Palisson, le petit qui voit grand

  • A
  • A
Palisson, le petit qui voit grand
Partagez sur :

Loin de n'être que la "gueule d'ange" des Bleus, Alexis Palisson - qui soufflera ses 24 bougies le jour du coup d'envoi du Mondial le 9 septembre - a su s'imposer à pas de velours au sein du XV de France. Le travail a payé et le voilà embarqué pour sa première Coupe du monde, où il devrait faire parler la poudre... et d'où il compte bien ne pas rentrer bredouille.

Loin de n'être que la "gueule d'ange" des Bleus, Alexis Palisson - qui soufflera ses 24 bougies le jour du coup d'envoi du Mondial le 9 septembre - a su s'imposer à pas de velours au sein du XV de France. Le travail a payé et le voilà embarqué pour sa première Coupe du monde, où il devrait faire parler la poudre... et d'où il compte bien ne pas rentrer bredouille. Au premier regard, Alexis Palisson n'a rien du cliché du rugbyman. Il faut dire que dans un milieu où les armoires à glace font souvent office de références, les gabarits de poche ne sont pas légion... Mais Alexis - 1,76m de talent à l'état brut, visage juvénile, sourire franc et naturel désarmant - est la preuve vivante qu'il n'est pas nécessaire d'être un "malabar" pour affoler les défenses et renverser le cours d'une rencontre. "Ma taille n'est pas un inconvénient. Cela demande un peu plus de travail physique, mais j'ai d'autres qualités", souligne-t-il d'ailleurs. Ses modèles ? "Shane Williams, Vincent Clerc, Cédric Heymans", of course. Alors, Alexis, «baby face» du XV de France ?... Halte-là ! Le jeune homme au caractère bien trempé avoue en avoir assez d'être le "petit Palisson" et veut prouver qu'il avait les épaules suffisamment solides pour devenir un grand: "J'ai envie de montrer que l'on peut compter sur moi sur le terrain. Et dans la vie, je ne veux plus passer pour un gosse..." Le message est passé pour celui dont le destin de rugbyman a été tout tracé. Fils d'international, c'est tout naturellement qu'il tombe dans le bain de l'ovalie. A six ans, il chausse ses premiers crampons. Mais au beau milieu de l'année, l'envie lui prend de voir si l'herbe est plus verte sur le terrain de foot d'à côté. Le paternel s'y oppose. Alexis terminera la saison, et prendra finalement goût au rugby... pour ne plus jamais l'abandonner. Après avoir intégré en 2006 l'effectif du CA Brive, il y signe son premier contrat pro en 2008. Au mois de juin, à peine 10 matches de Championnat dans les jambes, le voilà qui tape dans l'oeil de Marc Lièvremont. Première cape, premier essai... Avant même sa première Marseillaise, le 28 juin 2008, le jeune homme annonce la couleur: "Il n'y a qu'en prenant des risques et des initiatives que je prends du plaisir sur le terrain"... Les Australiens sont prévenus et découvrent, à leur dépens, la surprise du chef: un feu follet bien loin d'avoir froid aux yeux. Cette première cape face aux Wallabies se solde par un premier essai, et ce fameux cadrage-débordement sur Lote Tuqiri (1.91m pour 103 kilos): un baptême du feu explosif, qui reste gravé dans les mémoires, même si la défaite est au bout (34-13). Palisson se fait peu à peu un nom... L'année 2009 est moins évidente à négocier que la précédente. Appelé chez les Bleus pour la tournée d'été, Alexis ne dispute pas la moindre minute de jeu. Difficile à encaisser, d'autant que dans la foulée, il est oublié par le staff tricolore pour la tournée d'automne. Il vit alors, comme il le dit lui-même, "une belle remise en question" qui le conduit à une autocritique: "Avant, je m'appuyais beaucoup sur mes qualités naturelles. Cela m'a surtout fait réaliser qu'il me restait encore beaucoup de travail." Et ça marche avec un début d'année 2010 en fanfare. Artisan de la victoire tricolore lors du Tournoi 2010, Alexis Palisson s'offre même le luxe d'inscrire ce Grand Chelem à la toute première ligne de son palmarès. Mais les sélections se suivent et ne se ressemblent pas: dès le mois de novembre, il prend de plein fouet la gifle infligée par... les Australiens (16-59). Retour à l'envoyeur. De nouveau convoqué en février 2011, il n'est pas pour autant sollicité par le staff tricolore... jusqu'à ce que Maxime Médard ne se blesse à la veille du Angleterre-France. En une de Têtu... Rappelé après le crash romain, il apporte son enthousiasme à un XV de France marqué au fer rouge par sa sortie de route en Italie, et titulaire lors du dernier match du Tournoi contre le pays de Galles, se met sur de bons rails pour monter dans le train de la Coupe du monde. Trois ans après son arrivée dans la «grande» équipe de France, Palisson s'est étoffé physiquement, a engrangé de l'expérience et de l'assurance, le tout sans rien perdre de sa fraîcheur. Inspiré, virevoltant et décisif sur l'essai de Vincent Clerc face aux Irlandais sur la pelouse Bordelaise le week-end dernier ("J'exulte peut-être plus en faisant marquer quelqu'un qu'en marquant moi-même. Je suis plus dans un esprit créatif que finisseur", lâchait-il après la rencontre), il aime plus que tout se mettre au service du collectif. Bilan: Alexis est le seul joueur (avec Szarzewski) reconduit à l'occasion du dernier match de préparation au Mondial. Le temps où il faisait office de doublure est désormais révolu. Et ne comptez pas sur lui pour faire de la figuration: "Je ne pars pas pour être remplaçant, j'ai envie de me battre. Le groupe est homogène pour que tout le monde participe à cette belle aventure". Sa polyvalence, son audace et son petit grain de folie semblent avoir conquis le sélectionneur, et le néo-Toulonnais commence à se faire une vraie place dans le groupe. Un groupe où la concurrence fait pourtant rage avec Maxime Médard (21 sélections), Vincent Clerc (50, 30 essais à son actif...), Cédric Heymans (55 sélections) ou encore Damien Traille (84 sélections!): pas une mince affaire, vous en conviendrez. Face aux multiples capes de ses concurrents, Palisson (16 sélections) a pour lui des jambes de feu et des relances pleines de culot, un culot qui pourrait d'ailleurs lui valoir un accueil houleux au pays du long nuage blanc: sa photo en couverture du magazine Têtu (où il arbore sur le visage un Ta Moko, tatouage maori sacré) a fait l'effet d'une bombe en Nouvelle-Zélande. Mais après s'être excusé, Palisson souhaite maintenant que l'on parle de lui aux antipodes non pas pour alimenter la polémique, mais plutôt pour vanter ses envolées balle en main. Le défi est de taille...