Parker, ce leader

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Parker, ce leader
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Si, sur le terrain, Tony Parker est le leader attendu des Bleus depuis le début de cet Euro 2011, il l'est aussi en dehors. Le meneur de jeu tricolore, qui évolue en équipe de France depuis 2001, sait "ce qu'il faut pour gagner" et n'hésite pas à le dire à ses plus jeunes partenaires. Quitte, parfois, à les bousculer un peu.

Si, sur le terrain, Tony Parker est le leader attendu des Bleus depuis le début de cet Euro 2011, il l'est aussi en dehors. Le meneur de jeu tricolore, qui évolue en équipe de France depuis 2001, sait "ce qu'il faut pour gagner" et n'hésite pas à le dire à ses plus jeunes partenaires. Quitte, parfois, à les bousculer un peu. Il y a deux catégories de leaders. Ceux de terrain et ceux de vestiaire. A même pas trente ans, Tony Parker est tout ça à la fois. Et c'est sans doute pour cette raison qu'il est un joueur un part dans le paysage du basket français. Qu'il soit le moteur de l'équipe sur le parquet n'est une surprise pour personne. Meilleur marqueur tricolore depuis le début de l'Euro 2011 en Lituanie avec 22,1 points de moyenne par match, il ne fait que retranscrire en bleu ce qu'il brode en noir et blanc avec les San Antonio Spurs, en NBA. Qu'il ait un rôle aussi prononcé en coulisses est en revanche une facette moins connue du personnage. Elle s'exprime cette année peut-être plus que les précédentes. Ses coéquipiers peuvent d'ailleurs en témoigner. "J'essaie tous les soirs d'aller dans les chambres, de les remotiver, pour que tout le monde reste concentré sur le terrain", explique "TP", qui n'a toujours pas été affublé d'un surnom animalier par Ali Traoré pendant que d'autres ont été baptisés "cheval furieux" (Joakim Noah) ou "crevette malade" (Nicolas Batum). Le fait qu'il ait débuté sa carrière en équipe de France très jeune, en 2001, et qu'il ait répondu favorablement à quasiment toutes les invitations, été après été, lui a permis de gagner en expérience. Dans la joie, parfois, comme dans la défaite. Toutes ces campagnes, ponctuées le plus souvent par de grosses déceptions, lui servent aujourd'hui dans l'approche d'une rencontre, d'un évènement. Il se sent donc légitime pour en faire profiter ses partenaires, les plus jeunes surtout. "Ça fait onze ans que je cours après une finale, une médaille d'or. Et j'essaie de leur transmettre ma passion, de les infecter, dit-il. Je veux leur montrer que ce n'est pas aussi facile que ça. Tu n'as pas tout le temps une opportunité de faire quelque chose. Là, on a un bon groupe et on peut aller loin, alors j'essaie de leur en faire prendre conscience.""Si on perd en quarts, tout le monde va oublier ce qu'on a fait" Le résultat est pour l'instant probant. Sa maturité, son tempérament et sa volonté ont pénétré à travers les pores de chacun de ses compagnons d'aventure. Et le virus de la gagne s'est installé en eux, en témoigne la série de quatorze victoires consécutives que les Bleus ont poursuivie vendredi soir à Vilnius par un authentique exploit contre la Lituanie (73-67). Mais en sage qu'il est, Tony Parker sait que tous ces succès ne seront valorisés qu'une fois une récompense en poche. "On a encore des choses à prouver. Ce qu'on a fait jusque-là, c'est très bien. Je ne sais pas si, dans l'histoire, une équipe de France a déjà battu autant de nations aussi fortes sur un même championnat d'Europe. Mais si on perd en quarts, tout le monde va l'oublier", assure-t-il avec prudence, rattrapé par les trop nombreux mauvais souvenirs qui ont jalonné sa carrière en sélection. "Un quart de finale, c'est spécial. C'était toujours très compliqué. En 2003 et 2005, on l'avait gagné avant de buter en demi-finales. On s'était ensuite peut-être dit que c'était facile d'y retourner mais en 2007 et 2009, on s'était arrêtés en quarts..., regrette-t-il. C'est pour ça qu'on est très concentrés là-dessus. Il ne faut pas brûler les étapes, pensons déjà à ce quart avant de penser à la dernière marche." C'est parce qu'il en a vécus, des moments pénibles à l'opposé de ceux que les Bleus connaissent maintenant, que le meneur de jeu se permet de prendre une telle place dans la vie du groupe. Et c'est parce qu'il a également tout gagné aux Etats-Unis que les autres l'écoutent. "J'ai remporté trois titres à San Antonio, rappelle-t-il. Je sais comment Pop (Gregg Popovich, le coach des Spurs, ndlr) nous embête parfois avec les petits détails. J'essaie de faire la même chose avec l'équipe de France.""On a vraiment l'impression que c'est notre année" Respecté pour son investissement, en particulier par Joakim Noah qui admire tous les "sacrifices" qu'il a faits toutes ces années, Tony Parker demande le même degré d'exigence à ses coéquipiers. Parce que ce championnat d'Europe, il le sent bien. Sa chance, il ne veut pas la laisser passer. "J'ai piqué une crise hier (vendredi) en première mi-temps au moment où Kevin rentre et donne la balle directement à (Sarunas) Jasikevicius, lâche-t-il. Je me suis énervé parce que je veux que les gars comprennent que c'est possession par possession. Chaque détail est important. C'est mon job, en tant que leader, de faire en sorte que tout le monde reste concentré et qu'il n'y ait pas de relâchement." Contre l'Espagne, dimanche, il y en aura un peu, Vincent Collet ayant l'intention de faire souffler ses joueurs majeurs, dont "TP" fait évidemment partie. Mais cette fois-ci, l'ancien Parisien ne devrait pas leur en tenir trop rigueur. Tant qu'ils assurent au match suivant, le plus important de tous. Car Tony Parker a une conviction profonde. "On a confiance en nous, en nos forces. On est sereins. On a vraiment l'impression que c'est notre année, affirme-t-il. Beaucoup de gars trouvent que ça fait pas mal de temps qu'on court après quelque chose. Et j'ai fait cette analyse avec eux: depuis que j'ai commencé avec les Bleus en 2001, il y a toujours eu un champion d'Europe différent. Les générations qui ont gagné étaient des équipes qui arrivaient à 28-29 ans. Ça prend du temps pour construire une équipe et pour gagner. Cette année, ça a l'air pas mal. Mais rien n'est jamais garanti. C'est la dure loi du sport. A nous de continuer à bien jouer. Si on arrive au bout, on pourra enfin oublier toutes ces années de frustration en se disant qu'elles nous ont servi à en arriver là, à ce jour J." Pourvu qu'il dise vrai.