Ngapeth: "Un système de passe-droits"

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Ngapeth: "Un système de passe-droits"
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Quelques semaines après l'annonce de l'exclusion de son fils Earvin pour la prochaine Ligue Mondiale, Eric Ngapeth est sorti de son silence. Peu adepte de la langue de bois, le coach tourangeau fait part de sa totale incompréhension voire de sa consternation quant à cette totale ingérence du système fédéral qui n'a pour l'heure établi aucun bilan sportif après le flop du Mondial italien. Président, Directeur technique national ou joueurs, tous en prennent pour leur grade.

Quelques semaines après l'annonce de l'exclusion de son fils Earvin pour la prochaine Ligue Mondiale, Eric Ngapeth est sorti de son silence. Peu adepte de la langue de bois, le coach tourangeau fait part de sa totale incompréhension voire de sa consternation quant à cette totale ingérence du système fédéral qui n'a pour l'heure établi aucun bilan sportif après le flop du Mondial italien. Président, directeur technique national ou joueurs, tous en prennent pour leur grade. Eric, quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la suspension d'Earvin pour la prochaine Ligue Mondiale ? Ce qui est bizarre, c'est que trois mois après la fin du Championnat du monde, le Directeur technique national annonce une telle décision par voie de presse. Aucun courrier n'a été notifié ni au joueur, ni à son club. A côté de cela, il y a un président de fédération, qui est un arbitre international, mais qu'on n'entend absolument pas s'exprimer. On a une Fédération qui est à l'agonie sur le plan financier, qui a plus d'un million de dettes. Et l'unique décision qu'elle a prise depuis la fin du Championnat du monde, c'est de priver de Ligue mondiale, avec toute l'objectivité que j'essaie d'avoir, le meilleur joueur français. On s'aperçoit qu'après le Mondial aucun bilan sportif n'a été fait. La France a fini onzième avec une sélection composée d'un joueur, certes très bon, Stéphane Antiga, mais qui n'a absolument pas eu le temps de jouer dans son club cette année, mais qu'on a pourtant sélectionné. On a également sélectionné un seul attaquant de pointe, sans possibilité de rotation, qui était blessé. On a bien vu les conséquences que cela a pu entraîner. Mais au-delà de ça, on a sacrifié un certain nombre de joueurs qui auraient pu apporter beaucoup plus de puissance dans l'équipe. A qui pensez-vous en particulier ? Je veux parler dans un premier temps de Romain Vadeleux. C'est un contreur central qui a un excellent service et qui, à mon avis, était le meilleur contreur des trois centraux que l'on avait lorsque l'on a fait la médaille d'argent (lors de l'Euro 2009, ndlr). On l'a sacrifié pour le mettre en doublure d'un attaquant de pointe. On a évolué avec deux contreurs centraux qui, que ce soit au service, à l'attaque ou au bloc, ont eu des prestations moyennes durant tout ce Championnat du monde. On a également sélectionné l'équivalent de trois joueurs libero, c'est comme si en football, on sélectionnait cinq gardiens de buts. Et parmi ces trois libero, il y en avait deux qui faisaient partie des douze joueurs alignés au Mondial, alors que dans les tribunes, on avait des réceptionneurs-attaquants qui étaient performants, je veux notamment parler de Guillaume Samica. On peut alors imaginer qu'un novice comme Earvin Ngapeth qui arrive dans ce système et qui ne sait pas encore qu'il doit « fermer sa gueule » s'il veut arriver en 2012, a été outré par ce type de management et qu'il a explosé à un moment donné. Mais il a simplement eu le courage de révéler les dysfonctionnements de cette équipe nationale. "L'Antiga d'aujourd'hui, ce n'est plus l'Antiga d'il y a dix ans" Voulez-vous dire par là qu'Earvin a eu le courage de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas ? Exactement. Et à côté de ça, il y a un directeur technique national qui est à six mois de la retraite et qui d'ailleurs touchera une retraite pleine, que l'équipe nationale gagne ou perde, qui ne fait aucune