Picamoles: "Le fautif, c'est moi"

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Picamoles: "Le fautif, c'est moi"
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Grand oublié de l'équipe de France et du Tournoi, Louis Picamoles, loin de céder à la frustration et encore moins à un sentiment d'injustice, a préféré se remettre en cause. Conscient de ne pas avoir su confirmer son match face aux Boks l'automne dernier, le 3e ligne toulousain n'aspire qu'au travail, soucieux de dépasser son profil trop exclusif de joueur perforateur.

Grand oublié de l'équipe de France et du Tournoi, Louis Picamoles, loin de céder à la frustration et encore moins à un sentiment d'injustice, a préféré se remettre en cause. Conscient de ne pas avoir su confirmer son match face aux Boks l'automne dernier, le 3e ligne toulousain n'aspire qu'au travail, soucieux de dépasser son profil trop exclusif de joueur perforateur. Louis, ce choc des Stades, bien que coincé en plein Tournoi, n'est-ce pas là une belle opportunité de se mettre en valeur aux yeux des sélectionneurs ? C'est un match important par rapport à ce qu'on a fait, ou plutôt ce qu'on n'a pas su faire face à Toulon, il y a quinze jours (ndlr, défaite 3-6). Il faut qu'on réagisse et on se prépare en conséquence pour réaliser le meilleur match possible samedi, à Paris. En tant que néo-Toulousain, vous découvrez le gigantesque chassé-croisé des internationaux chez les Rouge et noir. Ce sont des semaines compliquées ? Oui, c'est certain. Mais on est prévenus, en cette période de Tournoi, on doit faire avec les internationaux, parfois sans, ça restera toujours le même débat, tant qu'il ne sera pas résolu, du calendrier. Ça ne sert à rien de se lamenter sur son sort, on sait que c'est une période difficile. Je crois aussi qu'il reste pas mal de bons joueurs à Toulouse. On n'a pas été en mesure de le montrer face à Toulon, mais je crois que l'effectif est riche et qu'on est capable de s'en sortir, même si c'est une évidence qu'on est toujours plus fort au complet que lorsqu'on a des absences de poids comme celles des internationaux. Il faut faire avec, du mieux possible. Cette fois, on a la chance d'être au complet pour ce match à Paris. "On n'est plus à l'abri..." Avec du recul, quelle analyse avez-vous faite de ce revers à domicile (3-6) concédé face à Toulon ? Est-elle de nature à inquiéter ? Non. Bien sûr, on a été déçus, on est passés à côté et ça ne nous fait pas du bien au classement. Il y a pas mal d'incidences. Maintenant, il n'y a pas non plus d'inquiétudes extrêmes à avoir. On a aussi montré ce jour-là qu'on avait pu envoyer du jeu sur une mi-temps et qu'on s'est créé des occasions franches, mais qu'il nous a manqué ce dernier geste ou ce réalisme pour aller au bout de nos actions. C'est pour ça qu'il n'y a pas de raisons de s'inquiéter outre mesure. Bien sûr, il faut rester vigilant. On a perdu des points face à Toulon, on n'est plus à l'abri d'un retour de nos adversaires de derrière et on s'éloigne un peu plus des deux premières places. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne va plus rien falloir lâcher jusqu'à la fin de ce Top 14. Guy Novès a évoqué le décalage de motivation, qui pouvait exister entre la quête du Grand Chelem chez les internationaux et l'objectif en club. Qu'en pensez-vous ? On peut penser que les internationaux, étant toujours en course pour un Grand Chelem, peuvent être un peu absorbés par ces échéances internationales et un peu moins par ce qui arrive en club. Maintenant, pour avoir discuté avec pas mal d'entre eux, ce match face à Paris compte autant pour eux parce qu'ils savent très bien qu'en sortant du Tournoi, c'est le club qu'ils retrouveront. Et qu'en fonction des résultats réussis, ou on aura la chance de vivre quelque chose de grand par la suite, ou pas... Donc je crois que ce n'est pas un contexte facile pour eux, mais je pense qu'ils se sentent tout aussi concernés que nous et qu'ils ont tout aussi envie de réussir un bon match samedi pour pouvoir repartir