Redknapp, le patient anglais

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Redknapp, le patient anglais
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A 64 ans, Harry Redknapp vit le plus grand défi de sa carrière. Premier entraîneur anglais à se hisser en quarts de finale de la Ligue des champions depuis Terry Venables en 1986, l'ancien joueur de West Ham a épaté l'Europe et fait tomber l'AC Milan pour retrouver le Real Madrid en quarts. Une épopée née à Berne en barrages mais qui trouve ses racines au fil de sa longue carrière d'entraîneur.

A 64 ans, Harry Redknapp vit le plus grand défi de sa carrière. Premier entraîneur anglais à se hisser en quarts de finale de la Ligue des champions depuis Terry Venables en 1986, l'ancien joueur de West Ham a épaté l'Europe et fait tomber l'AC Milan pour retrouver le Real Madrid en quarts. Une épopée née à Berne en barrages mais qui trouve ses racines au fil de sa longue carrière d'entraîneur. "God save the Swiss !" Berne, théâtre de l'exploit allemand face à la Hongrie en Coupe du monde 1954 (dit "le miracle de Berne"), tient à sa légende. Une histoire que Redknapp peut aujourd'hui saluer après avoir tant souffert sur ce terrain en août dernier. La qualification à l'arraché lui permet de mener l'épopée européenne de Tottenham, sa première dans cette compétition après une carrière essentiellement passée dans des formations de milieu de tableau, et ainsi succéder à Terry Venables, dernier entraîneur anglais à atteindre les quarts de finale. C'était en 1986 sur la route d'une finale perdue avec Barcelone aux tirs au but face au Steaua Bucarest. Rien de tout cela donc sans Berne où les Spurs ne sont pas passés loin d'une élimination en tour de barrages face aux Suisses. Un raté qui aurait fait tâche près de 50 ans après leur seule participation à la C1 (1962). Mené 3-0 après 28 minutes sur le terrain synthétique des Young Boys, Tottenham s'accroche et termine le match à 3-2, avant de décrocher son billet sur la pelouse de White Hart Lane lors du match retour (4-0). Un come-back loin d'être anecdotique puisque Redknapp y a posé les bases du fameux 4-4-1-1 employé depuis à la place du 4-4-2 de Berne, jeté aux oubliettes. Exit le grand Russe Pavlyuchenko et la vitesse de Defoe, place à Crouch seul en pointe devant un milieu renforcé mais loin d'être dépourvu de technique ! Il a lancé J. Cole, Lampard ou Carrick... Cet entrejeu, Redknapp l'a façonné à sa manière, dense mais audacieux comme à West Ham durant les années 90. L'ancien milieu des Hammers (entre 1965 et 1972) y a découvert notamment Joe Cole et Michael Carrick, lançant également dans le grand bain son neveu, un certain Frank Lampard. L'échec à Southampton ne change pas ses convictions, la recette fonctionnant à Portsmouth avec Kranjcar, Muntari ou Kanu pour une victoire en Cup en 2008... Bénéficiant enfin de moyens conséquents au sein d'un club ambitieux, Redknapp a pu passer la vitesse supérieure à Tottenham. Le recrutement de Van der Vaart l'été dernier, alors relégué sur le banc à Madrid, va dans ce sens, permettant à l'Anglais de faire glisser Modric en milieu axial devant le seul milieu récupérateur aligné. Placé en meneur de jeu, Van der Vaart, qui s'apprête donc à retrouver Santiago Bernabeu, peut servir Crouch en bons ballons ou décaler les deux flèches Lennon et Bale, placées sur les ailes. Ces avaleurs d'espaces sont l'une des clés du collectif des Spurs, créant déstabilisation et surnombre à l'image d'un Gareth Bale intenable en phase de poules. Madrid est prévenu mais pourra également écarter le jeu. Cinq matches, cinq défaites face à Mourinho Le système Redknapp a en effet ses limites, une défense encore un peu tendre notamment sur les ailes où le Croate Corluka, vu au Stade de France face aux Bleus la semaine passée (0-0), et l'ancien Lensois Assou-Ekotto s'attendent à souffrir face aux dribbleurs madrilènes. N'ayant jamais gagné face à Mourinho, Redknapp devra ce mardi soir un peu plus associer audace et rigueur défensive, entraperçue face à Milan lors d'un huitième de finale fermé (1-0, 0-0). Nul doute que l'Anglais signerait pour un scénario similaire, peu spectaculaire mais porteur d'espoir pour le retour à White Hart Lane. Un stade tout acquis à la cause d'un homme qui en trois ans a fait passer le club des bas-fonds de Premier League, avec deux points pris en huit matches par son prédécesseur Juande Ramos, au top 8 européen... Idéal pour faire oublier qu'il était durant sa jeunesse un fan d'Arsenal, le rival honni des Spurs !