analyse de tout ce qui s'est passé, que ce soit d'un point de vue technique ou tactique. Il n'était même pas sur les lieux du Championnat du monde et c'est juste la seule personne qui ouvre sa gueule (sic) aujourd'hui pour prononcer une sanction comme ça. Par rapport à ce qu'il a vécu jusqu'à maintenant, il ne connaissait pas ce type de fonctionnement, et c'est la raison pour laquelle ça ne l'intéresse plus d'y aller. Car si tout reste en état, avec l'entraîneur en place, avec l'ensemble de ces joueurs qui n'ont pas envie de rater les JO de 2012 et qui, de ce fait, n'ont pas l'intention d'évoquer les dysfonctionnements, Earvin ne peut pas avoir envie de retourner en équipe de France. Aujourd'hui, un certain nombre de joueurs a accepté de signer un document qui vise à soutenir l'entraîneur national. Forcément, ils arriveront à aller aux JO 2012, mais je peux vous dire qu'ils ne feront qu'y aller, car avec un tel fonctionnement et un tel état d'esprit, il est évident que leurs performances seront faibles. Sous-entendez-vous que Philippe Blain n'est plus l'homme de la situation ? Vu que personne ne veut le remettre en cause ni analyser le problème sur le plan du volley-ball, moi je donne mon analyse sur le plan sportif. C'est-à-dire que selon moi, il a sélectionné des joueurs qui n'étaient pas performants, Antiga notamment. On a privé le six majeur de joueurs de talent en les installant en doublures. Si on regarde les statistiques de Romain Vadeleux lors du Championnat d'Europe, on s'aperçoit que c'était le meilleur scoreur des centraux. Il était particulièrement performant au service et au niveau de l'attaque, c'était tout simplement le plus fort. On l'a déplacé du six majeur pour le mettre remplaçant d'un joueur qui n'occupe même pas le même poste que lui. Pensez-vous qu'il y a des passe-droits dans cette équipe de France ? Il y a effectivement un système de passe-droits et il y aussi un système de sélection très particulier. Notamment lorsque l'on décide de ne pas faire appel à un deuxième attaquant de pointe remplaçant, Moreau ou un autre. Je peux comprendre que le coach ait des problèmes avec Moreau, qu'il ne veut pas le sélectionner. Mais on ne peut pas prendre un joueur dont ce n'est pas la spécialité pour le mettre en doublure de Rouzier qui est, lui, un vrai attaquant de pointe de métier. Je trouve que c'est de l'incompétence. C'est comme si en football, on prenait Franck Ribéry et qu'on lui disait qu'il allait finalement jouer milieu défensif gauche. Ça ne peut pas marcher. Ce n'est pas son métier, il n'est pas habitué à cela. D'accord, on sélectionne Antiga, je n'ai rien contre ce joueur, a priori. Sauf que l'Antiga d'aujourd'hui, ce n'est plus l'Antiga d'il y a dix ans. Aujourd'hui, c'est le seul mec qu'on a amené à la télévision pour qu'il puisse s'exprimer, je trouve ça scandaleux. C'est un très grand joueur, mais depuis qu'il est parti de Paris, il n'a jamais fait une saison complète. Il est parti en Italie trois ans, il était toujours blessé, il ne jouait jamais, après il est parti une saison au soleil en Espagne, au chaud, il jouait deux trois matches par an, aujourd'hui, il est à Belchatow, il ne joue jamais. Et après ça, on prend ce joueur en équipe de France qui n'a eu que trois semaines de stage et trois matches de préparation au Tournoi de Paris alors que les autres se sont fait chier (sic) pendant sept mois. Et on a estimé que cela allait suffire pour que ce joueur soit performant au Championnat du monde. Après le résultat est là... Et personne n'en parle, absolument personne. "Si jamais on me donne la parole, je vais tout dire" Attendez-vous que la fédération réagisse à tout cela à présent ? Pour l'instant, on ne m'a pas donné la parole. Mais si jamais on me la donne, je vais tout dire. Ce qui se passe, c'est qu'il y a un Directeur technique national qui est censé maîtriser tout ce qui est volley-ball, terrain, mais qu'on n'a pas entendu faire un seul bilan de ces Championnats du monde. Il y a aussi un manager général, Gérard Castan, qui était sur place, bien caché, et qu'on n'entend pas