Quelle image de Marc ?

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Quelle image de Marc ?
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Déjà sans illusion sur sa situation personnelle à l'heure de s'envoler pour la Nouvelle-Zélande, Marc Lièvremont, alors que son équipe se cherche toujours autant sur le terrain, traverse la Coupe du monde à fleur de peau. Ses réactions épidermiques, face à la presse notamment, traduiraient un isolement de plus en plus grand. Vis-à-vis des médias comme de ses joueurs. Et une fuite en avant dangereuse... Mais à qui profite le crime ?

Déjà sans illusion sur sa situation personnelle à l'heure de s'envoler pour la Nouvelle-Zélande, Marc Lièvremont, alors que son équipe se cherche toujours autant sur le terrain, traverse la Coupe du monde à fleur de peau. Ses réactions épidermiques, face à la presse notamment, traduiraient un isolement de plus en plus grand. Vis-à-vis des médias comme de ses joueurs. Et une fuite en avant dangereuse... Mais à qui profite le crime ? Le contexte... On pourra y voir une fin de non retour. De plus en plus palpable depuis bientôt un mois que l'équipe de France a posé le pied en Nouvelle-Zélande, la tension qui a fini par s'établir à chacune des sorties médiatiques de Marc Lièvremont entre le sélectionneur tricolore et une partie de la presse française a sans doute trouvé son apogée dimanche matin, au lendemain de la sévère défaite face aux All Blacks (37-17), dans l'ambiance plus glaciale que jamais du hall de l'hôtel Byron on Spencer de Takapuna. C'est là que se presse, comme au lendemain de chacune des sorties de l'équipe de France dans cette Coupe du monde, l'ensemble des médias nationaux pour le traditionnel débriefing du match de la veille avec le coach des Bleus. Déjà la veille au soir, le coach tricolore a saisi son auditoire, quand interrogé quelques minutes après le coup de sifflet final à l'Eden Park, il répond, devant trois-cents journalistes et en mondiovision, à la question, posée par un journaliste français, consistant à savoir s'il juge son équipe encore capable d'être championne du monde après une telle performance: "Tu m'emmerdes avec ta question, d'accord ? On vient d'en prendre 40, donc elle est tordue... Je l'ai dit: on va penser à la qualification. Ça te va comme ça ?" Quelques heures plus tard, suit donc le débrief', moment rituel, parfois redondant, qui suit de quelques heures à peine cette première conférence de presse, donnée à chaud par le sélectionneur et son capitaine, mais aussi souvent éclairant, à la lumière du premier visionnage vidéo d'une nuit sans sommeil... Une habitude à laquelle Marc Lièvremont, une fois n'est pas coutume, a dérogé. Comme plusieurs de ses joueurs et membres de son staff, qui se sont éparpillés dans la nuit d'Auckland, il a profité de l'arrivée de sa compagne et de ses proches pour s'octroyer un moment d'intimité et c'est donc sans avoir pu lui-même débriefer avec son groupe qu'il se présente face à la meute médiatique, avide de comprendre les raisons de l'échec de la veille. Le décor est planté, dans une atmosphère déjà à couper au couteau, autour de protagonistes rendus à cran par une nuit que le passage à l'horaire d'été a rendue encore plus courte. Et alors que Lièvremont oppose une première fin de non-recevoir ferme, mais polie, aux demandes d'analyse des performances individuelles de ses joueurs, dont il préfère réserver la primeur aux intéressés, s'en suit alors un échange surréaliste entre le sélectionneur des Bleus et Richard Escot, le rédacteur en chef de la rubrique rugby de L'Equipe, qui depuis la prise de fonctions de Lièvremont, se plaît à jouer le "méchant flic", toujours prompt à "matraquer" le sélectionneur. En voici le détail in extenso: Le clash... - "Marc, si on fait une conférence de presse, c'est aussi pour avoir des réponses, ça fait deux questions qu'on pose sur les déceptions et sur les joueurs..." -(il coupe) "Eh bien, il faudra te satisfaire de ça. Que ça te plaise, ou non, d'accord ?" - "Non, pas d'accord." - "Si tu n'es pas d'accord, tu peux quitter la salle, si mes réponses ne te conviennent pas." - "On est là pour poser des questions, c'est une tribune de presse..." - "On peut parler du jeu, je l'ai déjà dit, je n'ai pas débriefé le match, ni individuellement, ni collectivement. Je ne donnerai pas de critiques ou de satisfactions individuelles ce matin. Et vous continuez... Je le répète, tu peux prendre la porte." - "Est-ce que l'énervement -on a vu ta sortie assez vulgaire de la veille...