Nallet, le mea-culpa

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Nallet, le mea-culpa
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Ancien capitaine du XV de France, prédécesseur dans cette fonction exposée d'un Thierry Dusautoir qu'il soutient, Lionel Nallet s'est livré mardi, à Marcoussis, face à la presse, à une analyse sans concession de sa propre performance en Italie. "Je me suis trompé", lâche-t-il, digne et lucide pour éclairer d'un jour nouveau les mécanismes qui ont pu conduire les Bleus au naufrage romain.

Ancien capitaine du XV de France, prédécesseur dans cette fonction exposée d'un Thierry Dusautoir qu'il soutient, Lionel Nallet s'est livré mardi, à Marcoussis, face à la presse, à une analyse sans concession de sa propre performance en Italie. "Je me suis trompé", lâche-t-il, digne et lucide pour éclairer d'un jour nouveau les mécanismes qui ont pu conduire les Bleus au naufrage romain. Du haut de ses 34 ans et d'une décennie de présence au sein de l'équipe de France, Lionel Nallet en a vu d'autres. Et pourtant, le deuxième ligne ne risque pas d'oublier sa 61e cape honorée face à l'Italie. A l'écouter, honorer est un bien grand mot car l'intéressé dresse un bilan sans concession de sa performance au coeur du désastre de Rome. Lorsqu'il débarque face aux médias, dans l'auditorium de Marcoussis ce mardi, trois jours sont passés depuis la défaite de Flaminio (22-21) et pourtant, on le devine encore sous le choc. Il prévient d'emblée: "Sur l'Italie, si vous voulez bien, je vais faire les questions et les réponses. Ce sera un monologue..." L'ancien capitaine des Bleus, prompt par ailleurs à apporter, comme il l'a toujours fait, son soutien à son successeur, Thierry Dusautoir, a besoin d'alléger son sac qu'il n'a à l'évidence pas encore totalement vidé depuis le retour de Rome. "Aujourd'hui, je n'ai même pas envie de parler de mes coéquipiers ou de notion de groupe. On a parfois tendance à se cacher derrière les "on". Je ne suis pas rentré dans ce match." Et de décrire dès lors un Nallet rêvé, un Nallet fantasmé. Presque un imposteur... "La semaine avant l'Italie, je me projetais dans le fait de porter un peu plus le ballon, de jouer. Mais ce n'est pas moi. Je ne sais pas faire. Je n'ai jamais su faire depuis le début de ma carrière. Je me suis trompé. Traverser le terrain pour qu'on ne voit que moi à la télé, je m'en fous. Ce n'est pas ce que j'aime." Lui ne le sait que trop bien, il a construit sa réputation et sa carrière sur un autre registre: "Si je ne me prépare pas à un match en pensant au combat, forcément je ne suis pas présent. Alors que c'est ce que j'aime : le combat. J'aime rentrer sur le terrain avec l'envie de foutre des coups de tronche aux mecs, de faire mal à l'adversaire." Nallet: "Je me suis laissé porter par la vague" Or, à l'image de tous ses coéquipiers, ou presque, il fut inoffensif. On peine à comprendre comment un international de ce calibre, fort d'une telle expérience, en arrive à se fourvoyer à ce point. Une incompréhension qui le tenaille tout autant: "On se demande comment on peut se rater à mon âge, en ayant autant de sélections. De temps en temps, on rêve un petit peu. Je pensais que le groupe allait être présent sur l'aspect du combat et que j'allais suivre. Mon rôle aujourd'hui dans cette équipe, ce n'est pas de suivre, mais de montrer l'exemple. C'est une erreur de ma part. Et pourquoi ? Parfois, on rêvasse..." De quoi donner du corps aux accusations d'un sélectionneur sur un groupe qui vit trop bien... Comme si ce groupe, finalement pas mécontent d'avoir concédé une courte défaite à Twickenham (17-9), là où on lui promettait une dérouillée, s'était laissé vivre. "Je me suis laissé porter par la vague. Toute la semaine, plusieurs fois, nous avons été prévenus qu'il fallait que l'on fasse attention à l'état d'esprit. Mais, personnellement, je n'aime pas et je n'en ai pas besoin, que l'on vienne me dire que je dois casser la tête en deux de mon adversaire. C'est mon job. Mais là, je ne l'ai pas fait. Je suis aussi coupable, sinon plus, que les six qui sont repartis à la maison." On devine un sentiment de culpabilité vis-à-vis des trentenaires débarqués, dont son pote Chabal (voir par ailleurs). J'aurais pu, dû être dans la charrette. Mon rôle en équipe de France n'est pas d'être un suiveur. Je dois montrer l'exemple dans le combat. Aller au feu !" Mais quand la force de l'exemple fait défaut, difficile de secouer le cocotier tricolore. Question de légitimité: "C'est compliqué de trouver quelque chose pour remobiliser les mecs. Je suis incapable d'aller voir un gars en lui disant d'aller mettre la tronche si je n'y suis pas. Quelque part, je suis gêné. Je préfère agir." D'où ce spectacle désolant d'une équipe sombrant sans réagir face aux Italiens... "On n'est pas capables... (il se repend). Je n'arrive pas à me préparer le matin du match. Même si je ne suis pas du genre à foutre des coups de tête dans les murs. J'ai peut-être même tendance à évacuer la pression en souriant. Trois jours avant la rencontre, j'ai besoin de me visualiser dans des phases de combat. Le soir, je m'endors en pensant à mon adversaire, à celui que je vais détruire. C'est clair que je n'ai pas rêvé de ça avant l'Italie. Dans la dimension mentale, je n'y étais pas samedi." Nallet, qui se voit en attaquant des grands espaces, ça n'est pas banal et ça en dit peut-être long sur le hiatus qui semble perdurer entre le sélectionneur et ses joueurs sur le sempiternel projet de jeu et sa compréhension.