parler. Celui qui a eu « le courage », pas un courage très positif, c'est rien de le dire, c'est le Directeur technique national, Jean-Marie Schmitt, qui s'est exprimé dans L'Equipe, et qui a pris cette décision. On ne sait même pas si le président de la Fédération a validé cette décision. Depuis qu'il est là, il n'a pas dit un mot. Personne n'est rentré dans le débat de fond. Le débat c'est de savoir si aujourd'hui cette onzième place aux Championnats du monde est satisfaisante ? Il faut aussi savoir qui est fautif. On a sanctionné Earvin, ok. Est-ce qu'Earvin est le seul fautif de cette onzième place ? Si certains n'ont pas été performants, il faut qu'ils se barrent. Et il faut arrêter avec ces entraînements et ces préparations différentes pour chaque joueur. Ça ne se voit nulle part. Je ne sais pas dans quel pays on vit. Earvin a-t-il définitivement tiré un trait sur l'équipe de France ? Ce qui est certain, c'est que sous la direction de Blain, il ne reviendra plus. Il faut savoir aussi que certains joueurs n'ont pas été blancs comme neige. Il y a certains joueurs avec qui Earvin aura beaucoup de mal à jouer à présent. Des personnes qui ont suivi le fonctionnement de Blain et qui s'en contentent. Certains joueurs ont signé des papiers, d'autre non, c'est quoi cette histoire, l'équipe nationale vaut mieux que cela. Il y a un président de la Fédération qui a fait des pieds et des mains pour être élu. Aujourd'hui, il y a tout ce vacarme, il y a un million d'euros de déficit, il y a une chute constante du nombre de licenciés, on a une équipe nationale qui n'a pas été performante, on a très peu de joueurs de haut niveau qui sortent aujourd'hui. On attend la liste de sélectionnés pour la prochaine compétition, attention, elle va faire peur. Il y a Oliver Kieffer qui arrête, Earvin qui est suspendu, Hubert Henno qui arrête aussi. On attend de voir ce qu'Antiga va faire, peut-être qu'il va continuer, lui ça l'arrange peut-être, on ne sait jamais. Finalement, il ne s'entraîne jamais ce mec-là et l'été, il est en vacances. Après il est sélectionné. Ça fait huit ans que ça dure. Il est malin. En fin de compte, contre qui êtes-vous le plus remonté dans toute cette histoire? C'est aux décideurs que j'en veux. Je pense que c'est d'abord le président. C'est à lui de faire son boulot. Le président peut se séparer d'un directeur technique national s'il le veut. Je sais qu'en dessous, il y a notamment François Focard qui est un vice-président chargé du haut niveau qui a créé une commission qui devait réunir un certain nombre de personnes. Ça partait d'un bon sentiment, j'étais en contact avec eux. Je leur avais dit que s'ils estimaient qu'Earvin avait commis une faute, ils pouvaient le sanctionner mais qu'il ne fallait pas oublier qu'à ce jour, l'exclusion d'un joueur d'un Championnat du monde n'était jamais arrivée dans l'histoire du volley-ball. Cette fameuse commission a demandé à la plupart des joueurs de faire des mémos individuels par écrit et de dire comment ils avaient vécu ce Championnat du monde. Chacun a envoyé son mémo, et d'après mes informations, beaucoup de joueurs regretteraient d'avoir posé leur signature sur ce fameux papier mais ils n'ont certainement pas le courage de le dire officiellement par peur de ne pas être sélectionnés par la suite. Ensuite, cette commission a décidé de proposer une sanction et c'est le DTN qui a pris la décision, sans un écrit ni rien, de la proposer par voie de presse. Sur le site de la fédération, il n'y a absolument aucun communiqué. Earvin est-il chamboulé par tous ces remous autour de son exclusion ? Aujourd'hui, Earvin est suspendu mais je suis heureux qu'il ne soit pas meurtri parce que ça aurait pu ralentir sa marche en avant, mais au contraire ça le booste. Parce qu'il est en train de réaliser la meilleure saison qu'il n'a jamais faite. Aujourd'hui, je ne sais pas quel joueur français à son poste peut rivaliser avec lui. En tout cas, il est content de ne plus être en sélection parce qu'il y avait trop de prises de tête. Pour l'instant ça ne le touche absolument pas et tant mieux.