Petit bassin, grands effets ?

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Petit bassin, grands effets ?
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En pleine lumière cette semaine, à l'occasion des Mondiaux, qui débutent mercredi, à Dubaï, pour la première fois à cette période de la saison, le petit bain, par opposition au grand bain, pose question. Si peu présent dans la culture des nageurs français, quand il est un passage obligé à l'étranger, le bassin de 25m, spectaculaire, mais abscons pour le grand public, fait beaucoup parler. Nageurs et entraîneurs tricolores ouvrent le débat.

En pleine lumière cette semaine, à l'occasion des Mondiaux, qui débutent mercredi, à Dubaï, pour la première fois à cette période de la saison, le petit bain, par opposition au grand bain, pose question. Si peu présent dans la culture des nageurs français, quand il est un passage obligé à l'étranger, le bassin de 25m, spectaculaire, mais abscons pour le grand public, fait beaucoup parler. Nageurs et entraîneurs tricolores ouvrent le débat. Il fallait voir le week-end dernier les mines, tout sauf réjouies, de la plupart des cadors de la natation tricolore à l'heure de rallier Chartres après une journée de galère passée dans les transports, à braver les intempéries, expliquer l'intérêt porté à l'exercice du petit bain... Pour certains, un bel exercice de langue de bois, tant le bassin de 25m les rebute, quand d'autres avouaient carrément leur manque d'entrain. Pas facile de surmonter la fatigue d'un début de saison, consacré à de lourdes charges de travail, destinées avant tout à préparer d'autres Championnats de France, ceux de Strasbourg au printemps prochain (23-27 mars), où seront délivrés les sésames pour Shanghaï et ses Mondiaux en... grand bassin (24-31 juillet). Un vide culturel en France Le grand bassin de 50m, par opposition au bassin de 25m, par lequel longtemps la natation française a uniquement juré (voir par ailleurs). Un vide culturel dans l'Hexagone, accompagné de son corollaire avec un manque d'équipements évident. "Il y a encore dix ans, nous n'avions pas de petits bassins, or, tous les pays étaient équipés", se souvient Christos Paparrodopoulos, coach d'un certain Hugues Duboscq et fervent défenseur de cette natation de début de saison, dont les détracteurs se plaisent à affirmer qu'elle contribue à brouiller l'image de la discipline aux yeux du grand public, hermétique à cette dualité. A entendre son protégé, l'expérimenté Hugues Duboscq, seul triple médaillé olympique tricolore de l'histoire, évoquer le petit bain, où le Havrais a pourtant décroché son seul et unique titre en individuel à l'Euro, sur 200 m brasse (Rijeka, 2008), on comprend mieux ce manque d'intérêt: "Pour moi, le petit bain, « ça ne compte pas. » L'important, à mes yeux, c'est le grand bain, les JO, les Championnats du monde et les Europe grand bain. Je suis très content d'avoir eu ce titre-là, mais ce n'est pas la plus belle médaille de ma carrière..." Et lorsqu'on lui demande l'utilité de la chose: "Ce n'est pas mon terrain de jeu préféré, bien que ce soit fun, il faut que tout passe vite, la nage, les virages ; niveau technique, ça réclame beaucoup de concentration." "Ça me sert à patienter avant le retour du grand bain", n'hésite-t-il pas à lâcher, lui qui voit "chaque compétition de petit bain comme une session de travail pour les virages..." Une impasse devenue impossible Un moyen beaucoup plus qu'une finalité. Et pourtant... "En Australie, on va aller au petit bain après le grand. Nous, on fait l'inverse. Or, on voit que les Australiens, en sortant du grand bain pour le petit, nagent beaucoup plus vite", souligne encore Paparrodopoulos, qui pense aux intérêts de l'équipe de France: "Or, si aujourd'hui, on a des faiblesses, c'est certainement plus dans ces parties-là" (dites "non nagées") "qu'en vitesse pure." Et Fabrice Pellerin d'ajouter: "On pourrait dire que c'est si différent du bassin de 50m qu'on peut prendre ça à la légère, mais il y a des choses importantes à apprendre, qui seront profitables en grand bassin, explique-t-il. Un bon objectif serait d'élever le niveau autant que possible en petit bain de manière à ce que les temps réalisés soient des objectifs à réaliser en bassin de 50m." Aujourd'hui parmi les meilleures nations au monde, la France ne peut plus se permettre cette impasse et l'a bien compris à l'heure où elle s'apprête à plonger dans le petit bain pour la première fois en masse à l'occasion des Mondiaux, programmée de mercredi à dimanche, à Dubaï, et à défendre dans le désert des Emirats son nouveau statut. D'où une nécessaire prise de conscience, illustrée par exemple à Nice, où Fabrice Pellerin entraîne l'immense espoir Yannick Agnel, avec l'organisation ces dernières semaines d'un stage totalement inédit de dix jours en bassin de 25m. "Parce que le prétexte des Championnats du monde a décliné une stratégie de travail que j'ai trouvée intéressante, commente Pellerin. Même si les virages, les coulées, ces aspects techniques sont plus rares en bassin de 50m, ils sont malgré tout présents et sur un seul virage, il peut se passer beaucoup de choses..." A quelques kilomètres de là, le CN Marseille, faute d'équipement, n'a pas eu cette chance avant Dubaï... "Tennis ou tennis de table ?" En parfait pédagogue, celui qui parle encore le mieux de cette différence entre petit et grand bassin, c'est justement Pellerin lui-même: "La différence, je l'assimile à celle que l'on peut retrouver entre le tennis et le tennis de table, avance-t-il. On retrouve a priori les mêmes éléments: une raquette, une balle, etc... Mais ça n'a rien à voir. Pour autant, il ne faut pas bouder l'un au profit de l'autre. Il y a des choses importantes à apprendre sur la partie petit bain ; l'approche en France est très nouvelle, très juvénile en bassin de 25m, c'est la première fois qu'on va participer en masse à un Championnats du monde en petit bain. Donc il y a une double contrainte: c'est un niveau mondial avec la découverte de nouveaux adversaires, aguerris en plus au bassin de 25 mètres que l'équipe de France découvre depuis quelques années par le biais des Championnats de France." Mais le retard accumulé est certain et transpire dans l'approche de cet exercice si particulier. "En France, et c'est très révélateur sur le plan pédagogique, on appelle ça des parties non nagées, note judicieusement Pellerin. Alors que finalement savoir nager, c'est peut-être déjà savoir réaliser une bonne coulée en immersion. La définition que l'on donne de ces parties-là est assez révélatrice de notre culture du bassin de 25m, qui est, je pense, à améliorer et à compléter si on veut être meilleur encore..." Quel avenir pour le petit bain ? Pour certains observateurs, le petit bain, parce qu'il parasiterait l'exposition des compétitions en grand bain, n'a pas sa place dans la réflexion menée autour d'un sport, qui après avoir subi la folie des combinaisons, cherche un second souffle pour séduire à nouveau le grand public. C'est nier pourtant le caractère ô combien spectaculaire des épreuves en bassin de 25m. Et une grossière erreur selon Cristos Paparrodopoulos: "Il n'y a pas beaucoup d'occasions pour les nageurs d'être performants. De décembre à mars, qu'est-ce que fait la population qui n'a pas la chance d'être qualifiée à Shangaï ?, interroge-t-il. Rien, c'est fini ! Le système est ainsi fait. On manque de compétitions... Le petit bain, c'est une occasion de plus de parler de la natation.