Nicosie, ni soumise

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Nicosie, ni soumise
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Surprenant leader du groupe G après deux journées de Ligue des champions, l'Apoel Nicosie se déplace mercredi sur la pelouse du FC Porto pour faire durer le plaisir et continuer de redorer le blason du football chypriote. Avec comme carotte la possibilité d'être le premier club du pays à passer la phase de poules. Portrait d'un petit club qui ne se prend pas la tête.

Surprenant leader du groupe G après deux journées de Ligue des champions, l'Apoel Nicosie se déplace mercredi sur la pelouse du FC Porto pour faire durer le plaisir et continuer de redorer le blason du football chypriote. Avec comme carotte la possibilité d'être le premier club du pays à passer la phase de poules. Portrait d'un petit club qui ne se prend pas la tête. De nos (splendides) bureaux de Levallois, on entend déjà les railleries des pisse-froids qui condamnent la présence de l'Apoel Nicosie, comme celle du Viktoria Plzen ou d'Otelul, en Ligue des champions. Oui, le champion chypriote en titre dispute bien la plus prestigieuse des compétitions de clubs. La vitrine du football mondial, le théâtre des folles arabesques, le terrain d'expression des génies créatifs, le secret de rentabilité de Domino's Pizza. Et alors ? Pour le bureau des contestations, il faut suivre la route des Alpes jusqu'à Nyon (Suisse) et demander un certain Michel Platini. On doit en effet à l'actuel président de l'UEFA cette croisade sur la défense des intérêts des "petits pays". "Davantage de pays moyens représentés et une plus grande démocratie", avait-il promis lors de son élection. Serment tenu. Et comment lui en vouloir après deux journées dans cette phase de poules, quand on pointe le "Club de football athlétique des Grecs de Nicosie", dans le texte, en tête de son groupe. Et ce, au nez et à la barbe de références européennes comme le Zenith Saint-Petersbourg, le Shakhtar Donetsk et le FC Porto, soit trois des quatre derniers lauréats de la C3. D'autant que le multiple champion national (21 titres) a bien mérité son heure de gloire, lui qui a dû écarter successivement le Skënderbeu Korçë, le Slovan Bratislava et le Wisla Cracovie pendant que d'autres enchaînaient les tournées des grands ducs aux quatre coins du monde en plein été. Une île plus vraiment mystérieuse Il y a donc forcément de la qualité dans le football chypriote. Le même qui avait déjà causé quelques sueurs froides à l'Inter Milan en 2008 avec l'Anorthosis Famagouste. La folle épopée de Cédric Bardon et de ses coéquipiers s'était finalement soldée par la quatrième place du groupe mais avait eu le mérite d'ouvrir les yeux de la "grand-mère Europe" et de révéler le nom de cette ville longtemps occupée par l'armée turque, autre part que dans les manuels de géographie. Mais également, tant qu'on y est, de redresser -Anorthosis se traduisant par redressement en grec moderne- la barre du navire chypriote, fortement ébranlé par l'hallucinant 16-1 subi par l'Apoel au Sporting Lisbonne en 1963. Un record, jamais battu, encore bien encré dans les mémoires locales. Un demi-siècle plus tard, les Thrylos retournent mercredi sur le sol lusitanien avec un tout nouveau statut. Celui de tête de gondole de sa poule, bien déterminée à confirmer à Porto sa victoire initiale face au Zenith (2-1) et son match nul à Donetsk (1-1), chez l'un des gros morceaux de cette compétition. Les joueurs de l'Apoel n'auront plus l'effet de surprise pour eux, mis à nu par leurs précédents adversaires, plutôt beaux perdants en conférence de presse. On a ainsi noté dans notre répertoire les notions d'"équipe bien organisée menée par un excellent entraîneur" de Mircea Lucescu (coach du Shakhtar) ou celles de formation sachant "très bien défendre et lancer vite des contre-attaques" du gardien ukrainien Olexandr Rybka. Les protégés d'Ivan Jovanovic se contenteront de la satisfaction d'"avoir rendu fière leur île". Et plus si affinités.