent pas du jour au lendemain. Ce dont Philippe Saint-André, n'en déplaise à son président, convenait le premier: "Un équipe de très haut niveau, ça se fabrique en plusieurs années, on a des joueurs d'expérience, mais on manque de maturité collective." Ce qui fait depuis plusieurs saisons maintenant le bonheur d'une Usap à la stabilité revendiquée à la fois par les hommes qui la composent, mais aussi dans ses structures. "Ce groupe vit ensemble depuis un petit moment maintenant et il n'y a pas besoin de grands discours pour se comprendre", confirme le capitaine Nicolas Mas. Et quand un Porical rate la cible, ni panique, ni conciliabule: "Parce qu'ils ont confiance en moi...", lâche tout simplement l'arrière sang et or. Un état d'esprit, un vécu inestimable, comme un trésor, dont Perpignan profite à plein malgré les vents contraires. Et lorsqu'on demande à Jacques Brunel s'il ne décèle pas dans le cru 2010-2011 de l'Usap la même saveur de l'épopée de 2009 quand les Catalans décrochèrent le Brennus, la moustache, qui acquiesce, en frétillerait presque: "Elle est dans la lignée, on reste sur les mêmes caractéristiques. Elle est peut-être cette année pour différentes raisons un peu plus paradoxale. Elle a un peu moins de constance et la preuve, c'est qu'en championnat, on est en poursuite, un peu en galère, mais on est capable d'aller faire six ou sept résultats à l'extérieur, capable de renverser des situations ; un peu plus inconstante, mais capable de grosses performances." La demi-finale, à Milton-Keynes, sur le terrain d'une équipe de Northampton invaincue cette saison en Coupe d'Europe, en réclamera une authentique. Puisque comme le dit Monsieur Freshwater, "C'est bien de gagner, mais ce n'est pas le but. On a juste fait le job."