Petite victoire, Grand Chelem

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Petite victoire, Grand Chelem
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Que ce fut dur ! Le XV de France a remporté le 9e Grand Chelem de son histoire samedi, au Stade de France, face à l'Angleterre en clôture du Tournoi des VI Nations (12-10). Si les Bleus étaient assurés du succès dans le Tournoi après la défaite de l'Irlande face à l'Ecosse (23-20), ils y ont ajouté le Grand Chelem grâce à un succès arraché contre des Anglais, qui ont tout donné avant de céder.

Que ce fut dur ! Le XV de France a remporté le 9e Grand Chelem de son histoire samedi, au Stade de France, face à l'Angleterre en clôture du Tournoi des VI Nations (12-10). Si les Bleus étaient assurés du succès dans le Tournoi après la défaite de l'Irlande face à l'Ecosse (23-20), ils y ont ajouté le Grand Chelem grâce à un succès arraché contre des Anglais, qui ont tout donné avant de céder. Alors rêvez maintenant ! Et en grand, s'il vous plaît ! Entrés dans la grande histoire des Bleus et du Tournoi par la magie d'un neuvième Grand Chelem conquis ce samedi, au Stade de France, face à leur meilleur ennemi anglais, Thierry Dusautoir et ses coéquipiers ont gagné ce droit de rêver. Puisque comme le dit leur capitaine, "une équipe de rêve, c'est une équipe qui gagne", alors ce XV de France a le droit de voir loin et de viser haut à un an et demi de la prochaine Coupe du monde. Cette équipe avait sa propre histoire, inconstante, parfois séduisante, mais aussi navrante à l'occasion ; elle a désormais un palmarès et ça change tout ! Et puisqu'il est dit que rien ne sera facile pour Lièvremont et ses hommes, cette légitimité, ils auront été la chercher au plus profond d'eux-mêmes, dans la douleur. Et quel meilleur révélateur que cet éternel rival anglais, égal à lui-même, prêt à se sublimer dès qu'il s'agit de barrer la route aux "Frenchies". Sept ans après le naufrage de Sydney, en demi-finale de la Coupe du monde, c'est encore à une historie d'eau que les Bleus ont été invités, à la différence que cette fois, le pragmatisme était français. Comme un symbole, c'est un pilier, Nicolas Mas, qui sera élu meilleur joueur du match. Tant pis pour le "French Flair", le seul essai de la rencontre étant même l'oeuvre des boys de Martin Johnson... Un monde à l'envers sans doute, les temps changent et c'est peut-être là l'une des plus belles conquêtes de cette équipe de France, qui sans bien jouer, sait désormais gagner. Dieu est anglais... Dans un Stade de France rempli jusqu'à la gueule - 80 066 spectateurs, un record ! - la guerre tactique, qui ouvre les débats, tourne à l'avantage des Bleus. On disait le jeu au pied de François Trinh-Duc défaillant, l'ouvreur tricolore apporte un sérieux démenti d'une touche superbe trouvée dans les 22 mètres anglais, puis sur l'action suivante en décochant un drop imparable aux 30 mètres (3-0, 4e). L'entame idéale, imagine-t-on, sauf que sur la première attaque de la Rose, les montées défensives en pointe des Tricolores ont des ratés et l'arrière Ben Foden n'a aucun mal à profiter du surnombre en bout de ligne pour déposer un Mathieu Bastareaud battu (3-7, 5e). Erratique depuis le début de ce Tournoi, l'attaque anglaise, dynamique et survoltée, vient de se trouver, comme par miracle. On se dit que Dieu est anglais quand une pluie drue, toute britannique, vient s'abattre sur la pelouse et sur Morgan Parra, dont la première tentative aux 45 mètres rate la cible (12e). Surpris par tant d'intentions et d'agressivité, Dusautoir et ses coéquipiers sont à la peine, imprécis en conquête et crispés sur leurs initiatives. Dans ce XV de la Rose monté sur ressort, le vieux Simon Shaw met les pouces, remplacé par le Parisien Tom Palmer (15e). Un pénible de moins, serait-on tenté de dire. Fait du même moule, Mike Tindall, s'il stoppe le bus Bastareaud net, se met à la faute face à ses perches et cette fois Parra aux 30 mètres ne tremble pas (6-7, 19e). Les Bleus, qui usent et abusent du jeu au pied, ont besoin d'un déclic et c'est sur une mêlée, effondrée par la première ligne anglaise, que Parra, alors que la pluie redouble d'intensité, refait passer les siens devant au score (9-7, 25e). Fébriles sur ses pattes arrières, c'est devant que la France choisit de porter le fer. Chaque mêlée vaut pénalité aux Blancs et Parra, s'il peine dans le jeu, exécute la sanction pour enfin donner de l'air à son équipe (12-7, 34e). La défense tricolore s'est enfin réglée et la fougue anglaise désormais s'y fracasse. S'il fallait prouver qu'un Grand Chelem se mérite, les Bleus en font la douloureuse expérience. D'autant que l'Albion revient plus fière que jamais à la reprise, toujours bien décidée à gâcher la fête. Sous les hallebardes, les barbelés tricolores sont de rigueur, posés par l'homme, qui rêve à un troisième Grand Chelem, Imanol Harinordoquy, qui boute l'Anglais hors de ses 22, oblige Flood à un drop raté, avant que Clément Poitrenaud ne sauve la patrie en danger sur ce jeu au pied de l'arme fatale, ou supposée comme tel de la Rose, le jeune et néophyte Chris Ashton (47e). Dans la sueur et la douleur Ne pas céder d'un pouce et profiter d'un sang nouveau, celui d'un coaching bienvenu pour remettre la main sur la savonnette qui sert ce samedi de ballon. Message reçu, mais Parra, dans un jour sans, s'emmêle sur un jeu au pied, qui gâche tout le travail de ses "gros" (54e). Le petit caporal est à la peine, mais David Marty, qui a suppléé Bastareaud, sonne la charge d'une percée de 40 mètres, qui oublie Poitrenaud à hauteur (58e). A ne pas concrétiser la domination de ses avants, la France, un temps réduite à quatorze suite à la sortie d'Harinordoquy, finit pas s'exposer et Mark Cueto se fait la valise, Danny Care récupère et Marc Andreu se sacrifie pour provoquer un en-avant inespéré à deux mètres de la ligne (61e). La bête anglaise remue encore, et c'est peu de le dire. Comme si la dramatique ne se suffisait pas à elle-même, Jonny "Pistolero" Wilkinson entre en scène. Et signe son entrée d'une pénalité sur le bord de la touche, aux 45 mètres, qui remet l'Angleterre au contact (12-10, 68e). Les Bleus n'y sont plus, crispés sur leur maigre avantage et surtout incapables de tenir le ballon. Chaque mètre de terrain fait l'objet d'une lutte au couteau. Dix minutes de souffrance absolue. A ceux qui rêvaient d'un final en apothéose, c'est dans la sueur et la douleur que les quinze guerriers français vont préserver l'essentiel. Leur place au paradis du Grand Chelem.