Papé: "Meilleurs cette année"

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Papé: "Meilleurs cette année"
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Pendant que Toulon découvrait la Coupe d'Europe, le Stade Français a vécu ces deux dernières semaines dans l'ombre du Challenge européen, conséquence de sa dernière saison noire. A la veille du premier grand choc de la saison samedi, au Stade de France, face au RCT, Pascal Papé, devenu à 30 ans l'un des cadres d'une équipe en reconstruction, affiche son optimisme pour l'avenir et apprécie le travail de la formation enfin valorisé à Paris.

Pendant que Toulon découvrait la Coupe d'Europe, le Stade Français a vécu ces deux dernières semaines dans l'ombre du Challenge européen, conséquence de sa dernière saison noire. A la veille du premier grand choc de la saison samedi, au Stade de France, face au RCT, Pascal Papé, devenu à 30 ans l'un des cadres d'une équipe en reconstruction, affiche son optimisme pour l'avenir et apprécie le travail de la formation enfin valorisé à Paris. Pascal, le Stade Français vient de vivre deux semaines dans l'ombre du Challenge européen. Est-ce douloureux pour l'ego et y a-t-il un risque à disputer une épreuve moins relevée ? Pour commencer, si on évolue cette saison en Challenge européen, c'est qu'on ne méritait pas de jouer la H-Cup, tout simplement. Ce Challenge présente des avantages et des inconvénients. Pour ce qui est des avantages, c'est de nous permettre de faire tourner notre effectif et d'intégrer pas mal de jeunes sur ces deux derniers matches. Au rang des inconvénients, c'est vrai qu'on joue parfois des rencontres sans beaucoup d'intensité, même si on a disputé dimanche un match à Leeds assez rugueux et parfois assez intense, ça a pu nous remettre dans le rythme du Top 14 avant Toulon. Donc, non, je ne suis pas trop inquiet, la saison est longue et ces coupures nous feront du bien pendant que les « gros » iront disputer une place en quarts de finale. C'est ainsi, on joue ce Challenge pour le gagner et on ne le galvaudera pas. Ce premier match de la saison au Stade de France face au Toulon, est-ce le premier grand test de la saison pour une équipe en reconstruction comme la vôtre ? Non, aujourd'hui, on possède une équipe avec suffisamment d'expérience pour pouvoir appréhender de la meilleure des façons un événement comme celui-là. Ce n'est pas le premier gros match de notre saison, on a tout de même déjà affronté Perpignan (défaite 22-21), Toulouse (défaite 34-16), Biarritz (défaite 19-11), à chaque fois, on s'en est pas trop mal sorti, notamment à Perpignan, où la chance n'était pas avec nous. Tous les week-ends, dans ce Top 14, il y a de toute façon un choc. Aujourd'hui, c'est Toulon, la grosse écurie du Top 14, beaucoup d'individualités, mais néanmoins un bon collectif donc une équipe assez complète qu'on a la chance de recevoir au Stade de France pour un match de gala. Le président a encore multiplié les surprises pour nos supporters, on va tout faire pour ne pas gâcher la fête. On vendra chèrement notre peau... (rires) (voir par ailleurs) "Ce club redeviendra très estimé et craint, j'en suis sûr" La capacité de Max Guazzini à créer l'événement demeure, mais est-ce que la culture de la gagne perdure au Stade Français avec le nouveau projet de Michel Cheika notamment ? Cette culture de fête, de rugby original, on la garde. Nous, avec l'arrivée de ce nouveau staff, on est, c'est vrai, en reconstruction, mais le club a toujours tout fait pour être médiatisé de la meilleure des façons et faire de belles choses. Donc la reconstruction, elle est avant tout sportive. Pour l'instant, on n'est pas encore parfait, on progresse de match en match, dans la gestion de nos rencontres, qui nous posait problème. Dans ce club, il y a deux faces, avec ce rugby de fête, paillettes, et le sportif qu'on rebâtit parce qu'il n'y a plus trop d'anciens, on a changé de générations, Mathieu Blin et Sylvain Marconnet nous ont quittés, le relais se fait sur d'autres joueurs pour transmettre cet héritage et pour construire sur des bases solides. D'ici deux ou trois ans, ce club redeviendra très estimé et craint, j'en suis sûr. Cet aspect paillettes, fête et médiatique n'a-t-il pas à un moment pris le pas sur le sportif justement ? L'année dernière, c'était une saison catastrophique. Mais sur une décennie, dans la vie d'un club, il y a toujours une saison noire. On a vécu la nôtre la saison dernière que ce soit sur le plan sportif, sur le plan des blessures, des suspendus, même au niveau des événements annulés (le match de H-Cup délocalisé à Bruxelles avait été reporté à cause de la neige, ndlr), ça a été catastrophique pour le club. Mais les dirigeants ont toujours fait l'effort de recruter de bons joueurs, l'année dernière, on avait une super équipe, peut-être plus forte que cette année. Mais le staff a été limogé, on a reconstruit avec Delmas et Faugeron, il a fallu encore changer d'entraîneurs... Aujourd'hui, on