Nallet: "Qu'est-ce que j'ai foutu ?"

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Nallet: "Qu'est-ce que j'ai foutu ?"
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Doyen d'une équipe de France humiliée et en quête de rachat avant de défier l'Angleterre samedi, à l'Eden Park d'Auckland, en quart de finale de la Coupe du monde, Lionel Nallet dresse une autocritique personnelle et collective sans concession sur le parcours des Bleus depuis le début de la compétition. "J'ai 35 ans, je ne revivrai certainement plus ça...", prend-il conscience. Comme pour mieux ouvrir les yeux de ses partenaires.

Doyen d'une équipe de France humiliée et en quête de rachat avant de défier l'Angleterre samedi, à l'Eden Park d'Auckland, en quart de finale de la Coupe du monde, Lionel Nallet dresse une autocritique personnelle et collective sans concession sur le parcours des Bleus depuis le début de la compétition. "J'ai 35 ans, je ne revivrai certainement plus ça...", prend-il conscience. Comme pour mieux ouvrir les yeux de ses partenaires. Lionel, vous avez vécu quelques confrontations face à l'Angleterre, mais comment abordez-vous ce match dans ce contexte de Coupe du monde ? J'en ai vécu pas mal, généralement, on regarde ce qu'ils ont fait avant à la vidéo et ils nous sortent toujours autre chose. Il faudra s'adapter, mais quelque part aujourd'hui, notre problème, c'est nous, pas les Anglais. Oui, je m'en fous de jouer les Anglais ce week-end, que ce soit eux ou les autres, ça aurait été la même chose. J'ai d'autres choses à me faire pardonner, je serais entré sur le terrain de la même manière. Je n'ai pas envie de parler de jeu... Après ce qu'on a fait, c'est compliqué de parler de jeu. Le jeu, quand ça avance, ça vient tout seul. On a des joueurs qui sont bons, qui savent jouer, mais dès qu'on n'est plus dans le combat, faut pas rêver, les talents ne s'expriment plus ; je ne vois pas comment on peut avoir du talent en reculant. Vous avez beaucoup parlé visiblement ces dernières heures, mais pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt. Vous avez oublié de le faire ? Non, on n'a pas oublié, simplement, c'est qu'on vit ensemble, malgré tout ce qui peut se dire, on s'apprécie et peut-être qu'à un moment, on n'a pas voulu se heurter, on n'a pas voulu quelque part s'agresser un petit peu et on ne s'est pas agacé sur le terrain non plus, on ne s'est agacé nulle part. On s'est parlé, je crois que chacun a eu envie de dire : « Je me suis trompé ». Depuis qu'on est arrivé en Nouvelle-Zélande, on n'est pas dans un état d'esprit de conquérir quoi que ce soit et je crois que c'est chacun de nous qui voulait faire son mea-culpa, dire aux autres que ce week-end chacun sera présent. "On aurait pu tous se décharger sur Marc..." Marc Lièvremont indiquait que votre capitaine, Thierry Dusautoir, était très affecté suite à la défaite face aux Tonga et exhortait le groupe à l'épauler. Vous êtes sensible à ce discours ? Ce n'est pas forcément quelque chose que l'on ressent. Mais pour Titi, forcément c'est difficile, j'ai connu ça, j'ai connu aussi des défaites et quand on se présente devant vous sans explications du pourquoi, c'est compliqué. Il prend beaucoup sur lui parce qu'il est notre capitaine, il aimerait mener l'équipe à la victoire et il n'y a pas tout le temps du répondant. Quelque part, oui, on est plusieurs anciens à devoir épauler Titi. Maintenant, je ne l'épaulerai pas sur des discours ou quoi que ce soit d'autre, je l'épaulerai pendant le match. Très franchement, une semaine pour tout remettre ans l'ordre, est-ce que ça peut être vraiment suffisant quand on a à ce point déjouer comme c'est le cas de votre équipe ? Tout remettre dans l'ordre, peut-être pas, mais retrouver les bases, là, il n'y a pas de problèmes là-dessus, il s'agit d'y mettre la tête ; ce n'est pas quelque chose qui se travaille à l'entraînement ça, c'est que chacun ce concentre sur sa tâche, sur l'agressivité qu'il a à mettre sur un match comme ça et ça, même en cinq jours, c'est possible de le corriger. Quel message voulez-vous véritablement délivrer ? Pour vous, je n'en ai aucun. J'en ai un pour moi, pour mon équipe et le message, ce sera samedi. J'en ai gros sur le coeur, mais c'est plus contre moi-même, (il s'adresse aux journalistes présents), c'est vrai que vous êtes pénibles, mais ce n'est pas forcément contre vous. C'est moi qui suis sur le terrain, c'est moi qui joue. Il y a toujours des solutions pour se défausser. Vous nous avez ouvert les portes, on aurait pu tous se décharger sur Marc (Lièvremont) puisque ce serait facile: il n'y a qu'à vous tendre un bâton et vous y allez. Mais je crois que ce n'est pas ça : je préfère regarder la vidéo, je me suis vu, j'ai vu mon match, mais ce n'est pas moi. Alors j'ai couru, je me suis déplacé, mais ce n'est pas ça ce qu'on me demande, c'est de mettre du combat et de mettre des coups de tronche, comme on dit. Des choses que je n'ai pas faites. Et quelque part, je suis le doyen de cette équipe, si moi, je ne suis pas capable de le faire, ça peut être aussi difficile pour les autres de le faire. Voilà pourquoi je suis énervé contre moi. Ce constat, c'est aussi celui que vous faisiez lors du dernier Tournoi après le désastre de Rome et la réaction face aux Gallois... Mais parce qu'il y a un moment, à travers ce message, il faut que chacun se regarde en face. A un moment, on a tendance à se chercher des excuses de partout, vous revenez sur le jeu, mais notre jeu, sans combat, il n'existe pas, et c'est ce message que je veux faire passer à tout le monde. Moi, c'est ma dernière Coupe du monde, j'ai 35 ans, je ne revivrai certainement plus ça et je me dis : « Qu'est-ce que j'ai foutu ? » Si ça se trouve il me reste quatre-vingt minutes à jouer avec le maillot de l'équipe de France, voilà pourquoi je suis énervé. On peut être moins bon au niveau du rugby que d'autres équipes, ça on le sait, c'est une certitude, mais au moins, qu'on puisse sortir du terrain en étant fier.