- il n'est pas aussi de ton côté, et non pas uniquement du côté des joueurs que tu sors à la mi-temps ?" - "Il y a de la frustration, bien sûr. Je trouve la question déplacée, on vient d'en prendre quarante. Tu la trouves vulgaire ma réponse, je m'en fous. (soupir) Tu me cherches décidément, toi aussi..." - "En mondiovision, répondre : «Tu m'emmerdes avec ta question !», à un journaliste français, c'est déplacé." - "Eh bien j'assume, j'assume..." S'en suivent plusieurs questions auxquelles le sélectionneur répond de bonne grâce, avant que le même journaliste ne revienne à la charge: - "Marc, je vais reformuler la question d'une autre façon, parce que je n'ai pas envie de me faire insulter..." - "Oh, mais c'est vrai que je suis coutumier du fait d'insulter les gens. On sait bien que je suis un grossier personnage." - "Ce que je veux dire, c'est quel est maintenant, après ces trois matches, l'objectif de l'équipe de France ?" - "J'en ai déjà parlé. Ou vous ne m'écoutez pas, ou vous me posez toujours les mêmes questions pour me faire sortir de mes gonds et en devenir grossier peut-être... [...] Notre but est de digérer ce match, de gagner les Tonga et de préparer notre quart de finale. Après, c'est toujours le même l'objectif, on joue une compétition pour aller le plus loin possible et gagner une Coupe du monde. [...] J'ai réagi peut-être de manière violente, certes, tu en remets une couche aujourd'hui." Les conséquences... Les errements en défense des Bleus, le match de la charnière Parra-Yachvili, l'arbitrage de la mêlée française par M. Rolland: autant de sujets qui n'auront pas eu cours, ou alors si peu, au milieu de ce tir de barrages. A Takapuna, les conférences du sélectionneur français vont bientôt nécessiter le port du casque lourd. Mais à qui la faute ? Celle de Lièvremont est engagée, c'est une évidence. De façon assumée. Le sélectionneur a choisi une voie de non-retour. Fixé sur son avenir à l'issue du Mondial, engagé dans la dernière ligne droite de son mandat, il a choisi de ne plus prendre de gants dans l'approche de sa fonction, quitte à passer en force et à tourner le dos à son image un peu trop lisse. Même s'il prendra le soin d'aller signifier au journaliste, qui le premier l'avait interpelé samedi soir, que sa réponse, aussi violente soit-elle, n'avait rien de personnelle. Mais aujourd'hui, les aspérités autour du personnage ne manquent pas... Et certains se plaisent à gratter certaines plaies mal refermées pour mieux entretenir ce climat délétère, propice aux dérapages et aux petites phrases en tout genre, que l'on "twitte" sans attendre... Où une certaine presse, bien obligée de vendre ce Mondial aux antipodes, qui peinerait à séduire le grand public, préfère se mettre en scène, dégoter un bouc-émissaire à la Anelka, plutôt que de demeurer dans l'analyse critique et constructive, susceptible de faire avancer le débat autour des Bleus. Qui, on en conviendra, n'aura pas avancé d'un pouce au cours de ce week-end. Tandis que depuis Paris, une armée de consultants, tous mieux intentionnés les uns que les autres, prétend dans le confort des studios s'inquiéter de la dérive du "bon copain Marc" et parie sur l'implosion d'un groupe France prêt à lâcher son sélectionneur. Ce dernier, qui s'il s'est endurci, sait rester humain, ne nie pas certaines phases d'abattement, sans jamais baisser les bras: "Me décourager, oui, ponctuellement, en tout cas, mais jamais sur la durée. Dès hier soir (samedi), j'ai échangé avec les joueurs, avec certains membres du staff pour discuter, pour positiver, pour avancer, pour corriger. Mais il est certain qu'il n'y a pas eu en trois matches un seul match aussi abouti que je l'aurais aimé. Il y a eu des choses intéressantes, mais pas suffisamment pour nous faire travailler dans la sérénité." Voilà la seule réalité de l'équipe de France qui compte. Et elle est suffisamment préoccupante pour ne pas la laisser polluer par un syndrome bien connu en France depuis 1998 et le sacre mondial d'un autre "mal-Aimé"...