sait qu'on repart sur un long cycle, une base saine et surtout, on s'appuie sur nos jeunes, qui valent le coup. Peut-être que cette saison nous fera du bien à long terme... Par la force des choses, vous devenez vous-même à 30 ans l'un des anciens de cet effectif. C'est un rôle que vous endossez avec plaisir ? Bien sûr, même si je ne me sens pas trop vieux dans la tête. J'ai des affinités avec les gars un peu plus vieux que moi, ils sont, c'est vrai, de moins en moins nombreux, et j'en ai tout autant avec les plus jeunes. Mon rôle, c'est naturel, on devient leader en montrant toujours l'exemple sur le terrain. On a la chance au Stade Français d'être tous d'une même génération à posséder une certaine expérience internationale, on s'applique à tirer le groupe vers le haut, nos jeunes y compris, qui doivent passer par là pour devenir de bons joueurs de Top 14. Cette implication aussi importante des jeunes et de la formation dans le projet de Cheika, c'est plutôt nouveau au Stade Français ? La chose essentielle, c'est qu'on possède un banc peut-être moins fourni, mais avec d'autres qualités. Honnêtement, quand je vois les rentrées de nos jeunes et les matches qu'ils produisent, c'est pas mal du tout. Pour moi, même si a moins d'effectif cette année, j'ai la sensation qu'on est meilleurs cette saison et qu'on le deviendra encore plus. Après, ils ont la chance, et on leur dit, d'avoir un entraîneur qui donne la chance aux jeunes, ce qui n'est pas le cas dans tous les clubs. Tout comme on leur fait confiance, nous, en tant qu'anciens, sur le terrain. Ça fait plaisir parce qu'on partait dans l'inconnu. Et au regard des productions de nos jeunes sur les derniers matches, on est tous rassurés et on pense qu'on peut voyager un peu plus tranquillement. Notre centre de formation arrive à sortir des jeunes toutes les saisons, Djibril Camara l'année dernière, Mathieu Bastareaud l'année précédente, aujourd'hui, le jeune Plisson, et c'est vrai à tous les postes. A mon poste, le jeune Flanquart va devenir un très grand joueur, on est content parce que ça pousse et peut-être que dans trois ou quatre ans, ils nous pousseront carrément vers la sortie, c'est comme ça que ça marche. " Quand on a la chance de pouvoir compter sur ces jeunes..." Les années fastes du club avaient peut-être occulté cette formation parisienne de qualité... Le ressenti que j'en ai, c'est qu'on garde toujours cet état d'esprit très familial même si on parle du rugby de la capitale. On conserve toujours cette impression d'appartenir à une ville dans la ville, sauf qu'on ouvre la porte plus en grand parce que tout simplement on en a besoin. Il y a cinq ou six ans, notre côté atypique, un peu nomade, faisait peut-être la réussite de ce club. Aujourd'hui, le rugby est devenu très professionnel et on a besoin d'être très encadrés, très structurés pour pouvoir réaliser de bonnes performances. C'est pour ça qu'on avait besoin d'un lieu de vie et d'entraînement unique, un site sur lequel on se rend tous les jours. On sait qu'on va passer deux ans à Charléty, après viendra le nouveau stade, on s'habitue à travailler comme un grand club professionnel. Loin des difficultés de la saison dernière, on vous sent totalement relancé et excité par ce nouveau projet... Quand on a la chance de pouvoir compter sur ces jeunes, qui nous boostent au quotidien, mais aussi quand on construit un nouveau système de jeu, où tout le monde est partie prenante et intéressé, honnêtement, on se régale sur le terrain. Pour en avoir discuté avec des copains d'autres clubs, on est plutôt compliqués à jouer parce qu'on produit du jeu et qu'on est solides un peu de partout... Voilà, mais ce qui me donne le plus le sourire, c'est qu'on est vraiment qu'à 50% de notre potentiel. La marge de progression est importante et on va récupérer au mois de décembre un pilier droit, David Attoub, dont les dents transpercent le parquet. Je suis content parce qu'il y a de l'évolution dans mon club, dans le sportif et l'extra-sportif. Je suis heureux, comme la plupart de mes partenaires d'ailleurs. Ne pas avoir la H-Cup comme exposition, ça peut-être handicapant quand, comme vous, on vise une place pour la Coupe du monde ? Voilà peut-être encore un inconvénient. Mais on a un sélectionneur et un staff qui ont des yeux sur toutes les équipes, celles qui jouent la Coupe d'Europe et même celles qui jouent le maintien. Et je ne me dis jamais en entrant sur un terrain qu'aujourd'hui, parce que je ne suis pas en H-Cup, je vais pouvoir me reposer. Ça n'existe pas et puis ce n'est pas mon tempérament. La Coupe du monde, ça reste l'objectif de mes quatre saisons précédentes, c'est dans un coin de ma tête. Quand j'ai un coup de moins bien, que je suis fatigué, c'est une source de motivation, je me dis : « Allez, tu vas voir les copains, bosser encore plus et peut-être qu'il y aura quelque chose au bout. » La désillusion a été tellement grande en 2007 que je relativise tout.