avec l'équipe de France l'esprit libéré, avec le sentiment du devoir accompli et laisser le groupe sur un peu de confiance. N'est-ce pas trop douloureux pour vous d'évoquer l'aspect des choses à l'autre bout de la lorgnette, en club, et non pas en tant qu'international jouant le Grand Chelem ? C'est sûr que c'est une déception de ne pas être là-haut, bien sûr ; quand on voit en plus ce qui est en train de se passer dans ce groupe. Maintenant, le principal fautif, c'est moi. J'ai du travail à faire pour retrouver mon meilleur niveau et donner entière satisfaction à mon club. Si je réponds présent en club, alors ça me sourira peut-être plus haut, mais ça passera d'abord par ce que je vais y mettre avec Toulouse. Ce n'est qu'à cette condition que je pourrai prétendre à plus. Comprenez-vous qu'aux yeux du grand public, la non-sélection depuis le début de ce Tournoi du meilleur joueur lors de la victoire face aux Boks puisse apparaître comme une injustice ? Oui, à la limite, c'est compréhensible, mais les gens restent bloqués sur la performance que j'ai réalisée face aux Sud-Africains. Maintenant, depuis ce match, il y a eu ma blessure, il y a eu des matches de championnat et moi, je suis assez lucide pour savoir que je n'ai pas retrouvé le niveau que je pouvais avoir à cette période-là. Donc je ne le perçois pas comme une injustice. Je l'ai dit, il y a de la déception, de la frustration, mais la personne à laquelle j'en veux le plus, c'est moi-même. Et c'est à moi de faire les efforts nécessaires pour retrouver mon meilleur niveau, faire de grands matches avec le Stade toulousain, d'essayer de grandir avec ce groupe. Mais il n'y a que moi qui ai les cartes en main. "J'aimerais briser cette image" Votre profil de joueur perforateur n'est-il pas devenu un peu trop exclusif ? Comme s'il pouvait face à certains adversaires constituer une limite plus qu'un atout ? C'est vrai que souvent le staff explique ses choix par le fait de vouloir disposer d'une troisième ligne plus coureuse, plus mobile, plus plaqueuse, et sur d'autres matches, une troisième ligne plus puissante, un registre dans lequel je rentre peut-être un peu plus. Si je fais le travail nécessaire, il faut que cet argument ne soit plus suffisant, de faire en sorte d'être plus mobile sur le terrain, d'être plus constant dans l'effort sur un match entier et pas juste me servir de ma puissance, mais essayer d'en faire un peu plus. Une fois que j'y serai parvenu, peut-être est-ce qu'alors je brouillerai un peu plus les cartes et je ne compterai plus uniquement sur ma puissance pour m'imposer au plus haut niveau. Après, il y a aussi des choix tactiques, je les conçois. Mais il est vrai que j'aimerais bien briser cette image, même si c'est dans ce jeu-là que je me régale. Je n'aspire pas à changer de jeu, loin de là, mais je vais essayer de fournir un travail supplémentaire pour essayer d'avoir d'autres cordes à mon arc et d'agrandir mon panel de jeu pour répondre au maximum aux attentes. C'est un travail que vous avez déjà entrepris ? Oui, après l'annonce de la sélection pour le Tournoi, il y a eu cette déception et donc forcément une remise en question. On a lancé un protocole avec les préparateurs et les coaches du Stade pour que je retrouve ma forme au plus vite et que je redevienne le plus compétitif d'abord en club. Le staff de l'équipe de France a annoncé qu'il resterait attentif aux performances du Top 14 pour la dernière levée face à l'Angleterre. Vous y pensez ? Bien sûr, mais tous les matches sont importants. Mais je ne suis pas dans cet état d'esprit. Ma motivation est d'abord liée à l'objectif du club de retrouver un peu de confiance et de plaisir sur le terrain après notre mauvais match contre Toulon. Ce sera ensuite le choix des sélectionneurs, mais c'est quelque chose que je n'ai pas envie de me mettre en tête. Ça peut plus me desservir qu'autre chose. Mon objectif principal, c'est de retrouver mon meilleur niveau avec mon club, la suite, ce sera la cerise sur le gâteau, si ça doit arriver.