Ouedraogo: "Pas une revanche"

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Ouedraogo: "Pas une revanche"
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Sacrifié cet été sur l'autel du rugby à VII, Fulgence Ouedraogo, en cet automne, a presque naturellement retrouvé sa place dans le paysage du XV de France, dont il sera l'un des titulaires en 3e ligne samedi, à Nantes, face aux Fidji. Fort de la confiance des sélectionneurs, mais aussi de l'excellent début de saison montpelliérain, "Fufu" affiche sa confiance, bien décidé à reprendre son histoire internationale là où il l'a laissée.

Sacrifié cet été sur l'autel du rugby à VII, Fulgence Ouedraogo, en cet automne, a presque naturellement retrouvé sa place dans le paysage du XV de France, dont il sera l'un des titulaires en 3e ligne samedi, à Nantes, face aux Fidji. Fort de la confiance des sélectionneurs, mais aussi de l'excellent début de saison montpelliérain, "Fufu" affiche sa confiance, bien décidé à reprendre son histoire internationale là où il l'a laissée. Fulgence, que vous inspire cette équipe des Fidji ? J'ai regardé ce qu'ils ont fait cet été, notamment contre l'Australie (défaite 49-3). J'ai vu des joueurs tels qu'on peut les connaître dans notre championnat, capables à tout moment de faire la différence en un contre un, des joueurs assez puissants, rapides, dangereux individuellement. Peut-être que collectivement, ils présentent en revanche plus de failles. On présente ce premier match comme le plus facile. Vous approuvez ? En rugby, il n'y a pas de match facile. En revanche, on peut se le rendre facile... Mais si on prend l'adversaire de haut, si on ne le respecte pas, au rugby, on est toujours punis derrière. Bien sûr, sur le papier, entre l'Argentine, l'Australie et les Fidji, les Fidji apparaissent comme l'équipe comme la plus faible. Mais chaque adversaire a ses spécificités et ses points forts, donc il faudra jouer en fonction de ça. De là à parler d'un match piège comme l'ont fait certains, non, je ne crois pas. Parce qu'on est prévenus, donc on sait à quoi s'attendre. "Entendre Marc (Lièvremont) m'annoncer dans l'équipe de départ..." Après le malheureux épisode de l'été, qui vous a coûté votre participation à la tournée d'été (*), on vous devine forcément comblé par ce retour en bleu... Oui, très heureux. Comme je l'ai dit, je savais quand j'étais parti, je ne savais pas quand j'allais revenir. Alors entendre Marc (Lièvremont) m'annoncer dans l'équipe de départ, j'étais très heureux et très fier. A moi maintenant de prouver. Mais ce n'est pas une revanche, plutôt une envie de retrouver le groupe et de revivre de grands moments sous le maillot bleu. Si la concurrence est partout dans cette équipe de France, vous évoluez à un poste particulièrement riche en prétendants. Ça vous booste ? Bien sûr, quand on voit les performances des autres, on se dit qu'il faut se bouger le c.. pour y être. Mais ça fait partie du jeu, c'est une concurrence saine, tous les troisièmes lignes, on s'apprécie tous, il y a une bonne dynamique et ça nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes. C'est un bien pour l'équipe. La nouvelle exposition de Montpellier, qui joue les premiers rôles dans le Top 14, vous donne-t-elle plus de confiance encore à l'heure de retrouver les Bleus ? Un pallier franchi avec Montpellier, oui, sans doute, mais ce sont surtout les années, plus de maturité. J'arrive maintenant avec plus d'expérience et plus d'acquis, j'ai 24 ans et je continue à progresser. D'année en année, je m'améliore et au fur et à mesure, je me sens de plus en plus à l'aise. Mais c'est tout l'équipe de Montpellier, qui a franchi un pallier et on a tous mûri, grandi, et on a tous gagné. Les coaches nous ont apporté leur expérience et leur confiance, tout ce qui contribue à nous faire progresser. Est-ce que vous vivez différemment votre statut d'international à évoluer dans une équipe du haut de tableau en championnat ? Non, pas fondamentalement, d'autant plus que je suis cette fois le seul Montpelliérain. Je le vis comme les autres fois, peu importe le classement. On m'en parle beaucoup, c'est vrai, de cette bonne forme... C'est peut-être plus facile, c'est vrai, mais ça fait grandir aussi ; les années que j'ai passées à jouer le maintien avec Montpellier m'ont beaucoup apporté, fait grandir, gagné en expérience. Des matches dans lesquels on joue sa survie, ce sont des matches à forte pression, avec beaucoup d'enjeu et où malgré tout, il faut parvenir à se libérer. Ça m'a fait aussi passer un cap. Les nouvelles recommandations autour du règlement contribuent à rendre le jeu plus fluides. Un jeu de mouvement que vous appréciez... Oui, je ne vais pas dire le contraire. C'est dans ce jeu de mouvement que je me sens le plus à l'aise, essayer de faire vivre le ballon, de jouer avant ou après contact, passer le moins souvent au sol, de mettre la dynamique ou de trouver l'intervalle, quelque part, c'est le rugby qu'on m'a toujours appris et celui qui me plaît. "Ce serait beau pour le rugby" Les phases statiques en revanche sont en recul d'un point de vue statistique. C'est une tendance que vous éprouvez ? Oui et non. En championnat, une part essentielle reste à la conquête, sur la mêlée et la touche. On sent une évolution, les équipes essayent de mettre en place un jeu plus dynamique, mais cela réclame encore du temps pour franchir réellement une barrière, même si on s'en approche. Le Top 14, par rapport aux années précédentes, et on le voit par exemple à Montpellier, offre plus de jeu, plus de situations de déséquilibre. C'est une tendance incontestable, mais je crois qu'on peut mieux faire encore. L'apport des joueurs étrangers, notamment du Sud, est-il de ce point de vue décisif selon vous ? Ce jeu-là est aussi français, il n'est pas que l'apanage du Sud. C'est un retour à des options dans le jeu qu'on avait peut-être lâchées sous le poids des pressions dans le championnat pour un jeu plus strict. Là, on tente peut-être de se libérer un peu plus. Est-ce que selon vous ce rugby peut être le rugby qui gagnera la Coupe du monde dans un an en Nouvelle-Zélande ? Je l'espère de tout coeur, ce serait beau pour le rugby en général, que ce soit un jeu aéré et de mouvement, qui remporte la Coupe du monde. Ça donnerait une belle image du rugby. Montpellier devient une belle vitrine de ces intentions cette saison... Une belle vitrine, je n'irai peut-être pas jusque-là. Je pense qu'avant tout Toulouse est une belle vitrine de ce jeu-là, ils l'ont prouvé en enchaînant des matches de très haut niveau. Nous, on essaye de s'en inspirer et parfois, on arrive à bien l'appliquer. (*) Parce que son club, le Montpellier Hérault Rugby, avait refusé de le libérer pour une étape du circuit mondial de rugby à VII, Ouedraogo, comme les Brivistes Palisson et Estebanez, et le Parisien Burban, avait été privé de tournée d'été.